La frénésie des transferts et les tractations financières ont profondément bouleversé le paysage du basketball universitaire américain, remettant en question la patience des universités envers leurs entraîneurs. Loin de ralentir le turnover, la nouvelle ère des accords NIL (Name, Image, Likeness) et du partage des revenus a paradoxalement accéléré le rythme des changements sur les bancs.
Autrefois, l’idée était que les établissements privilégieraient des effectifs plus compétitifs en réinvestissant les sommes dévolues aux indemnités de licenciement. Force est de constater que cette stratégie ne s’est pas matérialisée. Au contraire, le délai de grâce accordé aux nouveaux entraîneurs s’est considérablement raccourci. Deux saisons suffisent désormais pour se retrouver sur la sellette, tandis que les vétérans enchaînant les contre-performances sont poussés vers la sortie sous une pression accrue.
Le printemps dernier a été particulièrement révélateur de cette tendance. Des noms comme Ben Johnson (quatre ans à Minnesota), Craig Smith (quatre ans à Utah), Rodney Terry (trois ans à Texas) et Kyle Neptune (trois ans à Villanova) ont été écartés après des mandats écourtés. NC State a même limogé Kevin Keatts seulement douze mois après avoir atteint le Final Four. Mike Woodson, quant à lui, a démissionné en cours de sa quatrième saison à Indiana, son alma mater.
À ces départs s’ajoutent les retraites anticipées. Tony Bennett (Virginia) et Bruce Pearl (Auburn) ont rendu leur tablier avant la saison dernière, tandis que Jim Larrañaga (Miami) et Leonard Hamilton (Florida State) ont annoncé leur départ en cours de saison. D’autres annonces similaires sont attendues dans les mois à venir.
Il serait naïf de croire que le cycle des changements d’entraîneurs puisse connaître un répit. Si l’on pensait la saison 2024 plus calme, elle a finalement vu des bouleversements majeurs dans des programmes de renom tels que Kentucky, Arkansas, Ohio State, Michigan, Louisville et USC. La seule intersaison 2025 a déjà enregistré 14 changements d’entraîneurs dans les conférences majeures (Power 5).
Qu’en sera-t-il en 2026 ? Une institution historique comme North Carolina pourrait-elle s’ouvrir et déclencher une cascade de départs ? Une légende du coaching, à l’instar de Bill Self, décidera-t-elle de raccrocher les crampons ? Le paysage du coaching avant la saison 2025-26 se dessine ainsi :
ACC (Atlantic Coast Conference)
- Sous pression : Hubert Davis (North Carolina) fait l’objet d’une surveillance accrue. Bien qu’une qualification pour le tournoi NCAA en fin de saison dernière ait adouci la situation, et malgré une extension de contrat jusqu’en 2029-30, la question de savoir si une simple qualification suffira se pose. Davis, qui a mené les Tar Heels au match de championnat national en 2022, a manqué le tournoi en 2023 et s’est qualifié de justesse l’an dernier. L’effectif actuel, classé dans le top 25, élève les attentes.
- Adrian Autry (Syracuse) est sous une pression considérable à l’aube de sa troisième saison. Après une première année prometteuse (20 victoires), le bilan de 14-19 la saison dernière représente le plus bas total de victoires du programme depuis 1970. L’optimisme est cependant de mise avec un effectif renforcé par des recrues de qualité.
- Earl Grant (Boston College) doit montrer des progrès. Après une saison encourageante en 2022-23 et 20 victoires en 2023-24, les Eagles ont connu une nette régression la saison passée (4 victoires en conférence). Il est en poste depuis cinq ans et son contrat court jusqu’en 2028-29.
- Mike Young (Virginia Tech) abordera la fin de saison avec une seule année restante sur son contrat. Les Hokies manquent le tournoi NCAA depuis trois ans, après deux participations consécutives en 2021 et 2022. Le bilan de 13-19 la saison dernière, malgré un recrutement prometteur, a accru les attentes.
À surveiller également :
- Steve Forbes (Wake Forest) et Jeff Capel (Pitt) sont dans une position plus confortable, mais une qualification pour le tournoi NCAA leur serait bénéfique. Forbes, avec quatre saisons consécutives à .500 ou mieux en conférence et plus de 19 victoires, n’a jamais atteint le tournoi. Capel, sous contrat jusqu’en 2030, n’a mené Pitt qu’une seule fois au tournoi NCAA en sept saisons.
BIG EAST
- À surveiller : Kim English (Providence) devra rebondir pour sécuriser son poste. Après une première saison réussie (21 victoires) et une qualification manquée de peu pour le tournoi NCAA, les Friars ont terminé avec un bilan de 12-20 la saison dernière. Son siège n’est pas brûlant, mais la situation est à observer.
- Retraites envisagées : Thad Matta (Butler) et Greg McDermott (Creighton) sont mentionnés. Matta, dans son second mandat à Butler, n’a pas encore qualifié les Bulldogs pour le tournoi NCAA en trois saisons (47 victoires au total, 21 en conférence). Chez les Bluejays, un successeur, Alan Huss, a déjà été désigné comme futur entraîneur principal.
BIG TEN
- Sous pression : Jake Diebler (Ohio State) est dans une position délicate, moins de deux ans après le limogeage de Chris Holtmann. Malgré un effectif solide attendu pour la saison 2025-26, le programme a manqué le tournoi NCAA trois fois de suite. Un sous-rendement pourrait lui coûter cher après seulement deux saisons.
- À surveiller : Fred Hoiberg (Nebraska) et Steve Pikiell (Rutgers) sont dans des situations contractuelles solides (contrats garantis jusqu’en 2029 et 2031 respectivement), mais leurs performances récentes, bien que positives, seront scrutées.
- Retraites envisagées : Dana Altman (Oregon) et Tom Izzo (Michigan State) font l’objet de rumeurs récurrentes. Izzo, 71 ans, vient de remporter le titre de saison régulière de la Big Ten et d’atteindre l’Elite Eight.
BIG 12
- Sous pression : Bobby Hurley (Arizona State) aborde sa dernière année de contrat. Malgré deux qualifications pour le tournoi NCAA lors de ses quatre premières saisons, il n’y est plus retourné depuis cinq ans. Le bilan de 4 victoires pour 16 défaites en conférence la saison dernière, combiné à un effectif entièrement renouvelé, rend la situation tendue.
- Johnny Dawkins (UCF) est sous pression pour sa dixième année, avec une seule qualification pour le tournoi NCAA en 2019 et un contrat non garanti pour la saison 2026-27.
- Wes Miller (Cincinnati) est également sous surveillance. Après des attentes élevées et un début de saison prometteur, les Bearcats ont terminé à 7 victoires pour 13 défaites en Big 12 la saison dernière, manquant le tournoi NCAA. Son contrat prévoit une baisse significative de sa garantie financière après le 1er avril.
- À surveiller : Jerome Tang (Kansas State), malgré deux tournois NCAA manqués consécutivement, bénéficie d’un contrat jusqu’en 2030 et d’une indemnité de licenciement conséquente.
- Retraites envisagées : Bill Self (Kansas), touché par des problèmes de santé, pourrait envisager la retraite, malgré un effectif prometteur. Kelvin Sampson (Houston), 70 ans, finaliste malheureux du championnat national, pourrait aussi songer à se retirer après une éventuelle consécration. Tad Boyle (Colorado) a dû démentir des rumeurs de départ en fin de saison dernière, après une saison difficile.
SEC (Southeastern Conference)
- Sous pression : Matt McMahon (LSU) est le principal point d’attention. Après une amélioration notable en 2023-24, les Tigers ont subi un revers important la saison dernière (3 victoires pour 15 défaites en conférence). Un effectif renforcé par des transferts suscite un nouvel optimisme, mais sa position reste précaire. Son contrat court jusqu’en 2029, avec une indemnité de licenciement d’environ 6,5 millions de dollars.
- À surveiller : Lamont Paris (South Carolina) pourrait voir la pression monter en cas de nouvelle dernière place en conférence, malgré une qualification pour le tournoi NCAA en 2024 et une prolongation de contrat jusqu’en 2030. Porter Moser (Oklahoma), fort d’une qualification in extremis pour le tournoi NCAA et d’un effectif solide, devrait être plus serein pour la saison 2025-26.
- Retraites envisagées : Rick Barnes (Tennessee), 71 ans, est le seul nom évident sur cette liste, malgré des performances constantes au plus haut niveau.
Autres programmes notables
- Retraites envisagées : Mark Few (Gonzaga), qui fêtera ses 63 ans cette saison, pourrait se retirer plus tôt que prévu. Son fidèle assistant Brian Michaelson est pressenti pour lui succéder. Anthony Grant (Dayton) fait également l’objet de rumeurs récurrentes.
- En lice pour un poste majeur : Jerrod Calhoun (Utah State) est considéré comme l’un des entraîneurs de « mid-major » les plus convoités, n’ayant pas encore franchi le pas vers une conférence majeure malgré d’excellentes performances.
Qui sont les prochains ?
La saison écoulée a vu de nombreux entraîneurs de « mid-major » réussir leur transition vers des programmes de plus grande envergure. Une nouvelle génération d’entraîneurs prometteurs est déjà sur les radars. Parmi eux, Takayo Siddle (UNC Wilmington), Drew Valentine (Loyola Chicago), Bob Richey (Furman), Tony Skinn (George Mason) et Preston Spradlin (James Madison) se distinguent. Josh Schertz (Saint Louis) est également un nom très en vue.
Des entraîneurs comme Randy Bennett (Saint Mary’s) et Leon Rice (Boise State) pourraient être liés à des postes vacants dans des conférences majeures si l’opportunité se présente. Russell Turner (UC Irvine), Matt Langel (Colgate), Mike Morrell (UNC Asheville), Mitch Henderson (Princeton) et James Jones (Yale) font également partie des profils recherchés.
Chris Mack (Charleston), Bryce Drew (Grand Canyon), John Groce (Akron) et Andy Kennedy (UAB) sont d’anciens entraîneurs de conférences majeures cherchant à retrouver ce niveau. De plus, des techniciens ayant changé de club récemment pourraient rapidement viser des postes dans les Power 5.
Enfin, des noms comme Kevin Keatts, récemment limogé de NC State, ne devraient pas rester sans poste très longtemps.