Home International 90 jours avant les élections et 53 % de Gaza est sous occupation : que cache la nouvelle déclaration constitutionnelle d’Abbas ?

90 jours avant les élections et 53 % de Gaza est sous occupation : que cache la nouvelle déclaration constitutionnelle d’Abbas ?

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Publié le 29 octobre 2025. Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a promulgué une nouvelle déclaration constitutionnelle définissant la succession présidentielle en cas de vacance du poste. Cette initiative survient dans un contexte de tensions accrues, avec un contrôle israélien sur une partie de Gaza et une pression internationale grandissante pour préparer l’après-guerre, suscitant doutes et controverses quant à ses véritables motivations et son impact sur l’avenir politique palestinien.

  • Une déclaration constitutionnelle fixe un délai de 90 jours pour l’organisation de nouvelles élections présidentielles en l’absence du Conseil législatif.
  • Cette disposition soulève des questions sur la faisabilité d’élections libres et équitables dans les conditions actuelles, marquées par l’occupation israélienne.
  • L’annonce intervient sous l’influence de pressions régionales et internationales, visant à assurer une transition de pouvoir stable.

La nouvelle disposition constitutionnelle stipule que « En l’absence du Conseil législatif, le vice-président du Comité exécutif de l’OLP et le vice-président de l’État de Palestine assumeront temporairement les fonctions présidentielles pour une période n’excédant pas 90 jours, au cours de laquelle des élections auront lieu pour choisir un nouveau président ». Ce cadre temporel est d’autant plus critique dans le contexte de la guerre en cours à Gaza et de la complexité de la scène politique palestinienne.

La possibilité de tenir des élections dans ce délai de 90 jours est sérieusement remise en question. Israël contrôle plus de la moitié de la bande de Gaza, tandis que la poursuite des implantations en Cisjordanie complique l’organisation d’un scrutin juste et inclusif. Une clause permet toutefois de prolonger ce délai, une seule fois, sur décision du Conseil central palestinien en cas de « force majeure » empêchant la tenue des élections.

Selon le chercheur palestinien Jihad Harb, cette annonce s’inscrit dans une démarche plus globale du président Abbas visant à « assurer un transfert ordonné du pouvoir à l’avenir », citant notamment la récente modification du statut de Hussein al-Sheikh au sein du système politique. Cette stratégie interne pourrait être interprétée comme une réorganisation de la gouvernance palestinienne.

Les pressions externes semblent avoir joué un rôle déterminant dans le calendrier de cette décision. Jihad Harb souligne que la démarche intervient sous l’égide de « pressions arabes visant à assurer un transfert rapide et ordonné du pouvoir en cas de vacance du poste de président palestinien, âgé d’environ 90 ans ». Ces sollicitations proviendraient notamment de l’Arabie Saoudite et des Émirats Arabes Unis, témoignant d’un intérêt régional pour la stabilité de la direction palestinienne.

Au niveau international, les récentes déclarations du président américain Donald Trump, suggérant qu’« il n’y a pas de place » pour Mahmoud Abbas à l’avenir, témoignent d’une pression similaire. Cette vision américaine d’un changement de leadership palestinien place l’Autorité palestinienne face à un double défi : conserver sa légitimité interne tout en répondant aux attentes extérieures.

Le mouvement Hamas a vivement critiqué cette initiative, la qualifiant de « complication de la possibilité de réformer le système politique ». Son porte-parole, Hazem Qassem, a dénoncé des changements effectués « unilatéralement, en violation de la loi fondamentale et loin du consensus national », pointant une « profonde distorsion du système politique » et soulevant des interrogations sur la légitimité de décisions prises sans unité nationale.

Pour le chercheur Mamoun Abu Amer, la crise palestinienne trouve son origine dans « l’absence d’un système institutionnel au sein de l’Autorité palestinienne, le Conseil législatif ayant été suspendu par décision du président sans qu’il n’existe d’alternative légale ou réglementaire ». Cette analyse met en exergue la difficulté de concevoir une passation démocratique du pouvoir en l’absence d’institutions élues.

La situation à Gaza ajoute une couche de complexité. Alors que l’Autorité palestinienne aspire à reprendre l’administration de la bande après la guerre, le contrôle israélien sur une large partie du territoire pose la question de la capacité des futurs dirigeants à relever ce défi. Jihad Harb suggère que la nouvelle déclaration pourrait permettre au président de déléguer des pouvoirs spécifiques à son adjoint dans la bande de Gaza, afin de faciliter le rétablissement de la présence de l’Autorité.

Le conseiller présidentiel Mahmoud Al-Habbash a réfuté l’idée d’une ingérence extérieure, affirmant que la décision « visait à renforcer le système politique et à assurer un transfert ordonné du pouvoir ». Il a précisé que le processus de réforme de l’autorité était en cours et visait à améliorer la performance gouvernementale et à protéger le projet national. Cette position officielle tente de présenter la mesure comme une étape interne logique, sans dissiper toutes les interrogations sur le calendrier et les motivations.

La question de la légalité constitue le principal écueil de cette déclaration. Mamoun Abu Amer estime que la situation palestinienne est « complètement confuse d’un point de vue constitutionnel », rappelant que le président a dissous le Conseil législatif alors que la Loi fondamentale ne lui conférerait pas cette prérogative. Avec la suspension des élections depuis 2006 et l’annulation de celles prévues en 2022, les Palestiniens font face à un véritable dilemme constitutionnel.

Cette déclaration constitutionnelle jette également une lumière crue sur l’avenir de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Abu Amer note que l’organisation souffre de « problèmes juridiques depuis des années, car il n’y a pas eu de consensus national sur la formation de son comité exécutif depuis longtemps, alors que des factions puissantes telles que le Hamas et le Jihad islamique sont toujours en dehors du groupe ». Cette absence de consensus mine la légitimité des décisions de l’OLP et complique la question de la représentation palestinienne.

Concernant les récentes réunions au Caire, Mahmoud Al-Habbash a précisé qu’il ne s’agissait pas d’un accord, mais d’une « rencontre entre des partis absents du mouvement Fatah, et donc ce qui en découle n’est pas contraignant pour les autres ». Cette déclaration souligne le refus officiel palestinien de tout arrangement conclu sans la participation de l’Autorité palestinienne et réaffirme le rôle exclusif de l’OLP et de l’autorité légitime dans les décisions.

La question centrale soulevée par cette démarche concerne la capacité du système politique palestinien à se renouveler véritablement. Jihad Harb observe que « le vieillissement peut s’étendre à divers aspects du système », citant l’âge du vice-président et du président du Conseil national. Cette situation amène à s’interroger sur la sincérité des discours sur un « nouveau souffle » politique.

Mamoun Abu Amer conclut que « toute véritable réforme doit partir des besoins du peuple palestinien, en renforçant avant tout la transparence et l’indépendance du système judiciaire et en garantissant la présence d’un conseil législatif élu ». Cette insistance sur une réforme institutionnelle profonde replace la déclaration constitutionnelle dans le contexte des défis majeurs auxquels le système politique palestinien est confronté.

La déclaration constitutionnelle survient à un moment historique critique, où les difficultés internes se mêlent aux pressions externes et aux développements régionaux. Compte tenu du contrôle israélien persistant sur de larges portions de Gaza et de la complexité de la scène politique en Cisjordanie, le délai de 90 jours pour les élections semble davantage symbolique que réalisable.

En définitive, cette déclaration constitutionnelle met en lumière un dilemme fondamental pour le système politique palestinien : comment parvenir à un transfert démocratique du pouvoir dans un contexte d’absence d’institutions élues et de pressions extérieures croissantes ? La réponse à cette interrogation déterminera largement l’avenir du mouvement national palestinien et sa capacité à relever les défis de la prochaine étape.

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