Bruxelles, 12 février 2026. Les ministres de la Défense de l’Union européenne ont approuvé un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine, mais insistent sur la nécessité d’un soutien financier et militaire continu de la part des États membres, face à l’évolution des besoins de Kiev et à la diminution de l’aide américaine.
- L’Union européenne s’engage à fournir un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine pour les années 2026-2027, réparti entre soutien financier (30 milliards d’euros) et assistance militaire (60 milliards d’euros).
- Les pays membres de l’UE soulignent que ce prêt ne doit pas se substituer à leurs contributions bilatérales en matière de défense.
- L’Europe a pris le relais des États-Unis comme principal donateur de l’Ukraine, mais l’aide globale reste inférieure aux niveaux des années précédentes.
L’accord sur ce prêt préférentiel a été conclu lors du Conseil de défense de l’UE, le mercredi 11 février. Si les ministres européens saluent cette initiative comme une étape importante, ils mettent en garde contre une complaisance potentielle. Plusieurs d’entre eux ont insisté sur le fait que l’aide collective de l’UE ne saurait remplacer les efforts individuels des États membres, qui continuent de fournir un soutien militaire direct à Kiev à partir de leurs propres budgets.
Quelques heures avant la réunion, le Parlement européen avait déjà donné son feu vert à ce prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine pour les exercices 2026 et 2027. Le mécanisme prévoit que le budget de l’UE servira de garantie pour le crédit, couvrant également les intérêts et les frais associés, estimés à environ 1 milliard d’euros d’ici 2027. Un aspect crucial : l’Ukraine ne remboursera ce prêt que si la Russie lui verse des réparations.
Le ministre finlandais de la Défense, Antti Häkkänen, a qualifié cette décision de « tournant » dans le soutien à l’Ukraine face à l’agression russe, tout en ajoutant que « cela ne suffit pas ». Il a souligné la responsabilité de chaque gouvernement européen de contribuer à l’effort collectif, sans laisser le fardeau reposer uniquement sur les alliés les plus fidèles de Kiev. Boris Pistorius, son homologue allemand, a précisé que l’Ukraine a besoin d’une aide étrangère de 60 milliards d’euros rien que pour l’année en cours, soulignant l’importance de chaque contribution, qu’elle provienne du budget national ou européen.
Cette position a été réaffirmée par Hanno Pevkur, le ministre estonien de la Défense, qui a insisté sur la nécessité d’une contribution universelle. Il a rappelé que Kiev aura besoin d’environ 120 milliards d’euros par an au cours des deux prochaines années, un montant que ses alliés sont encore loin d’atteindre. Pevkur a également souligné que le prêt de l’UE ne saurait remplacer l’assistance militaire que les pays ont jusqu’à présent fournie à l’Ukraine.
Le vice-ministre polonais de la Défense, Pavel Zalewski, a confirmé cette approche :
« Ce prêt viendra compléter tous les efforts considérables des pays démocratiques pour soutenir l’Ukraine, mais les programmes bilatéraux seront maintenus. »
Pavel Zalewski, vice-ministre polonais de la Défense
Selon une étude récente de l’Institut d’économie mondiale de Kiel (IfW), publiée le 11 février, l’Europe est devenue le principal donateur de l’Ukraine en 2025, après la réduction de l’aide américaine. Cependant, l’aide globale fournie à Kiev reste inférieure de 13 % à la moyenne des trois années précédentes en matière d’aide militaire, et de 5 % en matière d’aide financière et humanitaire, une baisse jugée modeste par les analystes.
Le ministre suédois de la Défense, Paul Johnson, a reconnu que les États-Unis se concentreront désormais davantage sur l’hémisphère occidental et la région indo-pacifique, une évolution à laquelle l’Europe s’était préparée. Il a appelé les Européens à intensifier leurs efforts en matière de sécurité sur le continent. Kaya Kallas, haute représentante de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, a également souligné la nécessité d’attirer des capitaux privés pour stimuler la production de défense en Ukraine.
L’Ukraine se tourne vers un « nouveau modèle de défense », axé sur les drones, la défense aérienne, les technologies abordables, l’innovation rapide et l’utilisation des données, a indiqué le ministre ukrainien de la Défense, Mikhaïl Fedorov, lors de sa première participation à un Conseil de défense de l’UE. Il a exprimé sa volonté de partager avec ses partenaires les leçons apprises sur le champ de bataille et de collaborer à l’élaboration d’une nouvelle doctrine de défense et à la formation d’une armée de nouvelle génération.
« L’Ukraine se bat pour son indépendance et pour la sécurité de l’Europe. »
Mikhaïl Fedorov, ministre ukrainien de la Défense
Les ministres de la Défense de l’OTAN se réuniront à Bruxelles le 12 février, suivis d’une réunion du Conseil Ukraine-OTAN à laquelle participera Mikhaïl Fedorov.