Publié le 2025-10-02 11:06:00. Alors que l’engouement pour l’intelligence artificielle générative bat son plein, les éditeurs de logiciels spécialisés par secteur pourraient bien s’avérer être les acteurs les plus résilients et sous-estimés du marché.
- Les logiciels verticaux, conçus pour des industries spécifiques, sont moins susceptibles d’être perturbés à court terme par l’IA, tout en pouvant en tirer profit à long terme.
- Leur expertise de niche, leur connaissance des réglementations et leurs flux de travail complexes créent une barrière à l’entrée pour les solutions d’IA générique.
- Ces outils sont souvent considérés comme indispensables (« Need-to-Have ») plutôt que comme de simples commodités (« Nice-to-Have »), assurant une forte fidélisation de la clientèle.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle générative suscite un intérêt médiatique considérable et bouscule le secteur des logiciels, une analyse de RBC Capital Markets publiée mercredi met en lumière le potentiel des éditeurs de logiciels spécialisés par industrie. Ces entreprises, qui développent des solutions sur mesure pour des secteurs tels que la santé, l’assurance ou encore l’ingénierie industrielle, pourraient non seulement résister à la vague d’innovation disruptive portée par l’IA, mais aussi en devenir les bénéficiaires à plus long terme.
Les analystes de RBC, menés par Rishi Jaluria, soulignent que ces fournisseurs de logiciels disposent d’un avantage concurrentiel décisif : une connaissance approfondie du domaine d’activité, une maîtrise des cadres réglementaires et des processus métiers complexes, autant d’éléments difficiles à répliquer pour des acteurs généralistes de l’IA. Ils qualifient d’ailleurs les logiciels verticaux de « poche de logiciels susceptible d’être considérée comme « résistante à l’IA » (pour l’instant) ».
Le rapport détaille que ces logiciels prennent souvent en charge des fonctions critiques, les rendant indispensables au bon fonctionnement des entreprises clientes. Cette nature essentielle, couplée à une forte fidélisation, suggère qu’il faudra du temps avant que les startups d’IA ne parviennent à menacer sérieusement ces acteurs établis. À titre d’exemple, Clearwater Analytics affiche des taux de rétention des revenus bruts (GRR) exceptionnels, oscillant entre 98 % et 99 %, témoignant de la loyauté de sa clientèle. Par ailleurs, de nombreuses industries ciblées par ces entreprises sont encore à un stade précoce de leur transformation numérique, ce qui rend une adoption massive de solutions basées sur l’IA moins probable dans un avenir immédiat.
À plus long terme, RBC anticipe que les éditeurs de logiciels verticaux joueront un rôle clé dans l’adoption de l’IA. Plutôt que de se limiter à fournir des données, ils pourraient contribuer à contextualiser et à affiner les modèles d’IA, donnant naissance à des outils industriels hautement spécialisés et générant des gains de productivité tangibles.
Lors d’une récente conférence Tech organisée par Goldman Sachs le mois dernier, Kash Rangan, analyste spécialisé dans le secteur des logiciels, a partagé sa vision des entreprises les mieux placées pour naviguer dans cette ère de l’IA. Il a notamment mis en avant ServiceNow, saluant le leadership de son PDG Bill McDermott, ainsi qu’Intuit pour sa capacité à enrichir ses offres existantes par l’intégration subtile de l’IA. Salesforce a reçu une évaluation plus nuancée ; bien que le PDG Marc Benioff soit jugé « dans le combat », l’entreprise doit encore prouver le succès de ses nouveaux produits basés sur l’IA auprès de sa clientèle.
Dans une industrie où les annonces fracassantes sur l’IA occupent le devant de la scène, RBC rappelle une réalité plus mesurée : si les logiciels verticaux ne sont pas totalement immunisés contre les menaces de l’IA, leur ancrage sectoriel et leur potentiel de développement spécifique en font une niche particulièrement résiliente. Du moins, pour le moment.
Les logiciels verticaux, piliers de la résilience face à l’IA
Pour RBC, ces solutions, souvent considérées comme « indispensables » plutôt que simplement « utiles », bénéficient d’une relation client solide. L’intégration de l’IA, loin d’être une menace immédiate, pourrait offrir des opportunités de croissance future, notamment en fournissant le contexte nécessaire à l’entraînement et au perfectionnement des modèles d’IA pour des applications industrielles ciblées.
Les choix de RBC : des « surperformants » face à l’IA
RBC Capital Markets a identifié plusieurs entreprises de logiciels verticaux qu’elle recommande, les qualifiant de « surperformantes » en raison de leur profil défensif et de leur capacité à innover dans le domaine de l’IA :
- Autodesk : Spécialiste des logiciels de conception, notamment AutoCAD, utilisé dans l’architecture, l’ingénierie et la fabrication.
- Bentley Systems : Fournisseur de logiciels d’ingénierie pour la conception, la construction et l’exploitation d’infrastructures à grande échelle (routes, ponts, réseaux).
- Clearwater Analytics : Propose des solutions cloud de comptabilité et de reporting d’investissements pour les gestionnaires d’actifs, les assureurs et les entreprises.
- Guidewire : Développe des produits logiciels et cloud pour les assureurs de biens et de responsabilités, couvrant la souscription, la gestion des sinistres et la facturation.
- Hinge Health : Entreprise de santé numérique axée sur les soins musculo-squelettiques, offrant des programmes virtuels de physiothérapie et de gestion de la douleur.
- Samsara : Fournit des plateformes IdO (Internet des objets) pour la gestion des opérations physiques des entreprises, incluant la gestion de flotte, la logistique et la surveillance industrielle.
- PTC : Offre des logiciels pour la gestion des produits, l’IdO industriel et la réalité augmentée, au service des fabricants pour la conception et la maintenance de leurs produits.
- Veeva Systems : Propose des solutions cloud dédiées à l’industrie des sciences de la vie, couvrant les essais cliniques, la conformité réglementaire et l’engagement client.