La Russie s’emploie de manière récurrente à perturber les satellites militaires britanniques, a révélé le chef du commandement spatial du Royaume-Uni. Ces manœuvres, qualifiées de « harcèlement et de manipulation constants », visent à compromettre les actifs spatiaux britanniques.
Le major-général Paul Tedman a déclaré à la BBC que les interférences russes étaient une réalité hebdomadaire. « Nous constatons que nos satellites sont bloqués par les Russes de manière assez persistante », a-t-il affirmé. Il a précisé que ces satellites russes étaient équipés de charges utiles capables d’observer les satellites britanniques afin de collecter des informations, et qu’ils pouvaient être utilisés pour « brouiller, aveugler, manipuler ou perturber cinétiquement » les engins spatiaux du Royaume-Uni.
Ces accusations interviennent alors que le Royaume-Uni continue d’accuser un retard significatif par rapport aux autres grandes puissances en matière de systèmes de surveillance spatiale. Les États-Unis, la Chine et la Russie disposent chacun de plus d’une centaine de satellites en orbite. Le major-général Tedman a identifié Pékin et Moscou comme des menaces potentielles, rappelant que ces deux nations ont testé des armes anti-satellites ces dernières années. Le Royaume-Uni et les États-Unis ont d’ailleurs récemment alerté sur le développement par la Russie de capacités de mise en orbite d’armes nucléaires.
Interrogé sur les dangers posés par ces deux pays, le général Tedman a nuancé : « Je dirais que les Chinois possèdent de loin la capacité la plus sophistiquée, mais les Russes ont une plus grande volonté d’utiliser leurs systèmes de contre-espace ». Le gouvernement britannique s’est engagé à accroître ses investissements dans la défense antimissile spatiale, incluant des plans pour tester des capteurs capables de détecter des menaces laser dans l’espace.
Cette ingérence russe dans le domaine spatial fait écho à des préoccupations similaires exprimées par l’Allemagne. Le mois dernier, le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, avait accusé la Russie d’espionner par satellite les forces armées allemandes. Berlin a rapporté qu’une paire de satellites russes suivait des capsules spatiales utilisées par l’armée. M. Pistorius a appelé à des discussions pour la rédaction de normes sur les capacités offensives dans l’espace, afin d’établir une dissuasion. L’Allemagne prévoit d’investir 41 milliards de dollars (environ 38 milliards d’euros) dans la défense spatiale d’ici 2030.
Ces tensions surviennent quelques mois après la détection d’un « satellite tueur russe » lançant un objet volant mystérieux à proximité d’un appareil américain. Le satellite Kosmos-2558, dont la trajectoire orbitale gêne celle du satellite espion américain USA-326, est suspecté de pouvoir surveiller, voire neutraliser, les satellites espions ennemis.
L’année dernière, la Russie avait déjà lancé un système d’armes redoutable dans l’espace, capable de détruire d’autres satellites. L’objet spatial russe, identifié comme Cosmos-2576, avait été mis en orbite par une fusée Soyouz-2.1b.
En réponse à la montée des tensions internationales, le Royaume-Uni et les États-Unis ont mené leur première manœuvre satellitaire coordonnée en septembre. Les responsables de la défense ont salué cet événement comme une avancée majeure dans la coopération alliée dans l’espace. Cette mission a permis de repositionner un satellite américain pour inspecter et vérifier le bon fonctionnement d’un satellite britannique, dans le cadre de l’opération « Olympic Defender », un cadre militaire conjoint visant à renforcer la défense et la résilience des satellites.
Les experts s’inquiètent de voir l’espace devenir le premier champ de bataille d’un nouveau conflit mondial. La militarisation croissante par des puissances majeures comme la Russie et la Chine pousse des nations alliées telles que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne à renforcer leurs défenses. L’OTAN a déjà déclaré l’espace comme un domaine opérationnel de combat. Les acteurs majeurs disposent déjà de plus de 200 armes anti-satellites en orbite, mais la Russie et la Chine mènent le développement d’armes spatiales, incluant des missiles anti-satellites, des systèmes laser et des outils de cyberattaque visant les infrastructures satellitaires critiques.
En 2023, les services de renseignement américains avaient mis en garde contre les plans russes de lancement d’armes nucléaires dans l’espace, une menace jugée « grave » pour la sécurité mondiale. Certains experts militaires redoutent que Vladimir Poutine puisse prendre une décision « suicidaire » de lancer des armes létales s’il percevait sa prise de pouvoir menacée par l’Ukraine et l’Occident.