Publié le 2025-10-05 14:45:00. L’inquiétude grandit quant au sort d’Anatol Kotau, ancien dirigeant du comité olympique biélorusse, dont la disparition mystérieuse en Turquie suscite des appels à la mobilisation internationale. Alors que le monde du sport peine à concilier ses idéaux avec les réalités géopolitiques, un projet d’envergure vise à instaurer des normes plus strictes en matière d’intégrité.
- Anatol Kotau, ex-secrétaire général du comité olympique biélorusse, a disparu après avoir quitté la Turquie par yacht, selon les autorités turques.
- Le monde sportif international, y compris le mouvement olympique, la FIFA et l’UEFA, reste curieusement silencieux face à cette affaire.
- Le projet Clearingsport propose un cadre visant à renforcer l’intégrité et à mieux faire respecter les normes en matière de droits de l’homme dans le sport.
Les autorités turques affirment qu’Anatol Kotau, ancienne figure du sport biélorusse, a quitté le pays volontairement en yacht à travers la mer Noire pour rejoindre Sotchi, en Russie. Cependant, aucun élément probant n’a été apporté pour étayer cette version, alimentant les préoccupations quant à son sort.
Dans un contexte où les services de renseignement russes et biélorusses sont réputés pour cibler les dissidents en exil, le mystère entourant la disparition de Kotau suscite une profonde inquiétude. Bien que l’affaire ait été largement médiatisée par des diffuseurs comme Deutsche Welle et relayée sur les réseaux sociaux, le monde olympique, dont Kotau fut un acteur clé en tant qu’ancien secrétaire général du comité olympique biélorusse, observe un silence notable.
De même, la FIFA et l’UEFA, qui continuent d’autoriser l’équipe nationale biélorusse à participer aux qualifications pour la Coupe du monde, demeurent passives. Un appel est lancé au mouvement sportif international pour qu’il fasse pression sur les autorités biélorusses et turques afin d’élucider les circonstances de cette disparition, de garantir la sécurité d’Anatol Kotau et de s’assurer de sa liberté de rejoindre sa famille.
La Fédération danoise de football est particulièrement sollicitée, à l’approche d’un match de qualification pour la Coupe du monde opposant le Danemark à la Biélorussie. Ce match, prévu dans quatre jours, offre une opportunité unique à la fédération danoise d’aborder directement ce sujet avec les responsables biélorusses. Le silence n’est plus une option.
La relation complexe entre sport, politique et droits de l’homme
Le cas Kotau illustre une fois de plus les liens inextricables et souvent problématiques entre le sport, la politique et les droits de l’homme. Malgré l’intégration récente des droits de l’homme dans les chartes et statuts du Comité International Olympique (CIO) et de la FIFA, la question demeure : ces avancées sur papier se traduisent-elles par des changements concrets sur le terrain ?
Dans les jours à venir, plusieurs défis géopolitiques majeurs auxquels le sport est confronté seront abordés. À Gaza, un processus de paix fragile semble se mettre en place après des années d’atrocités. Mais que se passerait-il si la guerre reprenait ? Le sport devrait-il prendre des mesures contre Israël ? Et quid des Émirats arabes unis, acteur majeur du sport mondial, qui alimentent par ailleurs la crise humanitaire au Soudan ?
La semaine dernière, le Comité Paralympique International (IPC), qui avait pourtant pris une position ferme contre la Russie suite aux révélations de dopage systémique et de corruption, a décidé de réintégrer la Russie dans la famille paralympique. Cette décision semble prise sans égard pour la guerre intensifiée en Ukraine et les attaques de drones visant des aéroports européens. Compte tenu de la proximité de l’IPC avec le CIO ces dernières années, certains y voient un possible test des réactions internationales avant une éventuelle réouverture des portes du CIO à la Russie et au Bélarus.
La liste des questions complexes s’allonge : qu’en est-il du régime saoudien et de ses investissements massifs dans le sport international ? Ou encore du gouvernement afghan qui exclut la moitié de sa population de toute activité sportive ? Et que dire de la Chine ou de l’Iran ?
Bien que le terme « whataboutism » ne soit pas apprécié dans le jargon de l’association « play the game », il est reconnu que l’équilibre des intérêts politiques est une tâche ardue pour un mouvement sportif qui aspire à une portée universelle. Si seuls les nations respectant scrupuleusement les droits de l’homme étaient admises, les compétitions sportives internationales seraient considérablement réduites. Inversement, le sport est-il prêt à tolérer toutes sortes de violations des droits humains pour maintenir l’engagement de tous les pays ? Sacrifiera-t-il ses valeurs fondamentales comme le respect de l’individu, la liberté d’association et le fair-play au nom de l’unité mondiale ?
Avec vision et volonté, un sport éthique est réalisable
En ces temps troublés, proposer des normes minimales en matière de droits de l’homme pour les événements sportifs internationaux pourrait sembler utopique. Pourtant, si un secteur mondial est en mesure de montrer la voie, c’est bien le sport, par sa structure centralisée et sa capacité à influencer à l’échelle globale.
On pourrait même dire que le sport représente « le dernier secteur debout » où la coopération internationale basée sur des règles trouve encore son sens. C’est dans cette optique que « play the game », avec un groupe d’experts, a lancé le projet Clearingsport plus tôt cette année. L’objectif est de renforcer la coopération et de s’assurer que les normes internationales en matière de droits de l’homme, d’éthique et d’intégrité ne soient pas seulement adoptées, mais aussi appliquées.
Cette initiative fait suite à un appel lancé lors de leur conférence à Odense en 2022, où il avait été proposé de développer une idée existant depuis deux décennies : la création d’une entité unique chargée de lutter contre la corruption, la criminalité et autres violations de l’intégrité dans le sport.
Dès le départ, il a été décidé que cette proposition s’appuierait principalement sur les conseils d’experts indépendants du sport et du gouvernement, afin d’éviter que les intérêts politiques ne dominent les discussions, comme cela a pu être le cas par le passé. Environ 200 experts ont contribué à une enquête en ligne, et vingt d’entre eux ont été invités à intégrer le groupe consultatif.
Pour ceux qui estiment ne pas avoir été suffisamment impliqués, l’occasion de contribuer à la discussion se présentera bientôt, avec l’élargissement de la consultation aux gouvernements, aux organisations sportives et aux acteurs privés œuvrant pour l’intégrité. Une première présentation détaillée de la proposition aura lieu mardi soir, suivie d’un atelier le mercredi.
Clearingsport propose de renforcer quatre piliers fondamentaux :
- Des normes minimales pour l’intégrité sportive.
- Des mécanismes de surveillance pour garantir le respect de ces normes.
- Des procédures de signalement et d’enquête.
- Un système judiciaire amélioré au sein du monde sportif.
Bien que Clearingsport ne prétende pas être une solution miracle à tous les problèmes d’intégrité sportive, il démontre qu’une meilleure coordination, une application renforcée et une entité internationale globale sont réalistes et réalisables, à condition de disposer de la vision et de la volonté nécessaires. L’ambition est partagée par la plupart, et la collaboration se poursuit depuis 2022.