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Aussi pour les crises tranquilles

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Publié le 2025-10-10 10:30:00. Alors que la Journée mondiale de la santé mentale approche, une réflexion profonde s’impose : notre préparation à la santé mentale se limite-t-elle aux catastrophes majeures, négligeant ainsi les crises silencieuses mais omniprésentes du quotidien ? Les soignants, en première ligne, soulignent un manque criant de ressources et de soutien.

  • Les crises de la vie courante, bien que moins médiatisées que les catastrophes, ont un impact profond sur les individus et peuvent fragiliser la société.
  • Les infirmières sont souvent les premières à faire face à ces souffrances, sans disposer des moyens humains et matériels suffisants.
  • La préparation en santé mentale doit intégrer les soignants à tous les niveaux et inclure un soutien accru aux proches des personnes en difficulté.

L’approche de la Journée mondiale de la santé mentale met en lumière un paradoxe préoccupant : alors que l’on pense souvent à la préparation face aux grands chocs – guerres, catastrophes naturelles, attentats – les difficultés psychologiques quotidiennes, pourtant bien plus répandues, sont souvent reléguées au second plan. Ces « crises tranquilles », qu’il s’agisse de la perte d’un conjoint, des difficultés rencontrées par les jeunes, ou de l’isolement des aînés, menacent l’individu et, par extension, le tissu social. Les troubles mentaux représentaient en 2019 la quatrième cause majeure de morbidité en Norvège, une réalité qui se traduit par une surmortalité significative et une espérance de vie réduite de cinq à quinze ans par rapport à la population générale.

Dans ce contexte, le personnel soignant, et notamment les infirmières, se retrouve en première ligne. Elles côtoient quotidiennement la détresse, offrant soutien et réconfort dans les couloirs des hôpitaux, les salles de garde ou lors de conversations empreintes d’une humanité précieuse. Elles cherchent les mots justes, posent une main rassurante, même lorsque les mots semblent dérisoires face à la gravité de la situation. Cependant, cette présence indispensable s’exerce souvent dans un dénuement de moyens : manque de temps, de ressources, de formation et de soutien psychologique pour elles-mêmes.

« Quand il y a des tempêtes et qu’on a l’impression que la vie tombe dans le gravier. Ensuite, nous y sommes infirmières. » Cette phrase poignante illustre la réalité du terrain, où les soignants portent le fardeau des souffrances d’autrui, sans toujours trouver d’écho à leurs propres besoins. Beaucoup se sentent isolés, mal formés, et leurs demandes de ressources restent souvent insatisfaisentes.

Il est donc urgent de repenser notre système de préparation en santé mentale. Les auteurs de cette chronique appellent à une intégration plus systématique des infirmières à tous les niveaux, par une formation continue, du temps dédié à la prise en charge des troubles mentaux y compris dans les services somatiques, et des espaces d’échange et de soutien professionnel. Parallèlement, il est essentiel de reconnaître et d’impliquer les proches, ces « soutiens invisibles » qui, bien que démunis, constituent une ressource précieuse. Leur information et leur soutien sont cruciaux, non seulement après la crise, mais pendant son déroulement. « Lorsque la crise survient, nous sommes là pour le patient. Mais qui est là pour nous, infirmières ? », interrogent les auteurs.

La capacité de résilience collective repose sur le soutien mutuel. Les soignants, par leur professionnalisme et leur humanité, jouent un rôle clé, mais leur force doit être nourrie. Une préparation efficace en santé mentale ne peut se construire dans l’urgence des grandes catastrophes ; elle doit s’ancrer dans le quotidien, en offrant confiance, temps et sécurité à ceux qui sont en première ligne, et à ceux qui accompagnent les personnes en souffrance.

Le message est clair : pour être préparés aux crises majeures, il faut d’abord renforcer notre capacité à faire face aux crises silencieuses qui jalonnent notre existence.

Cet article est issu de la section « Opinions » d’ABC News, reflétant le point de vue de son auteur. Les contributions sont les bienvenues à l’adresse suivante : stemmer@abcnyheter.no.

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