Publié le 2025-10-15 11:55:00. La chorégraphe Alesandra Seutin rend hommage à la légendaire Miriam Makeba, surnommée « Mama Africa », à travers une création mêlant danse, musique et parole. Intitulé « Mimi’s Shebeen », ce spectacle, qui sera présenté au Royaume-Uni, explore la vie tumultueuse et l’héritage de l’icône sud-africaine, marquée par l’exil et le combat anti-apartheid.
- « Parler de Miriam Makeba en Afrique du Sud, c’est comme parler d’une reine », a déclaré la chorégraphe Alesandra Seutin.
- « Mimi’s Shebeen » n’est pas un simple biopic, mais une œuvre inspirée par l’histoire de Makeba, particulièrement son exil de 30 ans d’Afrique du Sud pour ses positions anti-apartheid.
- Le spectacle s’inspire du concept de « shebeen », lieu de rassemblement informel sud-africain, et de l’histoire personnelle de la mère de Makeba.
Le spectacle « Mimi’s Shebeen » s’articule autour de la figure de Miriam Makeba, dont la vie fut une succession de combats et de succès. De ses débuts modestes à Johannesburg, où elle dut travailler pour subvenir aux besoins de sa famille, à son rôle de diplomate pour le Ghana puis de déléguée officielle de la Guinée aux Nations Unies, en passant par son militantisme et son mariage avec un membre des Black Panthers, Makeba fut une personnalité aux multiples facettes. Sa carrière musicale, reconnue mondialement avec des titres comme « Pata Pata » et « Malaika », fut indissociable de son engagement politique.
L’exil de Makeba, imposé pendant trente ans après son installation à New York en 1959, a profondément marqué sa vie. Suite à son mariage avec Stokely Carmichael, militant des Black Panthers, elle fut également bannie des États-Unis. Ces épreuves, parmi d’autres comme un cancer de l’adolescence, le décès de sa fille Bongi en 1985, et l’impossibilité d’assister aux funérailles de sa propre mère en raison de son bannissement, ont nourri la création d’Alesandra Seutin. « Vous voyez les gens et leur réussite, et vous oubliez qu’ils luttent comme tout le monde », confie Seutin.
Le titre du spectacle, « Mimi’s Shebeen », fait référence à ces lieux de rencontre discrets en Afrique du Sud, souvent tenus par une « reine shebeen ». L’histoire personnelle de Miriam Makeba est intrinsèquement liée à ce concept : sa mère, Christina, fut arrêtée pour fabrication illégale d’alcool alors que Makeba n’était qu’un nourrisson, entraînant une peine de six mois de prison partagée avec son bébé. Ce récit familial, découvert par Seutin lors de ses recherches, a contribué à façonner la pièce.
Au-delà de la biographie de Makeba, « Mimi’s Shebeen » aborde des thèmes universels tels que le déplacement et la dépossession, résonnant avec les réalités contemporaines des migrants. Seutin envisageait d’ailleurs un second personnage, une Miriam des temps modernes confrontée à la migration. La chorégraphie, créée à Bruxelles en 2023, puise dans une riche palette de styles, incluant des influences rwandaises, sud-africaines, sénégalaises, ainsi que des formes de danse contemporaine et de rue comme le krump. La musique live et la narration orale s’entremêlent pour créer une expérience immersive.
La metteuse en scène Alesandra Seutin, dont la mère sud-africaine chantait Makeba lorsqu’elle était enfant, a ressenti le besoin de faire connaître l’héritage de « Mama Africa » aux jeunes générations. « Je pense qu’elle inciterait les jeunes à défendre qui ils sont et à dire la vérité », explique Seutin. « Elle le faisait avec beaucoup de grâce. Elle disait quelque chose de poignant puis chantait une belle chanson. » C’est cette alliance subtile entre message fort et beauté artistique que Seutin a cherché à reproduire dans son œuvre, offrant un spectacle qui divertit tout en portant une réflexion profonde.