Publié le 24 septembre 2025. La directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), Ngozi Okonjo-Iweala, a lancé un appel pressant aux États-Unis et à la Chine pour qu’ils désamorcent leurs tensions commerciales. Elle a mis en garde contre les conséquences économiques désastreuses de cette divergence, qui pourrait réduire le Produit intérieur brut (PIB) mondial de 7% à long terme.
- Les tensions commerciales croissantes entre les deux premières économies mondiales constituent un risque majeur pour la stabilité économique globale.
- Un découplage commercial pourrait entraîner des pertes substantielles du PIB mondial et des reculs importants en matière de protection sociale pour les pays en développement.
- Malgré une résilience du système multilatéral, l’OMC doit se réformer pour s’adapter aux nouveaux défis du commerce numérique et vert.
Dans une interview accordée à Reuters, Ngozi Okonjo-Iweala a exprimé la profonde préoccupation de l’OMC face à l’escalade des frictions commerciales entre Washington et Pékin. Elle a précisé avoir échangé avec des responsables des deux nations afin d’encourager un dialogue plus soutenu. « Nous sommes manifestement préoccupés par toute escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine », a-t-elle souligné, rappelant que les deux parties avaient renoncé à des hausses de droits de douane plus tôt dans l’année, ce qui avait permis d’éviter des répercussions plus graves. Elle a émis l’espoir que cette mesure soit renouvelée.
« Nous espérons sincèrement que les deux parties parviendront à un accord et apaiseront la situation, car toute tension entre les États-Unis et la Chine, et toute séparation entre eux, aura des conséquences non seulement pour les deux plus grandes économies du monde, mais aussi pour le reste de la planète », a-t-elle ajouté. Elle a toutefois noté que les deux pays étaient conscients de l’importance de maintenir de bonnes relations, eu égard à leurs implications pour l’économie mondiale et les autres nations.
La responsable de l’OMC a précisé que toute forme de découplage divisant le monde en deux blocs commerciaux entraînerait « des pertes significatives du PIB mondial à long terme, avec des réductions pouvant atteindre sept pour cent, ainsi que des pertes en termes de protection sociale pour les pays en développement, mesurées en pourcentage à deux chiffres ».
La montée des tensions reste un « risque élevé »
La semaine dernière, l’OMC avait déjà revu à la baisse ses prévisions de croissance pour le commerce mondial de marchandises en 2026, les ramenant à 0,5 % contre 1,8 % initialement prévus en août. Cette révision tenait compte des effets anticipés des tarifs douaniers imposés par l’administration de Donald Trump. Pour 2025, les prévisions de croissance du commerce mondial de marchandises sont quant à elles estimées à 2,4 %.
Ces projections ont été établies avant que le calme relatif des derniers mois ne soit rompu. La semaine dernière, la Chine a imposé de nouveaux contrôles sur les exportations de minerais de terres rares, essentiels à l’industrie technologique. En réponse, Donald Trump a annoncé l’application de nouveaux droits de douane de 100 % sur les importations chinoises à partir du mois prochain.
Ngozi Okonjo-Iweala a rappelé mercredi soir, lors d’une intervention devant les représentants des pays du G20, qu’il ne pouvait y avoir de stabilité financière mondiale sans une stabilité commerciale mondiale.
« Les pressions sur le système ne se sont pas atténuées et pourraient s’intensifier. Les pleins effets des derniers droits de douane ne sont pas encore visibles. Le changement dans les flux commerciaux alimente le sentiment protectionniste ailleurs. Les tensions croissantes entre les États-Unis et la Chine restent un risque majeur. »
Ngozi Okonjo-Iweala, Directrice générale de l’OMC
Elle a précisé que la majorité des membres de l’OMC s’étaient abstenus de s’engager dans une guerre des tarifs, et que 72 % du commerce mondial continuait de respecter les règles de l’organisation, malgré une série d’accords commerciaux bilatéraux signés par les États-Unis avec d’autres pays. Elle a noté que le système multilatéral fondé sur des règles avait prouvé sa résilience, malgré le choc politique le plus grave enregistré depuis huit décennies.
Ngozi Okonjo-Iweala a cependant estimé que des organisations comme l’OMC devraient profiter de la crise multilatérale actuelle pour engager des réformes attendues depuis longtemps, dans le but de rendre l’organisation plus robuste, plus efficace et mieux à même de capitaliser sur les nouvelles opportunités commerciales dans le commerce numérique, les services et le commerce vert.
Elle a par ailleurs fait état d’une « bonne réunion » mercredi avec le représentant adjoint au commerce des États-Unis, Joseph Parlon, nommé la semaine dernière représentant américain auprès de l’OMC. La directrice générale s’est dite très reconnaissante que les États-Unis aient retiré l’OMC de la liste des organisations internationales dont les dépenses devaient être réduites, et que des efforts soient déployés pour régler les arriérés de paiement des États-Unis envers l’organisation.