Publié le 28 octobre 2024. L’Australie a exprimé sa vive préoccupation après qu’un scientifique ukrainien de l’Antarctique, Leonid Pshenichnov, ait été arrêté en Crimée par les autorités russes, l’empêchant de participer à une conférence cruciale sur la conservation marine à Hobart.
- Un éminent scientifique ukrainien, Leonid Pshenichnov, a été arrêté en Crimée par les autorités russes et accusé de menacer la sécurité de la Fédération de Russie.
- L’arrestation intervient alors que l’Ukraine accuse la Russie de vouloir saper son rôle au sein de la Commission pour la conservation des espèces marines vivantes de l’Antarctique (CCAMLR).
- L’Australie, pays hôte de la conférence, a qualifié la situation d' »alarmante » et a appelé la Russie à libérer le scientifique.
La réunion annuelle de la CCAMLR, qui a débuté lundi à Hobart, rassemble des délégués de plus de deux douzaines de pays. Cependant, l’ambassadeur d’Ukraine en Australie, Vasyl Myroshnychenko, a révélé lors de la rencontre que l’un des principaux scientifiques de sa délégation n’avait pas pu se rendre en Tasmanie. Il a précisé que le Dr Pshenichnov, membre respecté de la communauté scientifique de la CCAMLR depuis des décennies, avait été arrêté mi-septembre à Kertch, en Crimée occupée.
Selon l’ambassadeur, le scientifique a été contraint d’accepter un passeport russe avant d’être arbitrairement accusé de « menace à la sécurité de la Fédération de Russie ». Un document russe, présenté par l’ambassadeur, dépeint le Dr Pshenichnov comme un « citoyen russe » qui aurait « fait défection vers l’ennemi » en participant aux délégations ukrainiennes aux réunions de la CCAMLR. Les allégations porteraient sur l’utilisation de ses recherches scientifiques pour nuire aux opérations de pêche au krill russes dans l’Antarctique, en plaidant pour des limites de captures plus strictes, ce qui aurait eu des conséquences économiques négatives pour la Russie. Une proposition similaire, cependant, n’avait pas abouti en raison du blocage par la Russie et la Chine.
« Il est d’une renommée internationale[ed] scientifique, ce n’est pas une menace pour la sécurité, mais cela n’a pas arrêté sa persécution et cette tentative de la Russie de saper le rôle de l’Ukraine au sein de la CCAMLR », a déclaré M. Myroshnychenko, dénonçant une violation flagrante des droits de l’homme et une motivation politique derrière l’arrestation.
La délégation australienne, s’exprimant lors de la réunion, a qualifié ces agissements d' »alarmants » et s' »inacceptables ». Elle a exprimé sa profonde préoccupation quant à la situation et au bien-être du Dr Pshenichnov, soulignant que sa détention présumée était liée à son rôle au sein de la CCAMLR. « En tant qu’hôte et membre de la CCAMLR, nous sommes particulièrement préoccupés par le fait que [the] la détention signalée du scientifique ukrainien est liée à son rôle dans les réunions de la CCAMLR en tant que membre de longue date de la délégation ukrainienne », a indiqué la délégation australienne, appelant la Russie à mettre un terme à cette situation et à garantir la liberté du scientifique de représenter l’Ukraine à l’avenir. Le communiqué a également réitéré la qualification de l' »illégale et immorale » de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
L’ABC a contacté la Division australienne de l’Antarctique, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce, ainsi que l’ambassade de Russie pour obtenir leurs réactions. La question de la pêche au krill dans l’Antarctique reste un sujet sensible. En août, la pêcherie de krill près de la péninsule Antarctique a dû fermer prématurément pour la première fois, le quota ayant été atteint des mois avant la date prévue, suite à l’expiration d’une règle d’extension de la zone de capture. Les écologistes s’inquiètent de l’impact d’une pêche trop concentrée sur la chaîne alimentaire antarctique, affectant notamment les baleines, les manchots et les phoques. L’Australie milite pour le rétablissement de règles de répartition spatiale de la pêche au krill et la création d’une nouvelle zone marine protégée, tandis que des groupes comme la Fondation Bob Brown militent pour une interdiction totale de cette pêche.
La réunion de la CCAMLR se poursuit jusqu’au 31 octobre.