Publié le 2025-10-24 14:00:00. Une nouvelle étude remet en question l’authenticité de certaines « momies de dinosaures » découvertes il y a plus d’un siècle dans le Wyoming. Loin d’être des restes de tissus fossilisés, la peau préservée de ces créatures serait en réalité des empreintes laissées par des biofilms bactériens sur de l’argile.
- Des découvertes de « momies de dinosaures », initialement attribuées à une exceptionnelle fossilisation des tissus mous, seraient en fait des moules d’argile formés par l’action de bactéries.
- Ce phénomène de préservation, connu pour les animaux à chair tendre dans des environnements pauvres en oxygène, pourrait s’appliquer à des dinosaures ensevelis rapidement par des sédiments.
- Cette nouvelle interprétation pourrait concerner plusieurs spécimens, dont des Edmontosaurus, un Triceratops et un Tyrannosaurus rex, découverts dans une zone surnommée la « Zone Momie ».
En 1908, le collectionneur Charles Sternberg mettait au jour dans le Wyoming ce qui fut considéré comme la première « momie de dinosaure » : le squelette d’un Edmontosaurus dont les tissus cutanés semblaient avoir traversé le temps. Deux ans plus tard, il faisait une découverte similaire à quelques kilomètres de là. Cependant, une équipe de recherche menée par Paul Sereno, de l’Université de Chicago, propose aujourd’hui une explication radicalement différente pour ces restes, ainsi que pour d’autres « momies » de la région.
Selon leur étude, la peau observée sur ces fossiles ne serait pas du tissu fossilisé, mais plutôt des agrégats de perles d’argile assemblées par des microbes lors de la décomposition des corps. Ce processus de « sculpture sur argile » est déjà connu pour préserver les formes des organismes à chair tendre dans des milieux anaérobies, comme la vase au fond des lagunes. Mais le professeur Sereno souligne la nouveauté de cette application à un dinosaure enseveli rapidement par les sédiments d’une rivière, dans un environnement pourtant relativement riche en oxygène.
Le mécanisme proposé implique un séchage initial de la carcasse pendant une période de sécheresse, suivi d’un enfouissement soudain, probablement causé par de fortes pluies et une inondation. Une couche de bactéries se serait alors déposée sur la surface humide et poreuse, formant un biofilm qui aurait lié l’argile environnante. Au fur et à mesure que les tissus mous se décomposaient ou étaient dissous par les eaux souterraines, ce masque d’argile aurait conservé de manière permanente leurs formes originelles.
Les chercheurs ont identifié plusieurs autres Edmontosaurus, ainsi qu’un Triceratops et un Tyrannosaurus rex, dans un rayon de 10 kilomètres autour du site de fouilles initial de Sternberg. Cette zone, que Sereno a baptisée la « Zone Momie », pourrait ainsi receler d’autres découvertes de ce type. L’étude actuelle se concentre sur deux Edmontosaurus, dont l’un, surnommé « Ed, Jr. », est le premier jeune dinosaure jamais trouvé sous cette forme préservée, offrant une vision inédite d’un torse aux contours « charnus ». L’autre spécimen, « Ed, Sr. », est le premier de son espèce à présenter un ensemble complet d’épines caudales et les premiers sabots connus d’un animal quadrupède.
Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont eu recours à diverses techniques d’analyse, incluant les rayons X, la tomodensitométrie, ainsi que des examens microscopiques et chimiques. Ces méthodes ont permis de confirmer que les parties considérées comme « charnues » étaient en réalité des moules d’argile. Ce travail minutieux est crucial, car dans de nombreux cas antérieurs, cette fine couche d’argile aurait pu être accidentellement endommagée ou retirée lors des phases de préparation des fossiles.