Publié le 25 octobre 2025. Pékin durcit sa politique d’exportation de métaux des terres rares à partir de décembre 2025, une mesure qui pourrait frapper de plein fouet l’industrie de défense occidentale, mais aussi les secteurs automobile et des technologies propres. Cette décision renforce la mainmise chinoise sur des ressources stratégiques indispensables.
- La Chine imposera des restrictions sur l’exportation de produits finis contenant des composants à base de métaux des terres rares chinois.
- L’industrie d’armement occidentale, mais aussi les secteurs automobile et des technologies vertes, pourraient subir des perturbations majeures.
- Ces nouvelles règles s’apparentent à des régulations américaines telles que l’ITAR ou la FDPR, conférant à la Chine un pouvoir de blocage sur certaines exportations.
À compter du 1er décembre 2025, la Chine pourra interdire l’exportation de produits finis vers des pays tiers si ceux-ci intègrent plus de 0,1 % de métaux des terres rares lourds d’origine chinoise. Cette décision marque un tournant dans l’utilisation des ressources critiques comme levier géopolitique. Les entreprises occidentales, en particulier celles liées à l’industrie de défense, verront leurs demandes d’importation de ces métaux potentiellement refusées.
La complexité de la chaîne d’approvisionnement risque d’aggraver la situation. De nombreux sous-traitants fournissant à la fois le secteur militaire et civil pourraient se retrouver pris au piège. Des constructeurs automobiles comme le groupe Volkswagen, qui envisagent une diversification vers le matériel militaire, pourraient ainsi être directement impactés par ces restrictions.
Les conséquences directes pourraient se traduire par des retards dans les livraisons d’équipements militaires, notamment vers l’Ukraine, et par des pénuries de véhicules occidentaux sur les marchés, faute de moteurs électriques ou de systèmes d’infodivertissement. Seules les entreprises chinoises disposant de filières d’approvisionnement alternatives seraient épargnées.
Ces métaux, essentiels à la production d’électronique moderne, des voitures électriques aux radars et missiles guidés, placent la Chine dans une position dominante. Le pays contrôle environ 70 % de l’extraction mondiale et jusqu’à 90 % de ses capacités de raffinage. Les 17 éléments constituant les métaux des terres rares (dont le scandium, l’yttrium, le lanthane, le cérium, le néodyme, le praséodyme, etc.) sont cruciaux pour de nombreuses industries de pointe.
L’hégémonie chinoise sur ces ressources s’est construite dès les années 1980, notamment suite à la fermeture de la mine américaine Mountain Pass, autrefois leader mondial. Les préoccupations environnementales, pourtant soulevées par des incidents comme ceux liés à Baotou Steel Rare-Earth Hi-Tech Co Ltd, n’ont pas freiné le développement de l’industrie chinoise dans ce secteur.
L’histoire a déjà démontré l’usage de ces métaux comme outil de pression. En 2010, suite à un incident naval près des îles Senkaku, la Chine avait imposé un embargo aux exportations de métaux des terres rares vers le Japon. Cette action avait poussé Tokyo à investir massivement dans des alternatives, notamment en soutenant l’entreprise australienne Lynas et en explorant des gisements sous-marins. Le Japon a ainsi réussi à réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, passant de 90 % à moins de 60 % d’importations chinoises.
Cependant, l’Europe et les États-Unis ont réagi plus lentement. Si les Américains ont rouvert la mine Mountain Pass et prévoient une nouvelle exploitation à Round Top, les gisements européens en Suède, Finlande et au Groenland ne sont pas encore exploités. Le démarrage de l’exploitation dans la région suédoise de Kiruna, par exemple, n’est envisagé que dans 10 à 15 ans, selon le PDG de LKAB. Le raffinage, étape critique, reste un défi majeur.
La Chine a d’ailleurs renforcé son emprise en interdisant en 2023 l’exportation de ses technologies de raffinage de métaux des terres rares. Aux États-Unis, bien que des projets visent à créer une chaîne d’approvisionnement indépendante, comme celui de MP Materials, la production prévue reste une fraction des capacités chinoises. Les avions de combat F-35, par exemple, dépendent d’aimants permanents dont la production est intrinsèquement liée aux métaux des terres rares.
Pour répondre à ces enjeux, le Pentagone a alloué plus de 439 millions de dollars dans le cadre de sa stratégie industrielle de défense nationale, visant une autonomie d’ici 2027. En Europe, deux raffineries de terres rares sont opérationnelles : l’une en France à La Rochelle, qui produit 17 éléments différents mais pas les métaux NdPr, et l’autre en Estonie chez Neo Performance Materials, qui devrait produire environ un quart de métaux NdPr. Ces complexes dépendent toutefois de minerais extraits hors de l’UE.
Selon les données d’Eurostat pour 2024, l’UE a importé 12 900 tonnes de métaux des terres rares, dont 46,3 % provenaient de Chine, 28,4 % de Russie et 19,9 % de Malaisie. Pour des éléments spécifiques comme le terbium ou le dysprosium, la Chine représente quasiment la seule source d’approvisionnement.
L’Union Européenne tente de diversifier ses sources et de développer le recyclage via la loi sur les matières premières critiques. Le projet INSPIRE LIFE vise à couvrir 25 % des besoins européens par le recyclage d’ici 2030. Un projet de raffinerie de terres rares à Puławy, en Pologne, porté par Mkango Resources en partenariat avec Grupa Azoty, est prévu pour 2027-2028. Il devrait produire 2 000 tonnes de néodyme et/ou praséodyme et 50 tonnes de terbium et de dysprosium par an.
Malgré ces efforts, les projets actuels, tant aux États-Unis qu’en Europe, ne parviennent pas encore à satisfaire la demande future en métaux des terres rares. Cette situation risque de maintenir de nombreuses entreprises occidentales dans une position de vulnérabilité face à la politique de Pékin.