Publié le 2025-10-27 09:46:00. Vingt ans après son indépendance, le Timor oriental intègre officiellement l’ASEAN, devenant le 11ème membre de l’organisation. Cette adhésion intervient alors que le pays, le plus jeune et le plus pauvre d’Asie du Sud-Est, doit faire face à l’épuisement de ses ressources naturelles, autrefois synonymes de richesse.
- Le Timor oriental, nouvellement indépendant en 2002, est devenu le 11ème membre de l’ASEAN, marquant la première expansion du bloc depuis les années 1990.
- Autrefois dépendant à 95 % des revenus pétroliers et gaziers, le pays est confronté à la « malédiction des ressources » suite à l’épuisement de gisements clés comme Bayu-Undan.
- Malgré des inquiétudes économiques et infrastructurelles initiales de certains membres, le Timor oriental a progressé et obtenu son admission après plus d’une décennie de candidature.
Niché au cœur de l’Asie du Sud-Est, le Timor oriental, ou Timor-Leste, a franchi une étape historique en rejoignant l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN). Cette intégration, effective depuis peu, marque un tournant pour cette jeune nation qui a obtenu son indépendance de l’Indonésie en 2002. Elle devient ainsi le onzième membre de cette organisation régionale majeure, une première depuis la fin des années 1990.
Au moment de son indépendance, le Timor oriental héritait d’immenses richesses sous-marines, notamment les gisements de pétrole et de gaz de Bayu-Undan et Greater Sunrise, situés en mer entre le Timor et l’Australie. Ces ressources constituaient l’épine dorsale de l’économie nationale, représentant près de 95 % des recettes gouvernementales au milieu des années 2000. Face à cette manne, un Fonds Pétrolier a été créé en 2005 pour gérer ces revenus. Cependant, depuis 2008, une tendance préoccupante s’est dessinée : les dépenses gouvernementales ont dépassé les retraits jugés prudents du fonds. Cette gestion a conduit le pays à devenir une illustration de la « malédiction des ressources », un phénomène où la richesse naturelle se révèle être une source de difficultés économiques.
L’épuisement progressif du champ pétrolier de Bayu-Undan, l’une des principales sources de revenus du pays, qui s’est arrêté en 2023 après près de deux décennies d’exploitation, souligne l’urgence pour le Timor oriental de diversifier son économie.
La route vers l’ASEAN fut longue pour le Timor oriental, qui avait déposé sa candidature en 2011. Plus d’une décennie a été nécessaire pour convaincre les autres États membres. Des pays comme Singapour et la Thaïlande avaient exprimé des réserves quant à la capacité économique du Timor oriental à satisfaire les normes de l’ASEAN. Les préoccupations portaient sur une infrastructure encore fragile et des capacités administratives limitées, rendant difficile la participation pleine et entière aux réunions de l’organisation. Certains craignaient également que l’intégration d’un nouveau membre aux défis économiques marqués ne ralentisse la dynamique du bloc. Au fil des ans, avec le soutien de son voisin indonésien, le Timor oriental a toutefois œuvré à l’amélioration de ses infrastructures et au renforcement de sa gouvernance. Son statut d’observateur obtenu en 2022 a ouvert la voie à son admission officielle.
Ces inquiétudes ne sont pas nouvelles. Dès 2001, un an avant son indépendance, des experts avaient mis en garde contre le risque de pauvreté persistante pour le pays.
« L’un des principaux défis du Timor oriental est que l’argent soit bien dépensé. Il existe de très nombreux exemples dans le monde de pays qui ont reçu des manne pétrolières, mais qui en ont dilapidé les bénéfices. »
Sarah Cliffe, chef de la mission de la Banque mondiale au Timor oriental (à l’époque)
Ces prévisions semblent aujourd’hui se concrétiser.
Face à la raréfaction des réserves d’hydrocarbures, le gouvernement timorais se tourne désormais vers le projet de développement du champ de gaz naturel liquéfié Greater Sunrise. Estimé à plus de 33 milliards de dollars, ce projet est cependant en suspens depuis 2024. Le gouvernement espère que la transformation de ce site industriel permettra de dynamiser les infrastructures et de diversifier une économie trop dépendante des revenus pétroliers et gaziers. Le défi reste immense : une base de compétences restreinte, un manque criant d’infrastructures et une économie atone sont autant d’obstacles à surmonter. L’avenir dira si le projet Greater Sunrise permettra de bâtir l’État industrialisé dont le Timor oriental rêve.