La Série Mondiale 2025 se déplace à Los Angeles, promettant une bataille stratégique intense entre les Dodgers et les Blue Jays, alors que les experts analysent les performances passées et les stratégies à venir. Après deux rencontres électrisantes au Rogers Centre de Toronto, la compétition s’installe au Dodger Stadium pour les matchs 3, 4 et 5. La question demeure : le retour à domicile galvanisera-t-il les Dodgers, ou les Blue Jays reprendront-ils l’avantage dans cette série au sommet ? Nos experts du baseball majeur décortiquent les enjeux de cette finale.
### Le MVP des deux premières manches et les favoris pour le trophée final
Alors que la série bat son plein, plusieurs noms émergent comme potentiels MVP. Jorge Castillo souligne l’impact du grand chelem d’Addison Barger lors du Match 1, un moment historique pour le Canada. Cependant, c’est la performance de Yoshinobu Yamamoto dans le Match 2 qui pourrait bien avoir sauvé les espoirs de titre des Dodgers. Le lanceur droitier, dans une forme olympique, est devenu le premier artilleur depuis Curt Schilling en 2001 à lancer deux matchs complets consécutifs en séries éliminatoires, épargnant ainsi un bullpen épuisé.
Jeff Passan place Yamamoto en tête de liste pour le titre de MVP, sous réserve de la durée de la série. Il anticipe un départ potentiel de Yamamoto lors du Match 6, avec seulement cinq jours de repos, une situation qu’il a déjà gérée avec succès contre Milwaukee lors de la Série de Championnat de la Ligue Nationale. Mais il ne faut pas négliger Will Smith. Son coup de circuit décisif dans le Match 2, ses présences remarquables au bâton et son absence de retraits au bâton lors des deux premières rencontres le positionnent également comme un sérieux prétendant. Côté Blue Jays, Alejandro Kirk impressionne par sa solidité et son jeu défensif exceptionnel, posant une base solide pour la suite.
Alden Gonzalez penche pour Will Smith, saluant non seulement son rôle de guide pour Yamamoto lors du chef-d’œuvre du Match 2, mais aussi sa performance offensive exceptionnelle, rivalisant avec Kirk. L’impact de Smith est d’autant plus remarquable qu’il se remettait d’une fracture capillaire avant les éliminatoires et semblait plus fatigué que jamais l’année précédente. L’arrivée précoce du jeune Dalton Rushing cette saison visait à maintenir Smith en forme, mais une blessure à la main en fin de saison aurait pu compromettre ces plans. Smith semble pourtant atteindre son meilleur niveau au moment crucial, un atout majeur pour une offensive des Dodgers en difficulté depuis le tournoi éliminatoire.
### Les surprises de Toronto et les attentes pour Los Angeles
Le premier volet de cette finale a réservé son lot de surprises. Jorge Castillo s’attendait à un point faible notable du côté du bullpen des Blue Jays, mais il a été agréablement surpris par la qualité des manches enregistrées par ses releveurs. Toronto n’a concédé que quatre points en 7 manches et un tiers lors des deux premiers matchs, dont deux après avoir mené 11-2 dans le Match 1. Bien que pas toujours éclatantes, ces performances sont encourageantes pour une équipe cherchant à remporter trois victoires supplémentaires.
Jeff Passan, quant à lui, est surpris par la médiocrité du haut de l’alignement des Dodgers. Shohei Ohtani, Mookie Betts et Freddie Freeman affichent un bilan combiné de 4 sur 21, avec quatre points marqués et deux points produits, ces derniers provenant d’un coup de circuit de Ohtani en fin de rencontre lors du Match 1, une victoire déjà acquise. La post-saison n’a pas été particulièrement brillante pour les stars de Los Angeles. Les six circuits d’Ohtani sont impressionnants, mais ses autres présences au bâton se soldent par 5 sur 43 avec 19 retraits au bâton. Betts est sans circuit et n’a marqué que trois points en 12 matchs. Freddie Freeman, qui avait connu une Série Mondiale phénoménale l’an dernier avec 12 points produits contre New York, n’en a inscrit qu’un avant le début de cette finale et n’a pas fait bouger les cordages dans les deux matchs contre Toronto.
Alden Gonzalez s’interroge sur la gestion de Bo Bichette. Son positionnement au deuxième but lors du Match 1, un poste qu’il n’avait jamais occupé en ligue majeure, et son absence du alignement lors du Match 2, interpellent. Bichette se remet d’une entorse au genou gauche contractée il y a sept semaines, et bien qu’il ne soit pas encore pleinement rétabli, il a démontré sa viabilité, même en entrant en fin de Match 2. Les Blue Jays souhaitaient clairement intégrer Bichette à l’alignement du Match 1 face au gaucher Blake Snell. Malgré la prédominance de lanceurs droitiers dans la rotation des Dodgers, Bichette jouera un rôle déterminant dans cette série. Le gérant John Schneider a confirmé qu’il sera aligné contre Tyler Glasnow lors du Match 3, qui suit un jour de repos.
### Les duels de lanceurs attendus lors du Match 3
Concernant les lanceurs partants pour le Match 3, Max Scherzer et Tyler Glasnow, les experts divergent légèrement. Jorge Castillo anticipe un nouveau succès pour Glasnow à domicile, tandis que Scherzer pourrait rencontrer plus de difficultés lors de son retour à Los Angeles, quatre ans après avoir lancé en séries éliminatoires pour les Dodgers. Glasnow a limité ses adversaires à un seul point en 11 manches et 2 tiers lors de ses deux départs en playoffs, tous deux au Dodger Stadium. En août, il avait limité Toronto à deux points sur quatre coups sûrs en 5 manches et 2 tiers à Los Angeles. De l’autre côté, Scherzer a livré une performance cruciale pour les Blue Jays lors du Match 4 de la Série de Championnat de la Ligue Américaine à Seattle, alors que son équipe était menée 2-1 dans la série. L’attaque des Dodgers a globalement peiné en playoffs, mais il est probable qu’elle explose à tout moment. Ce sera un test corsé pour Scherzer.
Jeff Passan met en avant la qualité du « curveball » de Glasnow, classé cinquième parmi les lanceurs ayant lancé au moins 90 manches cette année, en termes de valeur par lancer. Sachant que les Dodgers ont beaucoup utilisé cette balle courbe lors des deux premiers matchs, Glasnow pourrait en user largement dès le début du match. Scherzer a également trouvé le succès avec sa balle courbe lors de son dernier départ il y a 11 jours, bien que son « fastball », oscillant entre 94 et 96,5 mph, se soit avéré également efficace. Le plus important pour Scherzer sera de garder la balle en jeu. Il a concédé 19 circuits en 85 manches, le deuxième taux le plus élevé parmi les 158 lanceurs ayant lancé au moins 80 manches cette saison.
Alden Gonzalez souligne l’importance des mécaniques de Glasnow, souvent une question pour un lanceur de 1,98 m avec beaucoup de mouvements. Il s’attend à ce que ce match soit le duel de lanceurs le plus déséquilibré de la série. Scherzer est un futur membre du Temple de la renommée, au même titre que Justin Verlander et Clayton Kershaw, des lanceurs emblématiques de cette ère. Sa performance en ALCS a montré que, même à 41 ans, il ne faut jamais le sous-estimer. Cependant, les Dodgers le connaissent bien, l’ayant affronté il y a seulement deux mois. Cette version de Scherzer pourrait être le type de lanceur contre lequel l’attaque en difficulté des Dodgers peut se réveiller, surtout à domicile.
### Les clés de la victoire pour chaque équipe
Pour reprendre le contrôle de la série à domicile, les Dodgers devront compter sur leurs lanceurs partants pour aller loin dans les matchs. Les Blue Jays ont mis en lumière la plus grande faiblesse des Dodgers, leur bullpen, lors du Match 1, mais Yamamoto a su éviter que cela ne se reproduise. Des matchs complets ne sont pas nécessaires, mais terminer au moins six manches augmente considérablement les chances de victoire des Dodgers.
Jeff Passan suggère que les Dodgers doivent faire ce qu’aucune équipe n’a réussi à faire en ces éliminatoires : retirer les frappeurs des Blue Jays sur des prises. Les Dodgers ont un taux de retraits sur des prises légèrement supérieur à celui des adversaires précédents de Toronto, mais les Jays ont déjà livré de très bons présences au bâton lors des deux premiers matchs de la série. L’enjeu pour Glasnow sera d’éviter de jouer avec la zone de prises et de viser directement le retrait. Le bullpen de Los Angeles ne regorge pas d’options à fort taux de retraits sur des prises, avec 6,75 retraits sur des prises par neuf manches, le plaçant en dixième position parmi les 12 équipes qualifiées. L’essentiel reposera donc sur Glasnow, Ohtani et, vraisemblablement, Snell pour générer des « swing-and-miss » lors des trois prochains matchs au Dodger Stadium.
Alden Gonzalez met l’accent sur la nécessité de relancer l’attaque des Dodgers. L’équipe présente une moyenne au bâton de .216, une moyenne sur les bases de .307 et une moyenne de puissance de .359 depuis le tournoi éliminatoire, ne marquant en moyenne que 3,7 points par match (contre 5,1 en saison régulière). Les lanceurs partants ont masqué bon nombre des lacunes offensives récentes, et il est difficile de compter sur cette situation face à une attaque des Blue Jays aussi explosive. Les trois meilleurs frappeurs de Los Angeles, en particulier, doivent se réveiller. Ohtani a frappé quatre circuits lors des trois dernières manches, dont trois lors du match décisif pour le titre, mais il a été globalement peu productif offensivement. Betts et Freeman, quant à eux, ont combiné une moyenne au bâton de seulement .197, une moyenne sur les bases de .307 et une moyenne de puissance de .329 depuis le tournoi éliminatoire.
Pour reprendre l’avantage dans la série sur la route, les Blue Jays devront recréer la performance du Match 1, lorsque Blake Snell a été contraint de lancer 29 balles dès la première manche, sans relâche. Snell a quitté la partie avec les buts remplis et aucun retrait en sixième manche après 100 lancers. Les Blue Jays ont ensuite malmené Emmet Sheehan et Anthony Banda de Los Angeles lors d’une historique manche de neuf points. Ils se sont montrés les meilleurs du baseball pour faire contact et éviter les retraits sur des prises. Épuiser les lanceurs partants des Dodgers est leur voie vers la victoire.
Jeff Passan insiste sur l’importance de continuer à jouer un baseball propre. Les Blue Jays n’ont pas commis de faute depuis le Match 2 de la Série de Championnat de la Ligue Américaine, il y a 67 manches. Pour battre une équipe aussi talentueuse que les Dodgers, il faut considérer chaque retrait comme un bien précieux. Toronto est arrivée jusqu’ici grâce à une attaque puissante, d’excellentes aptitudes à frapper la balle et un travail défensif exceptionnel. Et même si marquer des points est l’élément le plus important de leur succès, continuer à transformer les balles frappées en retraits les aidera à éviter le sort des Yankees lors de la dernière Série Mondiale.
Alden Gonzalez rappelle que lorsque les Dodgers ont facilement battu Milwaukee en Série de Championnat de la Ligue Nationale, leurs quatre lanceurs partants et leurs deux meilleurs releveurs, Roki Sasaki et Alex Vesia, ont assuré toutes les sorties, à l’exception de neuf. Leur formule est évidente, et l’absence de Vesia pour la Série Mondiale constitue un obstacle majeur. Les Blue Jays, comme l’a souligné Jorge, doivent faire monter la quantité de lancers des partants de Los Angeles. L’objectif de Toronto est donc simple : obliger un releveur autre que Sasaki à effectuer au moins deux manches dans chacun des trois prochains matchs. Si tel est le cas, Toronto devrait être en bonne position.