Publié le 28 octobre 2024, 14h00. Le ministre de la Culture et de l’Innovation, Balázs Hankó, a présenté son rapport annuel en dénonçant la faillite de l’Union européenne et en défendant les programmes culturels et éducatifs hongrois face aux critiques de Bruxelles, tout en annonçant des avancées significatives dans l’enseignement supérieur.
- Le ministre Balázs Hankó a qualifié l’UE de « faillite » et a critiqué sa perte de compétitivité face à l’Asie.
- Il a dénoncé une « attaque européenne » contre l’enseignement supérieur hongrois, accusant Bruxelles de vouloir exclure les étudiants hongrois du programme Erasmus+.
- Le rapport met en avant les succès de l’enseignement supérieur hongrois, notamment l’augmentation du nombre d’universités classées parmi les meilleures au monde et le doublement du financement.
Lors de la présentation de son rapport annuel, Balázs Hankó, ministre de la Culture et de l’Innovation, a positionné son ministère comme un fer de lance du « patriotisme au quotidien », veillant à l’identité nationale et à l’avenir des jeunes par le biais de la culture, de l’enseignement supérieur, de la formation professionnelle et de l’innovation.
Le ministre a vivement critiqué la situation économique de l’Union européenne, la jugeant en « faillite » et sa compétitivité « en ruines ». Il a étayé ses propos par des chiffres, soulignant qu’en 1995, l’UE représentait 95 % de la compétitivité américaine, un chiffre tombé à 80 % aujourd’hui. Seules quatre des cinquante plus grandes entreprises technologiques mondiales seraient basées dans l’UE, tandis que la production scientifique a chuté de 25 % à 19 % en quinze ans, au profit de l’Asie de l’Est dont la part est passée de 20 % à 32 %. Il a également pointé du doigt le coût de la bureaucratie européenne, estimée à 6 800 milliards de HUF par an, et a dénoncé une volonté d’accroître encore cette bureaucratie de 2 500 personnes, couplée à une hausse projetée de l’impôt sur les sociétés de 9 % à 25 %.
« L’objectif est de ghettoïser les étudiants universitaires hongrois »
Balázs Hankó a particulièrement insisté sur ce qu’il a qualifié d' »attaque européenne » contre l’enseignement supérieur hongrois. Selon lui, Bruxelles chercherait à « ghettoïser les étudiants universitaires hongrois » en initiant six procédures judiciaires liées au programme Erasmus. Il a rappelé qu’en septembre, la Cour de justice européenne avait mis la Commission européenne dans une impasse, mais que récemment, un représentant du Conseil de l’Europe s’était dit « prêt à discuter de l’avenir des étudiants universitaires hongrois » dans le cadre d’un procès. Le ministre a souligné que le programme Erasmus+ était désormais ouvert aux pays d’Afrique du Nord et aux universités palestiniennes, tandis que les étudiants hongrois en seraient exclus, une décision qu’il a vivement critiquée :
« Les universités palestiniennes, les pays d’Afrique du Nord, oui ; les étudiants universitaires hongrois, non. C’est la pensée de Bruxelles. »
Balázs Hankó, Ministre de la Culture et de l’Innovation
En réponse, le gouvernement hongrois a lancé le programme de bourses Pannonia, qui a permis de doubler le nombre d’étudiants partant à l’étranger. Ce programme a accueilli 8 115 étudiants dans les plus grandes universités mondiales, dont 181 aux États-Unis, 119 au Royaume-Uni et 118 au Japon.
La lutte contre l' »idéologie woke »
Le rapport de Balázs Hankó accorde une place importante à la lutte contre ce qu’il nomme l' »idéologie woke ». Il a affirmé qu’à Bruxelles, la « culture du réveil et de l’annulation qui veut tout effacer » représentait une menace pour l’identité hongroise et les familles. Il a également mis en contraste la vision européenne des droits LGBTQ+, qualifiés de « valeur fondamentale européenne », avec le manque de reconnaissance de la protection de l’enfance, qui a conduit Bruxelles à engager une procédure d’infraction contre la loi hongroise sur la protection de l’enfance.
Concernant le financement des théâtres, le ministre a été catégorique :
« La liberté, oui ; la liberté, non. Le fait qu’une chose s’appelle théâtre ne signifie pas qu’elle doive nécessairement être soutenue. »
Balázs Hankó, Ministre de la Culture et de l’Innovation
Il a cité en exemple une pièce de théâtre controversée, faisant référence à une scène où un personnage est décrit comme étant « un homosexuel enfermé dans le corps d’une femme, au point de ne même pas pouvoir s’asseoir ». Le ministre a affirmé que le gouvernement ne pourrait en aucun cas soutenir de tels projets, affirmant un refus ferme pour l’avenir. Les productions théâtrales jugées contraires à la constitution ne bénéficieront d’aucun soutien.
L’enseignement supérieur hongrois en chiffres
Balázs Hankó a présenté des statistiques démontrant les progrès de l’enseignement supérieur en Hongrie. En 2019, le pays comptait 6 universités parmi les 5 % les plus performantes au monde, contre 12 aujourd’hui. L’Université Semmelweis figure dans le top 1 % mondial, tandis que les universités de Debrecen, Szeged et l’ELTE sont dans le top 2 %. Le financement de l’enseignement supérieur a été triplé, représentant 2 % du PIB, soit un total de 688 milliards de HUF pour le fonctionnement, et 600 milliards de HUF pour le développement des infrastructures.
« Nous avons triplé le financement de l’enseignement supérieur. »
Balázs Hankó, Ministre de la Culture et de l’Innovation
La formation des professeurs de sciences a également connu une nette amélioration : alors que 774 candidats postulaient pour des postes de professeurs de mathématiques, physique, biologie et chimie en 2022, leur nombre a atteint 2 124 admissions cette année. Le nombre de places bénéficiant de bourses d’État a augmenté de 15 000 par rapport à 2022, avec 2 000 nouvelles places créées par rapport à l’année précédente. Trois jeunes Hongrois sur quatre débutent leurs études avec une bourse d’État, représentant un budget de 155 milliards de HUF pour les 77 600 étudiants cette année.
Le Prix Kossuth de Feró Nagy au cœur des débats
Le moment le plus tendu de la session a eu lieu lorsque la députée d’opposition Olga Kálmán a demandé le retrait du Prix Kossuth décerné au musicien Feró Nagy, en raison de déclarations jugées problématiques concernant les femmes. Balázs Hankó a répondu :
« Il est clair que le Prix Kossuth est une reconnaissance artistique et impose également une obligation morale à l’artiste, c’est une responsabilité et une obligation. Pour le moment, il n’y a pas d’option légale [pour retirer le prix]. Vous devez vous excuser. On ne peut pas faire de telles déclarations sur les femmes. »
Balázs Hankó, Ministre de la Culture et de l’Innovation
Le ministre a également dénoncé un « double standard », soulignant que Péter Magyar, qualifié de « personne la plus violente », n’avait pas fait l’objet de poursuites similaires. Une consultation juridique a confirmé qu’il n’existait aucune possibilité légale de retirer le prix.
Le débat s’est intensifié, conduisant à une demande de silence à Olga Kálmán ou à un départ de la salle, le règlement prévoyant une seule question durant ce type d’intervention.
Critiques et comparaisons
Le représentant de l’opposition Endre Tóth a vivement critiqué le rapport, déclarant avoir eu l’impression d’être en « Corée du Nord » et déplorant la propagande utilisée. Il a ensuite soulevé des cas spécifiques concernant János Rostás, Tamás Hegedűs et István Balla. Balázs Hankó a répliqué en demandant au représentant de « ne pas qualifier les faits de propagande ».
Le député d’opposition Szabolcs Szabó a mentionné le Prix Nobel de László Krasznahorkai et a interrogé Demeter Szilárd sur la raison pour laquelle le musée littéraire Petőfi, doté de fonds importants, n’aurait pu exposer qu’une unique page photocopiée au format A4 lors de la Foire du livre de Francfort. Balázs Hankó a indiqué avoir immédiatement félicité l’écrivain. Il a souligné l’importance de promouvoir les réussites nationales, qu’il s’agisse de sciences naturelles, de sciences humaines ou de médaillés olympiques, afin de renforcer la fierté et la reconnaissance de la nation.
L’avenir du Festival Sziget
Interrogé sur l’importance de maintenir le Festival Sziget, Balázs Hankó a déclaré avoir chargé son secrétaire d’État de négocier l’avenir du festival, qualifiant ce dernier de « sujet important » et soulignant son rôle potentiel pour le rayonnement culturel de la Hongrie en Europe.
La culture hors de Budapest
Mária Kállai a salué la prise en compte du « monde extérieur à Budapest » dans les programmes culturels, tout en regrettant que seul le Théâtre Csokonay de Debrecen, parmi les théâtres de province, ait été inclus dans le programme de soutien, demandant un élargissement.
D’autres sujets ont été abordés, tels que la transformation de la formation professionnelle (Győző Vinnai), l’évolution du HUN-REN et des établissements d’enseignement supérieur publics (Tünde Szabó), ainsi que les bibliothèques et instituts de recherche (László Pósán).
En réponse, le ministre a rappelé que 7 millions de personnes avaient assisté à des représentations théâtrales l’année dernière, avec un soutien culturel de 5 000 forints par citoyen hongrois, équivalant à 15 000 forints en termes de billets de théâtre. Le programme Lázár Ervin a également été mentionné.
Balázs Hankó a mis en avant la rénovation de l’Université polytechnique et économique de Budapest (BME) comme une « réussite hongroise », précisant que le programme du nouveau recteur bénéficiait d’un large soutien au sein du Sénat. Le financement de la BME a atteint 30 milliards de HUF cette année, contre 20 milliards l’année précédente. Le ministre a expliqué que ce nouveau modèle opérationnel permettait d’assurer les aspects stratégiques et d’autonomie essentiels à l’enseignement supérieur, tout en notant que Bruxelles avait déjà ouvert une enquête sur ce modèle.
« Dans ce nouveau modèle opérationnel, l’État en tant que part d’or et le BME en tant que part d’argent peuvent assurer les aspects stratégiques et d’autonomie qui sont importants pour l’enseignement supérieur. »
Balázs Hankó, Ministre de la Culture et de l’Innovation
La Commission européenne chercherait également à examiner l’autonomie des universités religieuses.
Parmi les objectifs futurs du ministre, figurent l’intégration de l’Université Sapientia de Transylvanie parmi les dix meilleures universités de Roumanie et l’élévation du Collège Ferenc Rákóczi II au rang d’université, à l’occasion du 350e anniversaire de la naissance de Ferenc Rákóczi.
Améliorations des infrastructures et revalorisation salariale
Le ministre a également fait état de rénovations de campus à travers le pays, notamment à Debrecen, Szeged et Miskolc, avec des améliorations majeures à Pécs et Győr. D’ici 2035, 1 300 milliards de HUF de développements dans l’enseignement supérieur sont prévus.
Concernant les salaires, un assistant d’enseignement universitaire gagne en moyenne 700 000 HUF, un professeur assistant 820 000 HUF, un professeur associé plus d’un million de HUF, et un professeur d’université 1,3 million de HUF. La transformation du HUN-REN vise à augmenter la production de publications en collaboration universitaire de 50 % à 80-90 %, renforçant ainsi la position internationale des universités. Une augmentation salariale de 18 milliards de HUF a été allouée aux chercheurs.