Home Économie Le projet de Zohran Mamdani pour des bus gratuits fonctionnerait-il à Dublin ? – Le temps irlandais

Le projet de Zohran Mamdani pour des bus gratuits fonctionnerait-il à Dublin ? – Le temps irlandais

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Publié le 2025-10-31 07:05:00. La gratuité des transports en commun, idée qui refait surface à New York, suscite un débat animé quant à son coût et son efficacité réelle. Alors que certains y voient une solution aux problèmes de congestion et de coût de la vie, d’autres soulignent les défis financiers et l’incertitude quant à un changement de comportement significatif des usagers.

  • La proposition de rendre les bus gratuits à New York vise à désengorger la ville et à réduire le coût de la vie pour ses habitants.
  • Des études et des expériences passées suggèrent que la gratuité seule pourrait ne pas suffire à inciter les automobilistes à laisser leur voiture au profit des transports en commun.
  • L’amélioration des infrastructures et la rapidité des trajets sont considérées comme des facteurs déterminants pour un « transfert modal » efficace.

Le trajet domicile-travail en autobus peut s’avérer une expérience éprouvante, marquée par des voies de bus surchargées, des feux de circulation mal synchronisés et une fiabilité souvent mise à rude épreuve. À Dublin, par exemple, la vitesse moyenne des bus aux heures de pointe peine à atteindre les 16,6 km/h, une moyenne qui masque des ralentissements drastiques pouvant descendre sous les 3 km/h dans les zones les plus congestionnées, soit plus lentement qu’une marche normale.

C’est dans ce contexte que Zohran Mamdani, un leader démocrate new-yorkais en campagne pour la mairie, a fait de la gratuité des bus un cheval de bataille, y voyant une réponse à la fois à la frustration des usagers et à la hausse du coût de la vie. Il estime que le bénéfice économique de cette mesure, estimé à 700 millions de dollars (environ 605 millions d’euros) annuellement, dépasserait largement le coût. Selon lui, l’absence de friction liée au paiement encouragerait plus de monde à utiliser les bus, libérant ainsi les routes et accélérant les trajets dans un cercle vertueux. La fin de la recherche de monnaie ou de titres de transport aux arrêts contribuerait également à fluidifier le trafic.

Cependant, cette proposition ambitieuse soulève des critiques. Certains craignent qu’un tel changement ne mette en péril l’ensemble du système de transport, l’investissement nécessaire pour le maintenir se heurtant aux coûts prohibitifs d’une telle gratuité, et potentiellement aux revenus tirés des péages urbains, estimés à 500 millions de dollars par an.

L’idée de rendre les bus gratuits n’est pas nouvelle à New York. L’ancien maire Michael Bloomberg l’avait déjà envisagée en 2009 sans que le projet aboutisse. Plus récemment, un projet pilote visant à offrir la gratuité sur cinq lignes de bus a montré une augmentation de la fréquentation, mais sans amélioration notable des temps de trajet. Les autorités ont également noté que les services gratuits tendent à attirer davantage les personnes effectuant de courts trajets à pied ou à vélo, plutôt que les automobilistes qui sont moins sensibles au coût et plus préoccupés par la rapidité.

Une étude de la National Transport Authority (NTA) en Irlande a évalué le coût annuel de la gratuité de tous les transports publics à l’échelle nationale à 550 millions d’euros, auxquels s’ajouteraient 140 millions d’euros d’investissements supplémentaires pour l’acquisition de nouveaux bus afin d’éviter la surpopulation.

Brian Caulfield, professeur au Trinity College de Dublin, tempère l’enthousiasme pour la gratuité. Il estime que les fonds seraient plus judicieusement investis dans l’extension des lignes de tramway (Luas) et le développement de nouveaux réseaux ferroviaires urbains dans les villes régionales. Pour lui, le « transfert modal » – le passage des transports privés aux transports publics – s’opère lorsque ces derniers sont plus rapides et plus efficaces. Il prône une approche combinant « carotte » (amélioration des transports publics) et « bâton » (éventuelles redevances pour les usagers de la route). Il souligne que Dublin est encore loin d’une politique de péages urbains, à l’image de Londres, car le réseau de transports publics n’est pas encore suffisamment performant pour absorber un tel changement, prévoyant qu’il faudrait des décennies pour que les infrastructures actuelles puissent accueillir une défection massive des automobilistes.

Dans ce contexte, les projets d’amélioration des infrastructures de transport, tels que les 12 corridors de bus prévus pour la capitale irlandaise, pourraient s’avérer plus déterminants. Dublin Bus anticipe une augmentation de 58% de sa fréquentation grâce à des itinéraires rapides et sans entraves. La construction du premier corridor, reliant la vallée de Liffey au centre-ville pour un coût de 274 millions d’euros, est déjà lancée, et l’ensemble du réseau devrait être opérationnel d’ici 2030.

Le « modèle de Vienne » est souvent cité en exemple. La capitale autrichienne a vu l’usage de ses transports publics exploser après l’introduction d’un abonnement annuel à 1 euro par jour (365 euros par an) pour un accès illimité au métro, tramway et bus. Le prix devrait passer à 467 euros dès l’année prochaine.

Qu’elle se concrétise ou non, la proposition de Zohran Mamdani, qui s’inscrit dans sa plateforme « Rendre l’Amérique à nouveau abordable », semble résonner auprès des électeurs, malgré la probable opposition de la gouverneure de l’État, Kathy Hochul. Bien que d’autres villes américaines aient expérimenté des bus gratuits, aucune n’a atteint la taille de New York, faisant de cette initiative un potentiel cas d’étude majeur pour l’avenir des transports urbains.

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