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Déficit à Genève: le Canton frôle les 740 millions de pertes

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Publié le 31 octobre 2025 à 08h05. Les finances du canton de Genève sont en mauvaise posture, avec un déficit projeté qui pourrait atteindre 740 millions de francs suisses, le plus lourd depuis 2000. Plusieurs facteurs économiques, notamment la baisse des revenus fiscaux des entreprises, expliquent cette situation alarmante. La conseillère d’État en charge des finances, Nathalie Fontanet, détaille les enjeux et les pistes envisagées pour redresser la barre.

  • Les projections fiscales révèlent une baisse des recettes, creusant le déficit cantonal à 637 millions de francs suisses.
  • Ce recul provient en grande partie des impôts sur les sociétés et de la part genevoise de l’impôt fédéral direct.
  • Un plan d’économies pluriannuel sera présenté par le Conseil d’État au printemps prochain.

Le canton de Genève s’apprête à connaître son déficit budgétaire le plus important depuis un quart de siècle. Les dernières estimations du Département des finances placent le budget 2026 dans le rouge vif, avec une ardoise potentielle qui pourrait s’élever à 740 millions de francs suisses. Ce chiffre inquiétant dépasse les projections initiales et menace de dépasser le déficit historique de la Banque cantonale genevoise en 2000.

Dans une interview accordée à la Tribune de Genève, la conseillère d’État aux Finances, Nathalie Fontanet, reconnaît la gravité de la situation. Les prévisions actualisées font état d’une diminution de 233 millions de francs suisses par rapport aux estimations initiales pour le budget 2025. Le déficit initialement prévu de 409 millions grimpe ainsi à 637 millions. Cette aggravation est accentuée par la décision de la Commission des finances de suspendre le transfert d’une partie des coûts de la péréquation intercantonale aux communes, ajoutant 108 millions au déficit cantonal.

Les revenus touchés par cette baisse sont principalement ceux issus de l’impôt sur les bénéfices des entreprises (-155 millions de francs suisses), de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (-39 millions), et de la part cantonale de l’impôt fédéral direct (-40 millions). Les secteurs les plus impactés sont la finance, les assurances, le commerce de gros et l’horlogerie. Ces baisses s’expliquent par un retour à la normale après des périodes de croissance exceptionnelles liées à la pandémie de Covid-19, ainsi que par les incertitudes économiques mondiales, les conflits géopolitiques et les droits de douane.

Nathalie Fontanet prend acte de la décision de la Commission des finances concernant la péréquation intercantonale, tout en soulignant que le projet de loi n’est pas rejeté, mais seulement gelé en attendant un examen ultérieur. L’objectif est d’associer cette décision à la possibilité pour les communes de constituer des réserves conjoncturelles, à l’instar de ce que fait le canton.

Face à cette détérioration budgétaire, le canton peut s’appuyer sur sa réserve conjoncturelle d’un milliard de francs suisses. Celle-ci peut être utilisée pour couvrir un déficit budgétaire. Cependant, si le déficit 2025 dépasse le seuil admissible de 256 millions de francs suisses, il pourrait être nécessaire de puiser dans cette réserve dès cette année-là.

La conseillère d’État rappelle que le peuple genevois a accepté une baisse d’impôts fin 2024 et a rejeté des mesures visant à limiter les dépenses en septembre dernier. Tout en respectant ces décisions démocratiques, elle affirme qu’une réaction est nécessaire. Le Conseil d’État avait déjà annoncé, lors du dépôt du projet de budget, l’élaboration d’un plan d’économie pluriannuel qui sera présenté au printemps prochain.

Concernant la perception des mesures passées, comme la baisse d’impôts et la gratuité partielle des transports publics, Nathalie Fontanet réfute l’idée d’avoir « vendu du rêve ». Selon elle, le problème principal réside dans l’augmentation incontrôlée des charges, notamment des dépenses contraintes, plutôt que dans les revenus. Elle appelle à dépasser les clivages politiques traditionnels et à cesser d’accorder de nouvelles déductions fiscales. Elle estime que la prise de conscience collective de la gravité de la situation financière ne se fera qu’au moment de la clôture des comptes 2025, si ceux-ci s’avèrent négatifs.

Le 12 novembre, le Conseil d’État présentera formellement à la Commission des finances des amendements actualisant les prévisions de recettes. L’exécutif cantonal évalue également la pertinence de proposer des amendements visant à réduire les dépenses, tout en reconnaissant que la marge de manœuvre sur les dépenses non contraintes est limitée, ne représentant qu’environ 90 millions de francs suisses.

En cas de rejet du budget, le canton débuterait l’année 2026 sous un régime de douzièmes provisoires, calqué sur les moyens de 2025 et augmenté des nouvelles charges contraintes. Le Conseil d’État serait alors contraint de présenter un nouveau projet de budget avant fin mars. Nathalie Fontanet insiste sur la nécessité d’un plan d’économie ambitieux, soulignant que plusieurs autres cantons suisses font face à des défis financiers similaires.

En ce qui concerne les pistes pour améliorer la situation, l’accent est mis sur les économies plutôt que sur des nouvelles recettes. Bien que des hausses d’impôts ne soient pas la priorité, l’examen de niches fiscales et de taxes ou d’émoluments n’est pas exclu. Une solution devra également être trouvée pour que les communes participent davantage à certaines charges supplémentaires, comme c’est la norme dans d’autres cantons, car elles disposent de patrimoines que les cantons n’ont pas.

Face aux critiques suggérant que le gouvernement tarde à agir, Nathalie Fontanet explique que les mesures d’une telle ampleur nécessitent du temps, des modifications législatives et se déploient sur plusieurs années. La définition de choix et de priorités est donc indispensable.

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