Publié le 04 novembre 2025. Le géant du e-commerce Shein a annoncé une interdiction mondiale de la vente de poupées sexuelles suite à des condamnations par les autorités françaises pour la commercialisation de jouets à caractère enfantin et pornographique. Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes avec la France, qui menace l’entreprise de sanctions avant l’ouverture prochaine de sa première boutique physique à Paris.
Suite à la détection de la vente de poupées au contenu explicite et à l’apparence enfantine sur ses plateformes, le géant asiatique du commerce électronique Shein a déclaré lundi une interdiction totale de la vente de ces produits à l’échelle mondiale. Cette mesure radicale a été annoncée après que les autorités françaises ont fermement condamné la présence de ces articles sur le site de l’entreprise.
Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, avait auparavant fait savoir que l’entreprise s’exposait à une interdiction d’opérer sur le territoire français si de tels articles continuaient d’être proposés à la vente. Cette mise en garde est survenue quelques jours seulement avant la date prévue pour l’ouverture du premier magasin physique de Shein à Paris. Parallèlement, le parquet de Paris a confirmé l’ouverture d’une enquête ciblant Shein, ainsi que des plateformes concurrentes telles que AliExpress, Temu et Wish, pour la commercialisation de poupées sexuelles.
Les investigations judiciaires se concentrent sur la diffusion de « messages violents, pornographiques ou inappropriés, accessibles aux mineurs », comme l’a précisé le parquet. Ces enquêtes ont été déclenchées après qu’une cellule antifraude française a signalé samedi la vente par Shein de poupées au profil enfantin, potentiellement à caractère pornographique. Le quotidien français Le Parisien a d’ailleurs publié une photographie d’une de ces poupées, d’environ 80 centimètres et tenant un ours en peluche, accompagnée d’un texte au contenu sexuel explicite.
Dans les heures suivant la publication du rapport de l’organisme de surveillance, Shein avait initialement annoncé le retrait des poupées incriminées de sa plateforme et le lancement d’une enquête interne. Puis, par un communiqué officiel diffusé lundi, l’entreprise a officialisé une « interdiction totale des produits de type poupées sexuelles », assortie de la suppression de toute publicité et image associée. Donald Tang, le PDG de Shein, a reconnu la responsabilité de l’entreprise, précisant que ces contenus provenaient de vendeurs tiers : « J’en assume la responsabilité personnelle ».
Au niveau gouvernemental, le ministre français des Finances, Roland Lescure, a réitéré lundi la ferme intention des autorités françaises de prendre des mesures d’interdiction si de tels articles réapparaissaient en ligne. « Ces objets horribles sont illégaux », a-t-il martelé sur BFMTV, promettant une action judiciaire. Shein, de son côté, a annoncé la constitution d’une équipe dédiée afin de veiller à l’intégrité des contenus proposés sur sa marketplace.
La Haut-Commissaire française à la protection de l’enfance, Sarah El Hairy, a confirmé que plusieurs sites internet faisaient l’objet d’une enquête, notamment après que les médias français ont rapporté que la plateforme AliExpress vendait des poupées similaires. Cette dernière a rapidement réagi en affirmant avoir procédé au retrait immédiat des articles concernés. L’Office antifraude a d’ailleurs annoncé lundi qu’il engagerait des poursuites judiciaires contre AliExpress pour la vente de ces poupées.
Cette controverse survient dans un contexte particulier, marqué par l’imminente inauguration du premier magasin physique de Shein au monde, prévu au sein du prestigieux grand magasin parisien BHV Marais. Cette initiative avait déjà suscité une vive indignation en France.
Frédéric Merlin, directeur de la société propriétaire du BHV, a qualifié la vente de ces poupées d’inacceptable, tout en défendant le choix d’accueillir Shein dans le grand magasin : « Seuls les vêtements et articles conçus directement par Shein pour le BHV seront vendus dans le magasin ».
Shein, entreprise basée à Singapour mais dont les origines remontent à la Chine, fait l’objet de critiques récurrentes concernant les conditions de travail dans ses usines et l’impact environnemental de son modèle économique d’ultra-fast fashion. Suite à cette affaire, plusieurs enseignes ont d’ores et déjà retiré leurs produits du BHV Marais. La France avait précédemment infligé à Shein trois amendes en 2025, totalisant 191 millions d’euros (environ 207 millions de dollars) pour des violations de la législation sur les cookies, de la publicité trompeuse, des informations frauduleuses et la non-déclaration de microplastiques dans ses produits.
La Commission européenne mène également une enquête sur Shein concernant les risques liés aux produits illégaux. De leur côté, les législateurs européens ont adopté une nouvelle réglementation visant à réduire l’empreinte écologique de la mode éphémère.