Publié le 2023-12-05 10:00:00. Le plus grand procès pour corruption présumée en Argentine s’est ouvert à Buenos Aires, visant l’ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner et 86 autres personnes. Elle est soupçonnée d’avoir accepté des millions de dollars de pots-de-vin.
- L’accusation repose sur les « carnets » d’un ancien chauffeur gouvernemental détaillant des versements d’argent liquide de chefs d’entreprise à des responsables entre 2003 et 2015.
- Cristina Kirchner nie les faits et dénonce une « chasse aux sorcières », alors qu’elle a déjà été condamnée pour administration frauduleuse.
- Si elle est reconnue coupable, l’ancienne présidente risque une peine de cinq à dix ans de prison.
Le procès, surnommé « l’affaire des carnets », est centré sur des notes manuscrites attribuées à Oscar Centeno, ancien chauffeur au ministère fédéral de la Planification. Selon ces documents, il aurait personnellement transporté des sommes considérables d’argent liquide, provenant d’hommes d’affaires, vers des représentants du gouvernement. Ces fonds auraient été versés en échange de contrats lucratifs dans les travaux publics, tels que la construction de chemins de fer et d’autoroutes, entre 2003 et 2015.
Cristina Fernández de Kirchner, figure politique controversée et ex-première dame (2003-2007) puis présidente (2007-2015), comparaît aux côtés de 86 autres prévenus, dont des responsables administratifs et des hommes d’affaires. Un autre chauffeur fait également partie des accusés. Oscar Centeno, qui coopérerait avec les enquêteurs, aurait tenu à jour une comptabilité méticuleuse de ses déplacements et des sommes transportées, allant parfois jusqu’à peser les sacs pour estimer leur contenu.
L’affaire a éclaté en 2018 suite à une enquête du journal La Nación, qui a obtenu huit des carnets de notes. Les avocats de Mme Kirchner devraient contester l’authenticité de ces documents, suggérant qu’ils auraient pu être falsifiés. L’ancienne présidente, âgée de 72 ans, se trouve actuellement en résidence surveillée dans son appartement de Buenos Aires, équipée d’un bracelet électronique, suite à sa condamnation pour « administration frauduleuse ».
Sur la plateforme X (anciennement Twitter), Cristina Kirchner a déclaré peu avant le début de l’audience : « Je n’ai pas peur. Je sais que l’histoire, comme toujours, remettra les choses à leur place ». Le procès se déroule par visioconférence, via Zoom. Jeudi, le juge a rappelé aux accusés la nécessité d’être visibles à l’écran. L’ancienne présidente est finalement apparue à la caméra, assise aux côtés de son avocat, vêtue d’un T-shirt blanc et d’une veste sombre.
Avec plus de 600 témoins attendus, l’issue de ce procès, qui s’annonce complexe et potentiellement longue en raison des appels prévus, pourrait prendre au moins trois ans avant un verdict définitif.