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Les investisseurs hésitent sur les actifs américains après le « Sell America »

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Alors que 2025 touche à sa fin, les investisseurs semblent prêts à adopter une approche plus prudente vis-à-vis des actifs américains en cette nouvelle année. Une tendance au désengagement, née des incertitudes politiques et des fluctuations du marché, se dessine.

Depuis avril dernier, les marchés financiers mondiaux connaissent un mouvement de fond : une réticence croissante des investisseurs à investir massivement aux États-Unis. Cet engouement pour la diversification, baptisé dans certains cercles « Sell America » voire « ABUSA » (Anywhere But the USA – N’importe où sauf aux États-Unis), a pris corps suite à des événements marquants. Les annonces et revirements de politiques, surnommés « TACO » (Trump Always Chickens Out), ont amplifié cette méfiance.

« L’investisseur moyen détient une proportion trop importante de son capital aux États-Unis », constate Dave Nadig d’ETF.com. « Se désengager des États-Unis d’une manière ou d’une autre est une préoccupation de plus en plus fréquente chez les investisseurs », ajoute-t-il, soulignant une tendance qui gagne du terrain.

Le « Trump Dump » : une tendance persistante

Malgré un rebond notable des principaux indices de Wall Street, atteignant de nouveaux records depuis le début des tensions commerciales, l’appétit pour des portefeuilles moins concentrés sur les actions américaines demeure élevé chez les investisseurs internationaux. Daniel Coatsworth, responsable des marchés chez AJ Bell, identifie cette dynamique comme le « Trump Dump », une tendance toujours d’actualité mais en pleine mutation.

« Nous avons observé un regain d’intérêt pour les fonds mondiaux qui excluent les États-Unis », explique-t-il. « De nombreux investisseurs particuliers achètent traditionnellement des fonds mondiaux pour une large exposition. Désormais, ils se tournent vers des fonds mondiaux spécifiquement conçus pour exclure les États-Unis, leur offrant ainsi une exposition diversifiée à divers pays tout en évitant délibérément le marché américain. »

Deux facteurs principaux expliqueraient cette réallocation d’actifs. D’une part, la perception d’une exposition suffisante aux États-Unis. D’autre part, des divergences idéologiques concernant la gestion du pays, incitant à une réévaluation des allocations d’actifs.

Concentration du marché et valorisations sous surveillance

Les incertitudes persistantes entourant les politiques de la Maison Blanche continuent de peser sur les marchés, soulevant des questions quant aux valorisations des actions américaines et à l’existence d’une bulle alimentée par l’intelligence artificielle.

Christoph Schon, directeur principal de la recherche chez SimCorp, une société danoise de gestion d’investissement, met en lumière la concentration extrême du marché boursier américain, particulièrement en comparaison avec l’Europe. « L’une des préoccupations de nos clients est l’extrême concentration du marché boursier américain, surtout par rapport à l’Europe, qui est beaucoup plus diversifiée », confie-t-il.

Il cite les sept valeurs technologiques emblématiques – Apple, Amazon, Alphabet, Meta, Microsoft, Nvidia et Tesla – qui représentent environ un tiers de la capitalisation boursière du S&P 500. « Elles sont concentrées dans trois secteurs : les technologies de l’information, les services de communication et les biens de consommation discrétionnaire, qui sont tous très cycliques », détaille-t-il. « En revanche, les dix premières capitalisations du STOXX Europe 600 représentent 17 % de sa capitalisation boursière – soit la moitié du ‘Mag 7’ – et proviennent des secteurs de la technologie, de la santé, de l’énergie, de la finance et de la consommation. »

Louis Lau, directeur des investissements chez Brandes Investment Partners, observe également une demande soutenue pour les actifs internationaux.

« Hedge America » plutôt que « Sell America » ?

Cependant, tous les analystes ne s’accordent pas sur la nature de ce désengagement. Amol Dhargalkar, associé directeur et président du conseil en gestion des risques chez Chatham Financial, privilégie l’interprétation d’un état d’esprit de « Hedge America » (se couvrir contre l’Amérique).

« Certaines politiques promues par l’administration américaine ont entraîné une certaine pression vendeuse, indirectement, sur le dollar », explique-t-il. Il nuance : « Nous n’avons pas vraiment vu le concept de ‘vendre l’Amérique’, d’autres l’ont mentionné, mais il s’agit probablement plus de ‘Hedge America’. »

Selon lui, cette stratégie de couverture s’est manifestée peu après le repli des marchés boursiers américains en avril. Les investisseurs ont alors constaté la surperformance des actifs étrangers plus risqués et ont commencé à rééquilibrer leurs portefeuilles. « Si un investisseur européen avait investi dans le S&P 500 cette année, son rendement aurait été de 14 % depuis le début de l’année. Mais dans le même temps, l’euro s’est apprécié de 12 % – donc son rendement net n’a été que d’environ 2 % », illustre-t-il. « S’il avait gardé son argent localement, l’indice MSCI Europe aurait rapporté 14 %, auquel s’ajoute l’appréciation de sa devise de 12 % par rapport au dollar. La décision d’allocation d’actifs est donc devenue primordiale pour les investisseurs étrangers, et nous pensons voir de plus en plus d’investisseurs conserver leurs capitaux localement et investir sur leurs marchés domestiques. »

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