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Index – FOMO – L’Autriche peut récupérer les bijoux hongrois de la famille Habsbourg

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Publié le 2025-11-08 12:38:00. Un trésor inestimable de la famille Habsbourg, disparu depuis des décennies, refait surface au Canada. Ces bijoux, parmi lesquels figurent des pièces ayant appartenu à Marie-Antoinette et le célèbre diamant de Florence, sont au cœur d’une bataille juridique potentielle entre l’Autriche, l’Italie et la famille impériale.

  • Quinze joyaux des Habsbourg, considérés comme perdus, vendus ou volés, ont été retrouvés par la famille, dont le fameux diamant de Florence.
  • Ces pièces, dont la réapparition était conditionnée par le testament de la reine Zita, sont aujourd’hui l’objet de convoitises internationales et d’enquêtes officielles.
  • L’Autriche, via son vice-chancelier, a ouvert une enquête pour réclamer leur retour, invoquant une loi de 1919 nationalisant les biens familiaux.

L’histoire mouvementée des joyaux de la famille Habsbourg, une saga qui s’étend sur plus d’un siècle, prend un nouveau tournant avec la réapparition de pièces précieuses aujourd’hui conservées au Canada. Après la chute de l’Empire austro-hongrois, l’empereur Charles Ier, craignant les Bolcheviks, avait fait transférer les joyaux, considérés comme propriété privée, de Vienne vers un coffre-fort à la Banque nationale de Zurich. Cette décision avait suscité une vive indignation en Autriche, menant à la nationalisation de l’ensemble des biens familiaux.

Selon les informations rapportées, certains de ces biens précieux auraient été utilisés comme garantie pour un prêt bancaire afin de financer les tentatives de retour sur le trône hongrois du couple royal. Un conseiller financier véreux aurait par la suite dérobé plusieurs pièces de grande valeur, parmi lesquelles la couronne de la reine et des rubis ayant appartenu à Marie-Antoinette, dont on n’a plus jamais entendu parler.

La reine Zita, veuve de Charles Ier, aurait stipulé dans son testament que la divulgation de ces bijoux retrouvés ne serait possible qu’à partir de 2022, probablement par crainte de la loi de 1919 sur les Habsbourg, qui conférait à la République d’Autriche le droit de revendiquer les biens familiaux, y compris à l’étranger. Cette loi est aujourd’hui au centre d’une potentielle querelle diplomatique, le vice-chancelier autrichien Andreas Babler ayant annoncé l’ouverture d’une enquête officielle. Si la propriété de ces trésors, et notamment du diamant de Florence, était confirmée comme appartenant à l’État autrichien, Vienne demanderait leur restitution au Canada.

L’Italie pourrait également revendiquer une partie de ces joyaux. Dès 1923, le gouvernement italien avait alerté que certains biens de la reine Zita pourraient être réclamés par l’État italien, en vertu du traité de paix de Saint-Germain-en-Laye qui avait mis fin à la Première Guerre mondiale pour l’Autriche-Hongrie. Les Habsbourg ont depuis contesté à maintes reprises la loi autrichienne, sans succès. La famille soutient que ces bijoux n’auraient pas dû être concernés par la nationalisation, car ils se trouvaient en Suisse au moment de l’entrée en vigueur de la loi. De plus, Charles Ier Habsbourg a toujours considéré ces biens comme étant de nature purement privée, un statut d’ailleurs confirmé par les autorités suisses en 1921.

Un exil mouvementé et une valise pleine de trésors

Après la mort de Charles Ier et l’exil à Madère, la reine Zita et ses enfants ont mené campagne en Europe contre le nazisme, s’attirant la fureur d’Hitler. Lors de la Seconde Guerre mondiale, la famille a dû fuir sa résidence en Belgique, bombardée par l’aviation allemande peu après leur départ. Via la France et l’Espagne, ils ont atteint le Portugal. C’est là que la reine et ses huit enfants embarquèrent pour l’Amérique, munis d’une petite valise en carton brun contenant les précieux joyaux, emballés dans du papier.

La famille s’est finalement établie au Québec en 1940, un choix motivé par la ferveur catholique de la reine Zita, qui se revendiquait d’une identité française. Malgré les difficultés financières rencontrées – l’ancienne impératrice préparait parfois des soupes aux feuilles de pissenlit et buvait de l’eau du robinet – elle refusa toujours de vendre les bijoux qu’elle conservait dans un coffre-fort.

« J’aime le Canada. J’adore le Québec. J’aime beaucoup les Canadiens français. Ils ont été gentils et attentionnés avec nous, et aussi froids que soient les hivers québécois, ils me rappellent les hivers autrichiens. Je n’ai pas l’intention de partir. »

La reine Zita

En 1953, la reine retourne en Europe, mais les bijoux restent au Canada. L’institution financière, craignant les répercussions suite au récent vol au musée du Louvre, est restée discrète. La reine Zita avait elle-même souhaité que le moins de personnes possible soient informées de leur existence. Seuls ses fils Robert et Rudolf, ainsi que leurs propres fils, furent mis au courant. Otto de Habsbourg, son fils aîné, n’a découvert leur existence que récemment par l’intermédiaire de ses cousins. Un trio composé de ses fils s’est ainsi envolé pour admirer des pièces restées cachées pendant plus de 80 ans.

Le Canada, potentiel théâtre d’un différend Habsbourg-Autriche

La pièce maîtresse de cette collection retrouvée, et objet de nombreuses spéculations médiatiques et familiales, est le diamant de Florence, également connu sous le nom de diamant toscan. Cette pierre de 137,17 carats, extraite en Inde, est l’un des plus gros diamants du monde. Son histoire européenne remonterait à un butin de guerre. La légende voudrait que Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, l’ait porté lors de sa mort au champ de bataille de Nancy en 1477. Il passa ensuite entre les mains de Ludovic Sforza, duc de Milan, puis du pape Jules II, avant d’entrer dans le trésor des Médicis à Florence. Hérité par François de Lorraine, époux de Marie-Thérèse d’Autriche, il fut finalement déposé dans le trésor impérial de Vienne.

Des légendes ont entouré cette pierre d’une clarté exceptionnelle, souvent décrite comme « couleur whisky ». Il est même avancé que le dernier Shah d’Iran, Reza Pahlavi, en aurait extrait une pierre de 99 carats. L’estimation actuelle de la valeur de la pierre avoisinerait les 250 millions de forints (environ 700 000 euros), bien que pour des pièces historiques de cette envergure, la valeur réelle puisse largement dépasser les estimations. Charles de Habsbourg souligne qu’il est inutile de spéculer, d’autant que la famille n’a aucune intention de vendre cette pierre, autrefois utilisée comme décoration de chapeau, ni les autres bijoux retrouvés.

La valise contenait également d’autres merveilles : une montre ornée d’émeraudes, offerte par Marie-Thérèse à l’une de ses filles, Marie-Antoinette. La reine de France, qui périt sur la guillotine, possédait même une autre montre dans laquelle était dissimulée une mèche de ses cheveux, probablement issue de son époux Louis XVI ou de l’un de leurs enfants. La plupart de ces bijoux proviennent de la cour royale française. Marie-Antoinette les aurait fait sortir clandestinement des Tuileries lors de sa détention à domicile, les envoyant à sa sœur à Bruxelles. L’empereur François Ier d’Autriche et roi de Hongrie aurait alors vu le paquet, l’aurait emporté à Vienne et acheté ces pièces à l’unique enfant survivant du couple royal exécuté.

D’autres pièces n’ont cependant aucun lien avec l’histoire de France. On y trouve ainsi l’Ordre de la Toison d’Or incrusté de diamants, ainsi qu’une épingle à cheveux et un corsage en rubis, diamants et émeraudes, aux couleurs du drapeau hongrois. Ces derniers ont été confectionnés par la maison de joaillerie viennoise AE Köchert pour Sissi, à l’occasion de son couronnement à Buda en 1867. Charles de Habsbourg a fait appel à Cristoph Köchert, descendant de la dynastie et actuel dirigeant de l’entreprise, pour se rendre au Canada et authentifier les pièces. L’expert a confirmé qu’il s’agissait bien d’authentiques joyaux, tout en soulignant l’absence de nombreuses pièces connues, comme des éléments de la couronne de la reine ou le collier et le bracelet de Marie-Thérèse, dont le sort reste un mystère.

Compte tenu des revendications autrichiennes, il est peu probable que ces trésors reviennent en Europe prochainement. Pour garantir leur préservation collective, la famille Habsbourg envisage la création d’une fondation qui en serait propriétaire, et discute avec le gouvernement du Québec d’une exposition au public. Charles de Habsbourg a exprimé sa gratitude envers le Canada et le Québec pour avoir offert un refuge à la reine Zita et à ses enfants.

Mathieu Lacombe, ministre de la Culture et des Communications du Québec, a salué cette histoire unique liant le Québec aux Habsbourg. « Nous pouvons tous être fiers de la reconnaissance et de la confiance que la famille nous accorde. Ainsi, en collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec, nous trouverons un moyen d’exposer ces bijoux et de les rendre accessibles au public. »

(Photo de couverture : Charles IV, le prince héritier Otto et la reine Zita le jour du couronnement, le 30 décembre 1916, à Budapest, dans la salle du trône du palais de Budavári.)

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