Publié le 2024-02-29 14:35:00. Charlton Kerr, joueur de rugby à sept avec l’équipe de Grande-Bretagne, jongle avec les exigences de la haute performance sportive et un emploi à temps plein de gestionnaire de patrimoine, un défi de plus en plus courant pour les athlètes britanniques.
- Charlton Kerr combine une carrière internationale de rugby à sept avec un travail exigeant dans la gestion de patrimoine.
- Il souligne l’importance de l’équilibre et de la récupération pour éviter l’épuisement, critiquant les tendances surmédiatisées de la « culture de la performance à tout prix ».
- Malgré les obstacles, il incarne un leadership positif et une résilience forgée par de multiples blessures et une longue période d’indisponibilité.
Charlton Kerr n’est pas un athlète ordinaire. Sa vie est un savant équilibre entre l’adrénaline des terrains de rugby à sept et la rigueur d’un emploi à temps plein. Rencontré lors d’une séance d’entraînement qu’il juge lui-même « assez moyenne », Kerr dégage une sagesse et une humilité qui en font un leader respecté au sein de l’équipe de Grande-Bretagne.
Son parcours sportif a débuté très tôt, poussé par l’enthousiasme de son père et de son frère. Dès l’âge de cinq ans, il rejoignait les rangs du Towcestrians RFC, où il reproduisait avec passion les célébrations de buts qu’il voyait à la télévision. « J’adorais jouer à Fifa pendant la semaine et le week-end, je copiais toutes les célébrations du rugby », se souvient-il avec un sourire. Ces débuts insouciants contrastent avec les défis actuels auxquels il est confronté.
Intégré à la nouvelle England Academy à l’âge de 18 ans, Kerr a bénéficié de l’encadrement de Simon Amor, une période qu’il décrit comme une « incroyable opportunité de croissance ». Sa première sélection en équipe d’Angleterre a cependant nécessité de la patience. Après trois tournois passés sur le banc des remplaçants, son heure est finalement venue lors d’un match crucial à Las Vegas.
Le souvenir de ce match est gravé dans sa mémoire. À un essai de la victoire, il hésitait entre l’envie de rentrer sur le terrain et la crainte de commettre une erreur. Finalement, il a été lancé dans l’action à la dernière minute, récupérant un ballon perdu avant de marquer l’essai décisif. Il se souvient de l’instant avec une émotion palpable :
« J’ai plongé, j’ai lancé le ballon avec enthousiasme, puis je me suis excusé auprès de l’arbitre dans le même souffle, puis je pense que trois ou quatre gars m’ont assailli. Et puis il y a eu tout un carambolage après ça. C’était probablement l’un des meilleurs moments de ma vie. »
Charlton Kerr, joueur de rugby à sept
Mais derrière les moments de gloire se cache une réalité plus complexe. Comme de nombreux joueurs britanniques, Kerr doit concilier ses engagements sportifs avec un emploi à temps plein. « Je travaille à plein temps comme gestionnaire de fortune. C’est stressant, fatiguant, épuisant mentalement et physiquement par moments », confie-t-il. Il insiste cependant sur le fait qu’il ne le ferait pas si cela ne lui procurait pas un « énorme sentiment d’épanouissement ».
Il rejette l’idée d’une « culture de la performance à tout prix » souvent véhiculée sur les réseaux sociaux. « C’est trop fanatisé, n’est-ce pas, un peu sur les réseaux sociaux – ‘levez-vous tôt, dormez tard, bousculez’ – c’est erroné. Si vous ne récupérez pas également et ne prenez pas le temps de remplir votre tasse, alors vous vous retrouverez assez rapidement dans un trou assez sombre. » Pour lui, l’équilibre est essentiel, et son travail lui offre un espace de « temps pour soi », une forme de thérapie qui lui permet de se ressourcer.
Sa carrière a été marquée par de nombreuses blessures, notamment trois reconstructions du ligament croisé antérieur (LCA) et une chirurgie des ischio-jambiers. Une longue période d’indisponibilité, durant laquelle il a passé douze mois seul, a été particulièrement formatrice. « Cette mise à pied pour blessure en particulier est celle qui m’a le plus façonné en tant que personne, car je pense qu’elle m’a vraiment fait voir ce que j’apprécie dans la vie et ce qui est important pour moi. »
Aujourd’hui, Kerr incarne un leadership pragmatique et positif au sein de l’équipe de Grande-Bretagne. Il refuse de se laisser abattre par les difficultés, estimant que « la comparaison est la voleuse de la joie ». Il met l’accent sur l’importance de l’écoute et de l’ouverture d’esprit, encourageant les jeunes joueurs à exprimer leurs idées. L’équipe se prépare activement pour les compétitions à venir, consciente des défis qui l’attendent, notamment le manque de temps de préparation commun. La non-qualification pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 reste une déception, mais l’objectif est désormais tourné vers l’avenir.
Charlton Kerr termine notre conversation en soulignant l’importance du soutien qu’il a reçu tout au long de son parcours. « Mon système de soutien a été incroyable », dit-il. « Sans eux, rien de tout cela ne serait possible. » Il conclut avec une sagesse simple mais profonde : « Ne soyez pas une chaise à bascule. Beaucoup de mouvement, mais cela ne mène nulle part. L’intention et l’action déterminée comptent. »
Le capitaine philosophique et déterminé mènera l’équipe de Grande-Bretagne ce week-end à Perth, où elle affrontera une fois de plus les obstacles avec courage et détermination.