Publié le 24 septembre 2025. La bande-annonce du nouveau film d’Emerald Fennell, une adaptation de Les Hauts de Hurlevent, suscite une vive controverse, non seulement pour son érotisme assumé, mais aussi pour son anachronisme et son approche jugée trop libre de l’œuvre originale d’Emily Brontë.
- La bande-annonce met en scène des scènes suggestives avec Margot Robbie et Jacob Elordi, suscitant des réactions mitigées.
- Les critiques pointent du doigt un décalage temporel flagrant, notamment dans les costumes et la musique.
- La question se pose de la légitimité d’une réinterprétation aussi audacieuse d’un classique de la littérature anglaise.
La nouvelle adaptation cinématographique des Hauts de Hurlevent, signée Emerald Fennell, est au cœur d’une polémique avant même sa sortie. La bande-annonce, dévoilée récemment, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux et dans la presse spécialisée. Les reproches fusent : érotisme excessif, anachronismes criards et infidélité à l’esprit de l’œuvre d’Emily Brontë.
La bande-annonce présente des images explicites, notamment une scène où Margot Robbie, dans le rôle de Catherine Earnshaw, prépare du pain de manière suggestive, alternant avec des plans de Jacob Elordi, interprétant Heathcliff, torse nu. Des corsets serrés, des regards passionnés et même une image surprenante d’une main plongeant dans la gueule d’un poisson contribuent à un ensemble jugé provocateur par de nombreux observateurs. Un article publié sur Le spin-off résume le sentiment général :
« Fennell prend une œuvre d’art et la réduit à sa forme la plus ennuyeuse. »
Clare Mabey
Au-delà de l’érotisme, c’est l’anachronisme qui choque le plus. La bande-annonce est accompagnée d’une musique contemporaine, notamment un morceau de Charli XCX, et Catherine apparaît portant une robe de mariée blanche qui, selon Vogue, « semble plus adaptée aux années 1980 qu’au début du XIXe siècle ». Lors de la diffusion d’extraits du film le mois dernier, les acteurs ont également été critiqués pour leur apparence trop moderne. Des internautes ont ironisé sur la perfection de leurs dents et sur le fait que Margot Robbie semblait prête à sortir un iPhone à tout moment.
Face à ces critiques, une question légitime se pose : pourquoi Emerald Fennell ne serait-elle pas autorisée à proposer sa propre interprétation, audacieuse et sensuelle, des Hauts de Hurlevent ? Si des œuvres comme Clueless, qui transpose l’intrigue d’une pièce de Jane Austen dans la Californie des années 1990, ou Roméo + Juliette de Baz Luhrmann, qui revisite Shakespeare avec une esthétique moderne, ont été saluées pour leur originalité, pourquoi s’en prendre à la conception vestimentaire ou à l’ambiance générale de ce nouveau film ?
La réponse réside peut-être dans le contexte social et culturel de la réalisatrice. Emerald Fennell, dont le film précédent, Saltburn, explorait l’univers de la haute société britannique, semble parfaitement connaître les codes et les privilèges de ce milieu. Fille du célèbre créateur de bijoux Theo Fennell, elle a grandi dans un environnement privilégié, fréquentant des cercles dorés. Comme le souligne Patrick Sproull dans Étourdi :
« Peu de jeunes de 18 ans voient leur fête d’anniversaire photographiée par Tatler et en présence d’un Delevingne, de plusieurs héritiers de la Guinness, de plusieurs membres de la noblesse et de la fille de Sting. »
Son parcours privilégié lui a même permis d’incarner le rôle de Camilla Parker-Bowles (aujourd’hui Reine Camilla) dans la série The Crown sans avoir à forcer son jeu. Il semble donc que l’esthétique et l’univers dépeints dans sa nouvelle adaptation des Hauts de Hurlevent soient le reflet de son propre monde, suscitant à la fois fascination et rejet.