L’écho des appels controversés de Donald Trump à une « nationalisation » des élections, conjugué à ses allégations persistantes de fraude, domine les campagnes pour les postes clés chargés de superviser les scrutins dans plusieurs États américains décisifs. Ces courses, traditionnellement discrètes, sont devenues des enjeux majeurs de la démocratie américaine.
À retenir
- Les candidats démocrates mettent en avant les déclarations de Trump et les actions de son administration pour mobiliser l’électorat autour de la protection des élections.
- Les républicains en lice soutiennent largement l’approche agressive de Trump et ses affirmations infondées concernant les élections de 2020.
- Les enjeux sont considérablement plus élevés qu’en 2022, avec un possible retour de Trump au pouvoir.
Contexte
Il y a quatre ans, alors que les tentatives de Donald Trump pour contester sa défaite face à Joe Biden étaient encore fraîches, les secrétaires d’État, responsables de l’organisation des élections, avaient attiré l’attention nationale. Les démocrates craignaient alors que des républicains, une fois élus, puissent interférer avec l’élection présidentielle de 2024. Aujourd’hui, la situation est perçue comme encore plus préoccupante, avec un retour potentiel de Trump et ses alliés à des postes de pouvoir.
« Les méchants sont désormais à l’intérieur », a déclaré Adrian Fontes, secrétaire d’État de l’Arizona et candidat à sa réélection. « Il y a plusieurs personnes qui mentent catégoriquement sur les élections, y compris le président. Aujourd’hui, cela n’a pas changé, mais ils disposent désormais de niveaux élevés de pouvoir et de visibilité. »
Son unique adversaire républicain, Alexander Kolodin, figure sur une liste alternative d’électeurs présidentiels ayant soutenu Trump en 2020, après la victoire de Joe Biden dans l’Arizona. Kolodin a également participé aux nombreuses actions en justice visant à annuler les résultats de l’élection de 2020 dans cet État. Bien qu’il n’ait pas reçu le soutien officiel de Trump, il affiche sur son site de campagne une citation du président le qualifiant de « sacré avocat ». Kolodin n’a pas répondu aux sollicitations de NBC News.
Ce qui change
En Géorgie, l’obsession de Trump pour les élections est au cœur de la course au poste de secrétaire d’État, notamment après le perquisition du FBI dans un centre électoral du comté de Fulton, à la recherche de documents liés aux élections de 2020. La course pour succéder à Brad Raffensperger – qui avait refusé la demande de Trump de « trouver » plus de voix en Géorgie après les élections de 2020 et qui est désormais candidat au poste de gouverneur – est particulièrement animée des deux côtés.
Dana Barrett, commissaire du comté de Fulton, candidate démocrate, s’est montrée très critique envers Trump et ses alliés. Elle a fait parler d’elle l’année dernière en refusant de valider la candidature de deux républicains au conseil du comté, accusés par d’autres démocrates de nier la légitimité des élections. Penny Brown Reynolds, une ancienne juge de télévision ayant également travaillé dans l’administration Biden, et Adrian Consonery, un militant pour le droit de vote, sont également en lice.
Du côté républicain, la primaire est dominée par Gabriel Sterling – directeur des opérations du bureau du secrétaire d’État de Géorgie, devenu le visage public du harcèlement et des menaces subis par les responsables électoraux après les tentatives de Trump pour annuler les élections de 2020 – et Vernon Jones, un allié de Trump qui a toujours soutenu les fausses allégations de fraude électorale du président.
Dans une brève interview, Sterling a déclaré que son point de vue sur la protection des élections, contre Trump ou quiconque au niveau fédéral, pouvait se résumer en quelques messages récents sur X (anciennement Twitter) : « Il ne devrait jamais y avoir de mainmise fédérale sur nos élections. Je ne permettrai jamais cela, quel que soit le parti de l’administration au pouvoir. Si vous voulez un secrétaire d’État qui respectera la loi, respectera la Constitution, défendra le droit de vote des citoyens et s’opposera à une prise de pouvoir fédérale, quel que soit le parti, je suis votre candidat. »
Jones a refusé de dire s’il était d’accord avec les commentaires de Trump sur la volonté de « nationaliser » les élections, soulignant que la Constitution donne aux États le pouvoir d’administrer et de conduire les élections. Il a déclaré : « Ce qui me préoccupe, ce sont les électeurs géorgiens. Pour garantir que les électeurs géorgiens bénéficient d’élections libres, équitables et transparentes. » Interrogé sur le raid dans le comté de Fulton, il a répondu : « Si votre maison est propre, pourquoi vous inquiéteriez-vous que quelqu’un entre à l’intérieur, si elle est propre ? »
Dans le Michigan, Jocelyn Benson, la secrétaire d’État démocrate, candidate au poste de gouverneur, a été confrontée à un déluge de menaces après avoir refusé d’annuler les résultats des élections de 2020. Parmi les démocrates en lice pour lui succéder figurent Garlin Gilchrist, le lieutenant-gouverneur, et Barbara Byrum, greffier du comté d’Ingham, qui ont tous deux dénoncé Trump et ses alliés comme des menaces pour la démocratie. Du côté républicain, Anthony Forlini, greffier du comté de Macomb, et Monica Yatooma, propriétaire d’entreprise et partisane de Trump, sont en lice.
Au Nevada, Sharron Angle, une ancienne membre de l’Assemblée de l’État, est la seule adversaire du secrétaire d’État démocrate Cisco Aguilar. Elle faisait partie d’un groupe du Nevada qui avait intenté une action en justice pour bloquer la certification de la victoire électorale de Biden en 2020, invoquant des allégations de fraude électorale généralisée.
Prochaines étapes
Aguilar a intégré le débat sur les élections dans une bataille plus large sur les droits civiques, évoquant les efforts de la procureure générale Pam Bondi pour relier les listes électorales non purgées à l’opération fédérale de contrôle de l’immigration au Minnesota. « C’est tout simplement absolument choquant et immoral », a-t-il déclaré. Il a également exprimé son inquiétude quant aux conséquences pour la prochaine élection présidentielle. « Nous savons que 2026 est crucial pour 2028. Les courses aux postes de secrétaire d’État ont lieu en 2026, nous savons que les secrétaires d’État administrent les élections, et comme 2028 est une élection présidentielle importante, ma réflexion stratégique et mon antenne se lèvent pour dire : attendez une minute, que se passe-t-il ici ? »
Selon Joanna Lydgate, PDG de States United Action, un groupe non partisan qui suit les élections aux postes de secrétaire d’État et de gouverneur, « le déni des élections n’est pas seulement bien vivant, il est plus puissant qu’il ne l’a jamais été. Il n’est pas intégré au sein du gouvernement fédéral, mais en 2026, contrairement à 2022, Trump a accès à tous les outils du gouvernement fédéral à sa disposition. »