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Les « maisons russes » en ruine de Berlin, piégées dans le vide bureaucratique

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Berlin se débat avec un héritage immobilier russe incongru : trois immeubles délabrés dans le quartier de Karlshorst, vestige de l’époque soviétique, qui suscitent un débat sur leur avenir alors que les relations avec Moscou sont au plus bas. L’incertitude plane sur ces bâtiments, symboles d’une époque révolue, et leur sort est devenu un casse-tête diplomatique et bureaucratique.

Ces immeubles, connus localement sous le nom de « maisons russes », ont autrefois abrité des soldats soviétiques et leurs familles. Ils se trouvent à Karlshorst, le lieu même où les nazis ont signé leur capitulation finale en 1945, et servaient alors de quartier général à l’armée soviétique en Allemagne de l’Est. Depuis le départ des dernières troupes russes en 1994, les bâtiments sont restés vides, malgré les sanctions européennes imposées à Moscou suite à l’invasion de l’Ukraine en 2022.

L’Allemagne, deuxième contributeur financier à l’Ukraine, est confrontée à une situation délicate. D’autres biens liés à la Russie en Allemagne, notamment des filiales du géant pétrolier Rosneft, sont également dans l’attente de décisions. La crainte de représailles freine toute tentative de saisie.

À ce stade, les seuls occupants des bâtiments de Karlshorst semblent être des ratons laveurs, tandis que de jeunes bouleaux poussent sur un balcon, témoignant de l’abandon des lieux. Lilia Usik, représentante de Karlshorst à l’Assemblée de la ville-État de Berlin et d’origine ukrainienne, se bat depuis deux ans pour déterminer si ces bâtiments peuvent être saisis ou utilisés pour aider l’Ukraine.

« Les habitants nous demandent sans cesse : que va-t-il advenir de ces maisons ? Pouvez-vous faire quelque chose ? », explique Usik. Cependant, les questions de propriété et les méandres de la bureaucratie allemande rendent toute résolution rapide improbable.

Malgré ses démarches auprès de divers niveaux de l’administration, Usik affirme n’avoir trouvé aucune solution. Les tentatives d’obtenir des éclaircissements se soldent par un jeu de « passe-ballon » bureaucratique. Le ministère des Affaires étrangères assure que les bâtiments ne bénéficient d’aucun statut diplomatique protégé et que la Russie a « les mêmes droits et responsabilités que tout autre propriétaire ». La municipalité de Berlin, quant à elle, précise qu’elle ne pourra utiliser ces maisons que si Moscou y consent, soulignant qu’une telle volonté n’est « pas évidente pour le moment ». Elle a contacté l’ambassade de Russie en 2020 pour proposer une vente, mais n’a reçu aucune réponse.

Certains s’interrogent sur la possibilité de saisir les bâtiments en vertu des lois visant à empêcher leur dégradation ou leur abandon – d’autant plus que Berlin est confrontée à une pénurie de logements. Le gouvernement de la ville affirme que la compétence en matière de confiscation relève de l’arrondissement de Lichtenberg, qui englobe Karlshorst. De plus, l’un des bâtiments est classé monument historique, ce qui complique encore la situation.

Contactée par l’AFP, la municipalité de Lichtenberg s’est contentée d’indiquer qu’elle « coordonne avec les autorités de la ville et le ministère des Affaires étrangères ». Usik, qui parle russe, a remarqué un ton « très agressif » dans la presse russe lors des discussions sur ces maisons. L’ambassade de Russie à Berlin, interrogée par l’AFP, a refusé de commenter sa position sur ces bâtiments.

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