Publié le 8 février 2026 23h29. Une société américaine dirigée par d’anciens militaires et agents de renseignement, Virtus Minerals Inc., s’apprête à prendre le contrôle de Chemaf SA, un producteur de cuivre et de cobalt congolais lourdement endetté, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes autour de l’approvisionnement en minerais critiques.
- Virtus Minerals Inc. a conclu un accord pour acquérir Chemaf SA et reprendre ses dettes, notamment celles envers le négociant en matières premières Trafigura Group.
- L’opération, qui nécessite un investissement d’environ 750 millions de dollars (USD) en dette et en fonds propres, intervient après l’échec de négociations avec un groupe chinois.
- Cette acquisition s’inscrit dans une lutte d’influence pour sécuriser l’accès aux minerais essentiels à la transition énergétique et aux industries de défense.
L’acquisition de Chemaf SA par Virtus Minerals Inc. marque un tournant dans le secteur minier congolais. La société américaine, composée de vétérans de l’armée et du renseignement, prévoit d’injecter des capitaux importants pour relancer la production de cuivre et de cobalt, deux métaux cruciaux pour la fabrication de batteries de véhicules électriques et de technologies de pointe. Le directeur général de Virtus Minerals, Phil Braun, a annoncé un plan d’investissement d’environ 750 millions de dollars (USD) pour atteindre cet objectif.
Chemaf, contrôlée à 94,7 % par Chemaf Resources Ltd. et détenue à 5 % par l’État congolais, est confrontée à une dette colossale d’environ 900 millions de dollars (USD). Malgré ces difficultés financières, l’entreprise possède des réserves importantes, notamment sur son projet phare de Mutoshi. L’opération est soutenue financièrement par la société d’investissement américaine Orion Resource Partners, qui fournira le financement nécessaire, tandis que Virtus Minerals supervisera les opérations.
L’intérêt suscité par Chemaf témoigne de l’importance stratégique de ses actifs. Au moins une demi-douzaine d’enchérisseurs internationaux étaient en lice pour le rachat de l’entreprise. Parmi eux figuraient United Critical Minerals LLC, dirigée par Justin Dibb, fondateur d’Allied Gold ; une filiale de l’Inde, Jindal Steel & Power Ltd., signalant un intérêt croissant de l’Inde pour les métaux destinés aux batteries ; Lloyds Métaux et Énergie Ltée ; la Société mondiale de ressources critiques, contrôlée par l’entrepreneur autrichien Cevdet Caner ; Buenassa Sarl ; et le mineur d’État Gécamines.
Ce regain d’intérêt fait suite à l’échec d’une vente prévue en 2024 à une filiale du groupe chinois Norinco, une transaction que les autorités congolaises ont refusée d’approuver dans un contexte de surveillance géopolitique accrue. Plus tôt dans l’année, Chemaf avait officiellement lancé un processus de vente, les difficultés financières bloquant les progrès de ses deux principaux projets : l’expansion de la phase 2 de la mine Etoile et le nouveau projet Mutoshi.
Le président de Chemaf, Shiraz Virji, avait alors exprimé son souhait de trouver un nouvel investisseur capable de relancer ces projets. Il avait déclaré :
« Je suis heureux d’avoir trouvé un nouveau propriétaire qui peut investir dans l’achèvement du développement de l’Étoile Phase 2 et de Mutoshi, ce qui profitera à la RDC pour les décennies à venir. »
Shiraz Virji, président de Chemaf
Des responsables américains auraient également exercé des pressions sur le président congolais Félix Tshisekedi pour qu’il bloque la transaction avec le groupe chinois, soulignant la sensibilité stratégique du contrôle des minerais, de plus en plus considérés comme essentiels à la puissance industrielle et technologique future. Washington semble ainsi vouloir étendre son influence en Afrique centrale, notamment grâce à un accord de paix négocié en 2025 entre le Congo et le Rwanda, qui devrait améliorer les conditions d’investissement et réduire les risques de conflit dans cette région riche en ressources minérales.
Les analystes estiment que les soumissionnaires alignés sur les États-Unis pourraient désormais prendre l’avantage, dans un contexte de renforcement de l’engagement américain en Afrique centrale.