Publié le 10 février 2024. L’essor démographique fulgurant des mégalopoles d’Asie du Sud-Est, bien que symbole de progrès, expose ces villes à des défis environnementaux et sociaux croissants qui menacent leur durabilité.
- Jakarta a récemment dépassé Tokyo et est désormais la ville la plus peuplée du monde avec 42 millions d’habitants.
- La pollution de l’air et de l’eau, la gestion des déchets et les risques climatiques, notamment les inondations et l’élévation du niveau de la mer, sont les principaux problèmes rencontrés.
- Les experts appellent à une planification urbaine plus rigoureuse et à une action gouvernementale urgente pour éviter une dégradation environnementale irréversible.
Les villes d’Asie du Sud-Est, moteurs de croissance économique et d’espoir pour des millions de personnes, sont confrontées à une crise silencieuse. Bangkok, Hô Chi Minh-Ville, Jakarta, Kuala Lumpur et Manille, parmi d’autres, voient leur développement rapide s’accompagner de risques environnementaux de plus en plus préoccupants, les propulsant, selon les experts, vers un scénario écologique inquiétant.
Plus de 50 % de la population indonésienne vit désormais en milieu urbain, a souligné Ahmad Rifai, cofondateur et directeur exécutif de la Fondation indonésienne Kota Kita. Jakarta, qui comptait récemment plus de 42 millions d’habitants, a dépassé Tokyo en tant que ville la plus peuplée du monde. Selon le rapport des Nations Unies sur l’urbanisation mondiale 2025, Manille suit avec 30 millions d’habitants, tandis que Bangkok et Hô Chi Minh-Ville en comptent chacune près de 10 millions.
Le nombre de mégalopoles dans le monde a quadruplé depuis 1975, passant de huit à 33, dont 19 se situent en Asie. Les projections indiquent que ce chiffre atteindra 37 d’ici 2050, avec l’ajout probable de Kuala Lumpur, qui devrait dépasser les 10 millions d’habitants.
Cette croissance démographique exponentielle exerce une pression considérable sur les infrastructures, les services de santé et l’éducation. Elle entraîne également une augmentation de la demande énergétique, une consommation accrue de combustibles fossiles, des embouteillages chroniques et une raréfaction des terres disponibles. L’exode rural contribue à la surcharge des services publics et à la flambée des prix de l’immobilier.
Les villes situées le long des cours d’eau, comme Bangkok, Manille et Jakarta, sont particulièrement vulnérables à l’intrusion saline, qui menace l’approvisionnement en eau potable. La pollution de l’air et de l’eau, ainsi que la gestion des déchets, constituent des défis majeurs.
« C’est un véritable défi. La planification est une question très importante et nous devons mettre les politiques en action. »
Dr Wijarn Simachaya, président de l’Institut thaïlandais pour l’environnement
La zone métropolitaine de Bangkok génère environ 10 000 tonnes de déchets par jour, tandis que Jakarta en produit environ 8 000 tonnes. Kimsea Chea, responsable de la recherche et du conseil au sein de la société de services immobiliers APS Cambodge, a reconnu que de nombreuses villes modernes sont confrontées à des problèmes similaires, notamment une augmentation rapide des prix de l’immobilier.
« Dans une certaine mesure, c’est le résultat attendu de la croissance urbaine et de la forte demande. Cependant, les pressions exercées sur les infrastructures, les soins de santé et les systèmes éducatifs reflètent en fin de compte la manière dont les politiques d’urbanisme sont mises en œuvre et appliquées par le gouvernement. »
Kimsea Chea, responsable de la recherche et du conseil, APS Cambodge
Selon Rifai, Bernama, une agence de presse malaisienne, une gouvernance agile et inclusive est essentielle pour gérer efficacement cette urbanisation rapide. Il souligne que la croissance urbaine dépasse souvent la capacité de planification des autorités locales, exacerbant les problèmes de gestion des déchets et de qualité de l’air, en particulier dans des villes comme Jakarta, Bandung et Denpasar. Ces défis sont aggravés par les risques climatiques croissants, qui affectent de manière disproportionnée les habitants des quartiers défavorisés.