Publié le 11 février 2026 à 06h23. Alors que le remboursement du diesel agricole a été maintenu après de vastes protestations, une analyse exclusive révèle que près de la moitié des exploitations agricoles allemandes n’ont pas sollicité cette aide financière ces dernières années.
- Près de la moitié des exploitations agricoles allemandes ont renoncé au remboursement du diesel agricole en 2021 et 2022.
- Le taux de demande varie considérablement d’un Land à l’autre, avec des disparités notables entre les régions.
- Les raisons de ce faible taux d’application incluent des procédures administratives complexes et des considérations économiques pour certaines exploitations.
Berlin, janvier 2024 : des milliers d’agriculteurs ont convergé vers la Straße des 17. Juni, accompagnés d’un concert de klaxons. Les routes du pays ont été bloquées par des tracteurs, et les agriculteurs exigeaient du gouvernement de l’époque qu’il renonce à la suppression prévue du remboursement du diesel agricole. Joachim Rukwied, président de la Fédération des agriculteurs allemands, avait alors dénoncé une « charge énorme » pour les entreprises du secteur.
Leur mobilisation a porté ses fruits : le remboursement intégral est redevenu effectif depuis le début de l’année. Une évaluation menée par BR, basée sur des données chiffrées exclusives concernant les années 2021 et 2022, révèle désormais le nombre d’entreprises qui ont effectivement bénéficié de cette aide. Le résultat est frappant : près de la moitié des exploitations agricoles ont choisi de ne pas solliciter l’allégement fiscal de 21,48 centimes par litre de diesel. Environ 56 % des entreprises ont déposé une demande en 2021, et 57 % en 2022.
« Cela signifie évidemment que de nombreuses entreprises peuvent se passer de ce remboursement du diesel agricole », déclare Karl Bär, député écologiste au Bundestag. Il a obtenu ces données en réponse à une demande d’accès aux documents publics.
Le nombre d’entreprises qui demandent le remboursement varie considérablement d’un Land à l’autre. Les taux sont particulièrement bas dans les villes-États de Hambourg et de Berlin, où seules quelques entreprises, généralement de petite taille, consomment du diesel. Les chiffres du Mecklembourg-Poméranie occidentale et de Thuringe sont plus surprenants : dans ces régions, seulement un peu plus de 40 % des entreprises ont sollicité le remboursement.
Le remboursement moyen par entreprise au niveau national s’élève à un peu moins de 2 800 euros. Les grandes exploitations peuvent bénéficier de sommes plus importantes, tandis que les entreprises à temps partiel ne reçoivent souvent que quelques centaines d’euros par an.
Des chiffres de demandes jusqu’à présent inédits
Ces chiffres étaient jusqu’à présent inconnus de plusieurs associations agricoles. Elles attribuent le faible taux de demande à des raisons pratiques. En Mecklembourg-Poméranie occidentale, l’association des agriculteurs évoque notamment la complexité de la procédure de candidature. Ces dernières années, le processus a été progressivement modifié et se fait désormais via un portail douanier en ligne, nécessitant une identification par un certificat ELSTER.
L’Association des agriculteurs de Thuringe souligne qu’elle informe régulièrement ses membres des possibilités d’allégement fiscal, mais qu’elle respecte également les décisions délibérées de ne pas déposer de demande, par exemple lorsque la consommation de diesel est faible ou que les démarches administratives sont jugées trop lourdes, en particulier pour les nombreuses exploitations à temps partiel.
Bavière : un taux de demande élevé
En revanche, en Bavière et en Basse-Saxe, le taux de demande est plus élevé : dans ces régions, plus des deux tiers des entreprises ont déposé une candidature. Selon l’enquête sur la structure de l’agriculture, environ la moitié des exploitations agricoles bavaroises sont exploitées à temps partiel, mais beaucoup d’entre elles semblent recourir au remboursement.
L’Association des agriculteurs bavarois explique à BR qu’elle soutient ses membres en leur fournissant des instructions et des conseils. Les raisons pour lesquelles certaines entreprises ne déposent pas de demande peuvent inclure un rapport coût-bénéfice défavorable ou le non-respect des délais.
Politique symbolique ou facteur de compétitivité ?
Le ministère fédéral de l’Agriculture et la Fédération des agriculteurs allemands soulignent, dans leurs déclarations à BR, l’importance du remboursement du diesel agricole pour la compétitivité des entreprises. L’économiste agricole Alfons Balmann, directeur de l’Institut Leibniz pour le développement agricole dans les économies en transition (IAMO), qualifie la réintroduction de cette subvention, qui coûte environ 430 millions d’euros par an à l’État, de « belle surprise ». Il s’agit avant tout d’un signal politique fort, en particulier pour les entreprises à temps plein et les plus grandes.