Publié le 11 février 2026 19:29:00. L’absence du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth à la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, qui se tiendra demain, illustre un désengagement croissant de Washington vis-à-vis de l’alliance atlantique, poussant les Européens à envisager une défense plus autonome.
- L’administration américaine réduit sa présence aux réunions de l’OTAN et transfère des commandements clés à des responsables européens.
- Washington conditionne le maintien de sa garantie de sécurité à une augmentation significative des dépenses militaires de ses alliés, jusqu’à 5 % du PIB.
- Cette stratégie suscite des inquiétudes au sein de l’OTAN et relance les appels à une plus grande souveraineté européenne en matière de défense.
Pour la deuxième fois consécutive, les États-Unis n’enverront pas de représentant ministériel de haut niveau à une réunion de l’OTAN. Après l’absence du secrétaire d’État Marco Rubio en décembre dernier, le refus de Pete Hegseth de participer aux discussions de jeudi est perçu par de nombreux observateurs comme un signe supplémentaire de la stratégie de « sortie tranquille » menée par l’administration Trump. Cette approche vise à remodeler les relations entre les États-Unis et leurs alliés européens.
Ce retrait progressif s’est concrétisé la semaine dernière par des mesures opérationnelles sans précédent. L’OTAN a annoncé vendredi la redistribution de responsabilités, cédant le commandement de Norfolk, en Virginie, au Royaume-Uni et celui de Naples, en Italie, à des officiers italiens. Ces changements signifient que les trois centres de commandement opérationnels de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) seront désormais entièrement gérés par des Européens, reflétant le souhait exprimé par Donald Trump de voir les Européens « assumer leurs propres responsabilités ».
Cette politique s’accompagne d’une pression accrue sur les alliés européens pour qu’ils augmentent leurs dépenses militaires. Le « Document de défense nationale 2026 », récemment publié, lie explicitement le maintien du « parapluie de sécurité » américain à un nouveau financement. Washington estime que les 2 % du PIB actuellement consacrés à la défense par la plupart des pays de l’OTAN ne sont plus suffisants et exige désormais un effort atteignant 5 %, une demande jugée excessive par de nombreux alliés, qui y voient une forme de « taxe de protection ».
Les Européens craignent également que cette exigence financière ne soit qu’un prélude à un affaiblissement des garanties de sécurité américaines. Trump avait précédemment menacé que les pays ne respectant pas leurs engagements financiers « ne bénéficieraient plus de la protection de l’Amérique ». Il est allé plus loin en déclarant qu’il « laisserait la Russie faire ce qu’elle veut » avec les pays qui refuseraient de payer leur part, transformant ainsi l’article 5 du traité de l’OTAN – qui prévoit une assistance collective en cas d’attaque – en un simple « contrat commercial ».
Face à cette situation, certains dirigeants et responsables européens tentent de faire preuve de résilience et de souligner leur capacité à assurer leur propre sécurité. D’autres, en revanche, expriment des doutes quant à cette capacité et évoquent la possibilité de mesures de rétorsion face aux décisions américaines. Des sources au sein de l’OTAN font état d’un état de « panique politique ».
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a tenté d’apaiser les tensions lors d’une récente conférence de presse à Bruxelles, en soulignant que « la solidarité atlantique est indivisible ». Il a implicitement averti que l’absence de leadership américain affaiblirait le pouvoir de dissuasion collective de l’alliance.
Le président français Emmanuel Macron a saisi cette opportunité pour réaffirmer son appel à la « souveraineté européenne », estimant que l’Europe ne peut pas rester « otage des humeurs électorales de Washington » et appelant à accélérer la mise en place d’un budget européen de défense indépendant.
Des sources diplomatiques allemandes ont qualifié l’absence de Pete Hegseth à la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN d’« insulte protocolaire », destinée à forcer l’Allemagne à accepter les nouvelles conditions financières imposées par Washington sans discussion.
L’attitude actuelle de l’administration américaine, qui consiste à retirer des ministres, à céder des commandements et à imposer des conditions financières inacceptables, place ses alliés face à un dilemme. Ils doivent soit investir massivement dans une structure de défense indépendante et coûteuse, soit se soumettre au chantage de Washington, qui ne considère plus la sécurité de l’Europe comme un intérêt vital et gratuit. Cette situation illustre la transformation de l’Amérique, passant du rôle de « leader de l’OTAN » à celui de « partenaire distant ».