Publié le 12 février 2026 à 00h15. Un exode massif de Néo-Zélandais vers l’Australie est en cours, attiré par des salaires plus élevés et un marché du travail plus dynamique, suscitant des inquiétudes quant à l’avenir de la main-d’œuvre qualifiée en Nouvelle-Zélande.
- Plus de 70 000 Néo-Zélandais ont quitté leur pays au cours des 12 derniers mois, représentant près de 1,4 % de la population totale.
- L’Australie est la destination privilégiée de ces expatriés, attirés par des opportunités économiques plus favorables.
- Le secteur de la santé est particulièrement touché, avec plus de 10 000 infirmières néo-zélandaises ayant manifesté leur intention de travailler en Australie l’année dernière.
La Nouvelle-Zélande connaît depuis plusieurs années un flux régulier d’émigration, traditionnellement compensé par l’arrivée d’immigrants. Cependant, ces deux dernières années, le nombre de départs a considérablement augmenté, coïncidant avec un ralentissement économique et un marché du travail moins porteur. Les comparaisons avec l’Australie, dont le PIB est plus élevé et les salaires plus attractifs, sont de plus en plus fréquentes dans les médias et sur les réseaux sociaux néo-zélandais.
Ce phénomène ne concerne pas uniquement les jeunes diplômés. De plus en plus de professionnels expérimentés choisissent de franchir le détroit de Tasman pour chercher de meilleures conditions de vie et de carrière. Avant la pandémie, la Nouvelle-Zélande enregistrait une perte annuelle d’environ 3 000 citoyens. Mais au cours des 12 mois précédant octobre 2025, ce chiffre a grimpé à plus de 71 000, tandis que seulement 26 000 personnes sont retournées au pays.
Une situation similaire s’était produite pendant la crise financière mondiale de 2011-2012, avec une perte de plus de 40 000 citoyens. Toutefois, cet exode avait été de courte durée, lié aux difficultés économiques mondiales de l’époque. Selon les analystes, la situation actuelle est différente, car le flux de départs reste élevé et ne montre aucun signe de ralentissement.
Paul Spoonley, professeur émérite à l’Université Massey en Nouvelle-Zélande, qualifie ce nombre de départs d' »inquiétant », soulignant que l’augmentation des départs de Néo-Zélandais s’accompagne d’une augmentation du nombre d’étrangers quittant le pays. Il explique que cette tendance « renforce la dynamique de l’exode qui ne montre aucun signe de ralentissement ».
Environ 60 % des Néo-Zélandais qui quittent leur pays choisissent l’Australie comme destination, selon les données officielles des dernières années. Plus de 700 000 Néo-Zélandais, soit environ 13 % de la population totale, vivent actuellement en Australie, auxquels s’ajoutent environ 100 000 personnes nées en Australie mais de nationalité néo-zélandaise. Le sociologue Francis Collins a déclaré au média néo-zélandais 1News que l’attrait de l’Australie est renforcé par les liens sociaux que beaucoup de Néo-Zélandais entretiennent déjà là-bas.
Les raisons économiques sont au cœur de cette migration. Le taux de chômage en Nouvelle-Zélande est actuellement de 5,3 %, le plus élevé depuis près d’une décennie, et le nombre d’emplois dans le secteur public a diminué. Selon Paul Spoonley, interrogé par BBC Mundo, les facteurs expliquant ce départ sont « la faiblesse du marché du travail, la croissance du PIB estimée à environ 1 % en 2025, et une baisse du pouvoir d’achat, les salaires augmentant plus lentement que les prix des biens de consommation et du logement ».
Les Néo-Zélandais sont donc de plus en plus tentés par « de meilleurs salaires dans d’autres pays, un recrutement actif dans certains secteurs et des entreprises proposant diverses incitations, telles que la prise en charge des frais de déménagement », ajoute M. Spoonley. Il souligne également que « la force du marché du travail dans les grands pays offre plus de choix en termes de secteurs d’emploi et de possibilités d’évolution de carrière ».
L’Australie offre des conditions plus attractives aux demandeurs d’emploi, avec un marché du travail dynamique, un taux de chômage plus faible et des salaires moyens plus élevés. Les conditions de travail sont également plus avantageuses, notamment en ce qui concerne la rémunération des heures supplémentaires, des week-ends et des jours fériés, qui ne sont pas toujours garanties par la loi en Nouvelle-Zélande.
Dans le secteur de la santé, par exemple, le salaire moyen d’une infirmière en Australie se situe entre 85 000 et 90 000 dollars australiens par an (environ 1,01 à 1,07 milliard de roupies). Plus de 10 000 infirmières néo-zélandaises ont postulé pour des emplois en Australie l’année dernière. Ce phénomène se produit également dans le secteur de la sécurité : entre janvier 2023 et avril 2025, 212 policiers néo-zélandais ont quitté le pays, attirés par des offres d’agences australiennes proposant des salaires supérieurs à 75 000 dollars par mois (880 millions de roupies) et un logement gratuit ou subventionné. Les secteurs minier et de la construction attirent également des travailleurs qualifiés, l’Australie connaissant une croissance économique de plus de 2 % l’année dernière et ayant un besoin constant de main-d’œuvre qualifiée.