Les prix du pétrole se maintiennent à un niveau élevé malgré des signaux mitigés sur l’offre et la demande mondiales, tandis que des incidents géopolitiques et des perturbations de la production continuent d’influencer le marché.
Le marché pétrolier reste sous tension, avec un retour à 70 dollars le baril (70 $/baril) pour le Brent de l’ICE en perspective. L’incertitude entourant le programme nucléaire iranien contribue à maintenir les prix élevés. Parallèlement, une attaque de drone ukrainienne contre la raffinerie de Volgograd de Loukoïl, en Russie, d’une capacité de 300 000 barils par jour (b/j), a renforcé les marges des raffineries et souligné la vulnérabilité des infrastructures énergétiques.
Malgré une forte augmentation des stocks de pétrole brut aux États-Unis – une hausse de 8,53 millions de barils la semaine dernière, la plus importante depuis janvier 2025 – le marché a largement ignoré ces chiffres, publiés hier par l’Energy Information Administration (EIA). La production nationale américaine a également rebondi, augmentant de 498 000 b/j après avoir été affectée par les récentes tempêtes hivernales. Les exportations de pétrole brut ont cependant diminué de 308 000 b/j, tandis que les importations ont progressé de 604 000 b/j. Les stocks d’essence ont augmenté de 1,16 million de barils, mais les stocks de fioul de chauffage ont diminué de 2,7 millions de barils, la demande de distillats atteignant son plus haut niveau depuis janvier 2025.
L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) a maintenu ses prévisions de croissance de la demande pour 2026 et 2027, estimant une augmentation de 1,38 million de barils par jour (Mb/j) et 1,34 Mb/j respectivement. Ces prévisions restent supérieures à celles de la plupart des autres analystes. La production de l’OPEP+, quant à elle, a connu une baisse en janvier, reculant de 439 000 b/j pour atteindre 42,45 Mb/j. Cette diminution est principalement due à des perturbations au Kazakhstan, liées à des problèmes de production et de chargement sur le terminal CPC, ainsi qu’à des baisses de production au Venezuela, en Iran et en Russie.
La production kazakhe devrait se rétablir en février, les problèmes d’électricité ayant perturbé les champs pétrolifères de Tengiz et Korolev étant résolus. La reprise des opérations au terminal CPC devrait également permettre d’augmenter les chargements, qui pourraient atteindre entre 1,15 et 1,25 Mb/j en février, contre 907 000 b/j en janvier. Les prévisions pour mars s’élèvent à 1,55-1,65 Mb/j. Cette reprise des exportations via le terminal CPC devrait contribuer à atténuer les tensions sur le marché pétrolier.
Par ailleurs, les rabais sur le pétrole brut canadien sur la côte du Golfe du Mexique aux États-Unis continuent de s’élargir, le brut lourd canadien de Cold Lake se négociant avec une décote de plus de 8,60 dollars par rapport au West Texas Intermediate (WTI). Les raffineries américaines du Golfe se tournent de plus en plus vers le Venezuela pour s’approvisionner en brut lourd.
L’Inde manifeste également un intérêt croissant pour le pétrole vénézuélien, ayant acheté une cargaison qui devrait arriver en avril. Le gouvernement indien aurait demandé aux raffineries publiques d’augmenter leurs achats de pétrole américain et vénézuélien dans le cadre d’un accord commercial avec les États-Unis. Cet accord pourrait permettre de réduire les achats de pétrole russe par l’Inde. L’ampleur de cette réduction et la capacité de la Russie à rediriger ses exportations vers d’autres acheteurs seront des facteurs clés pour le marché pétrolier.
Sur le marché du gaz naturel, les fonds d’investissement ont réduit leur position longue nette sur le TTF de 15,1 térawattheures (TWh) la semaine dernière, à 109,7 TWh, marquant la première baisse hebdomadaire depuis mi-décembre. Les inquiétudes concernant l’approvisionnement se sont quelque peu atténuées après le passage de la tempête hivernale aux États-Unis, malgré des niveaux de stockage relativement bas dans l’Union européenne (moins de 36 %).
Les fonds ont également réduit leur position longue nette sur les quotas d’émissions de l’UE (EUA) de 6,62 milliers de contrats, à 93,99 milliers de contrats, le plus bas niveau depuis fin octobre 2025. Le marché est préoccupé par les incertitudes concernant la suppression progressive des quotas gratuits et une éventuelle réduction du facteur de réduction linéaire du plafond du système d’échange de quotas d’émission de l’UE. Les commentaires du chancelier allemand Friedrich Merz, suggérant une possible révision du système si celui-ci freine la production sans carbone, n’ont pas contribué à améliorer le moral du marché.
Enfin, sur le marché des métaux, le nickel a progressé après que l’Indonésie a annoncé une réduction significative de sa production de minerai en 2026. PT Weda Bay Nickel s’est vu attribuer un quota de seulement 12 millions de tonnes cette année, contre 42 millions de tonnes en 2025. L’Indonésie émettra des quotas de production nationaux de 260 à 270 millions de tonnes, en deçà des 379 millions de tonnes visés l’année dernière. Le nickel a bondi de plus de 25 % depuis mi-décembre, soutenu par un resserrement de l’offre. Cependant, la demande reste faible, la Chine se tournant rapidement vers les batteries LFP sans nickel, ce qui limite le potentiel de hausse des prix.
Les prix du sucre ont également baissé, le contrat de sucre brut n°11 de mars 2026 ayant chuté de près de 2 % hier pour atteindre 13,84 dollars US/livre – le plus bas niveau depuis octobre 2020. Les perspectives d’un excédent mondial important pèsent sur les prix, et le Brésil devrait connaître une autre bonne récolte en 2026/27. Les prix du sucre s’échangent en dessous de la parité de l’éthanol brésilien, ce qui devrait inciter les usines à consacrer davantage de canne à la production d’éthanol.
En Côte d’Ivoire, les négociants retardent leurs achats de haricots de la prochaine récolte intermédiaire, dans l’attente d’une baisse des prix par le régulateur. Au Ghana, une réunion d’urgence est organisée pour discuter des mesures à prendre face à l’effondrement des prix du cacao, qui sont désormais inférieurs aux prix payés aux agriculteurs.