Publié le 15 janvier 2026 14h30. Après une visite de solidarité de quatre jours en Syrie, Mgr Bertram Meier, responsable de la Commission ecclésiastique mondiale de la Conférence épiscopale allemande, tire un bilan contrasté : admiration pour la résilience de la communauté chrétienne, mais inquiétude face à une évolution politique préoccupante.
- Mgr Meier souligne la fragilité de la présence chrétienne en Syrie, réduite à environ 300 000 personnes contre 1,5 million avant la guerre civile de 2011.
- Il alerte sur un changement de climat social, avec une montée de l’islamisme radical qui inquiète les minorités religieuses.
- Malgré les difficultés, l’Église catholique allemande réaffirme son soutien aux chrétiens de Syrie, notamment par des projets d’aide humanitaire.
De retour de Syrie, Mgr Bertram Meier a exprimé son admiration pour la communauté chrétienne locale, qu’il qualifie de « restreinte mais distinguée ». Malgré une diminution drastique de ses effectifs, l’Église syrienne continue de jouer un rôle important dans la société, s’efforçant de rester proche des populations.
Cependant, la visite de Mgr Meier a également été marquée par une profonde inquiétude concernant l’évolution politique du pays depuis le changement de pouvoir en décembre 2024. Si les autorités de Damas affichent une attitude pragmatique pour obtenir une reconnaissance internationale et une aide économique, des signes d’un islamisme plus radical se manifestent dans la vie quotidienne, selon l’évêque.
Lors de ses entretiens avec les dirigeants religieux, notamment le patriarche melkite Joseph Ier, Mgr Meier a évoqué l’incertitude qui règne quant à l’avenir des minorités religieuses. Il décrit un « conflit culturel » entre la capitale, Damas, et l’esprit d’Idlib, bastion des nouveaux dirigeants.
Des réglementations vestimentaires plus strictes, la séparation des hommes et des femmes dans les lieux publics, et l’interdiction de servir de l’alcool dans certains restaurants sont autant de signes qui témoignent, selon Mgr Meier, d’une « islamisation rampante ». Il souligne que ces évolutions, souvent impulsées par des acteurs marginaux, ne sont pas pour autant anodines.
L’évêque d’Augsbourg a illustré ce changement subtil en racontant avoir savouré une bière locale, un geste simple qui lui est apparu comme un moment de normalité dans une société qui dérive, selon lui, vers une « république islamique ». La stricte séparation des sexes lors de la prière dans les mosquées est également un indicateur de cette tendance.
Malgré ce sombre tableau, Mgr Meier a tenu à transmettre un message d’espoir et de solidarité de la part de l’Église allemande : « Nous ne vous laisserons pas seuls. Nous sommes une immense communauté de prière. » Cette solidarité se traduit également par un soutien concret aux organisations humanitaires allemandes qui œuvrent sur le terrain, notamment dans les écoles et les institutions caritatives.
La question de l’exode des jeunes chrétiens syriens a particulièrement marqué Mgr Meier lors de sa visite à Maaloula, un village où l’araméen occidental, la langue de Jésus, est encore parlé. Il a rencontré une famille dont les enfants envisageaient de quitter le pays. « Les chrétiens de Syrie sont un groupe d’élite, bien éduqués et polyglottes. Leur départ affaiblirait la société », a-t-il averti.
L’évêque lance donc un appel à la jeune génération chrétienne syrienne : « J’espère que les jeunes chrétiens pourront rester dans leur pays et lui donner leur visage. » Il a rapporté qu’un archevêque lui avait confié que les chrétiens se sentaient parfois considérés comme de simples « invités tolérés », une situation qu’il juge inacceptable.
Face à la diminution du nombre de fidèles – les chrétiens ne représentant qu’un à deux pour cent de la population – Mgr Meier plaide pour l’unité. La fragmentation en de nombreuses Églises particulières (six rites catholiques) constitue un obstacle à l’heure actuelle. « Partout, on prend de plus en plus conscience que se concentrer uniquement sur sa propre communauté peut nuire à la force des Églises », a-t-il déclaré. La crise pousse désormais les Églises à s’engager dans un « œcuménisme spirituel ».
Lors de son voyage, Mgr Meier a également prié à l’église Mar Elias de Damas, lieu d’un attentat suicide islamiste en juin 2025. Malgré tous les dangers, il conclut avec fermeté : « Nous restons aux côtés des chrétiens, partout où souffle le vent politique. »

