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Interview : L’enquête matérielle en cours de Mia Westerlund Roosen

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L’œuvre monumentale et singulière de Mia Westerlund Roosen, explorant la matérialité et l’émotion brute, est à découvrir jusqu’à la semaine prochaine à New York. L’exposition, intitulée « Mia Westerlund Roosen : hier et aujourd’hui », présente un parcours à travers plusieurs décennies de création, révélant une artiste qui a su s’affranchir des codes du minimalisme pour inventer un langage sculptural organique et viscéral.

Au cœur de l’exposition, les sculptures Chaleur (1981) et Conique (1981) imposent leur présence. Conique, la plus petite des deux, suggère une section arrachée, une blessure sculpturale, tandis que Chaleur s’élève du sol comme une entité en devenir, massive et énigmatique. Ces pièces, emblématiques du postminimalisme, interrogent notre perception de l’espace et de la matière, invitant à une réflexion sur leur origine et leur fonction.

L’exposition ne se limite pas à la sculpture. On y découvre également des dessins rarement présentés, qui témoignent de l’exploration constante de l’artiste autour de la matérialité. Ces œuvres, souvent réalisées après l’achèvement des sculptures qu’elles semblent anticiper, sont de véritables portraits des propriétés physiques des matériaux utilisés : asphalte, béton, fibre. « Pour elle, c’est un peu comme construire quelque chose », explique Nunu, de la galerie Nunu Fine Art, soulignant la démarche constructive de l’artiste, même dans ses dessins.

L’œuvre Sac (2019), plus modeste en taille, intrigue également. Sa forme évoque initialement un organe dégonflé, une fragilité organique, mais se révèle être un conduit vers un noyau dense en béton, semblable à une grotte. Cette dualité entre l’extérieur vulnérable et l’intérieur solide pose la question de l’identité et de la fonction de l’objet.

Aujourd’hui octogénaire, Mia Westerlund Roosen continue d’expérimenter avec les matériaux, partageant son temps entre sa maison dans le nord de l’État de New York et son studio new-yorkais. Elle y travaille sur de nouvelles pièces, explorant l’idée d’absence et de présence à travers des processus aléatoires, dans la continuité de son œuvre Sac. « Je pense que la combinaison de la peau translucide de la flanelle imbibée de résine et du béton lourd est un domaine dans lequel je peux pousser plus loin et plus loin », confie-t-elle.

Lorsqu’on lui demande ce qui l’a poussée à s’éloigner des normes industrielles et géométriques du minimalisme, Mia Westerlund Roosen répond : « Pour moi, les géométries rigides et les lignes parfaitement droites résistent à l’émotion, alors que j’étais à la recherche d’une réponse plus émotionnelle, bien que sous une forme réductrice. Je sentais que mes œuvres basées sur des processus étaient, d’une certaine manière, antithétiques du minimalisme, car elles étaient plus expressives. Mon travail cherche à impliquer directement les sens plutôt que l’intellect. »

L’artiste préfère laisser ses œuvres s’exprimer d’elles-mêmes. « Après tout, dit-elle, si vous pouviez en parler, vous n’y arriveriez pas. » Elle espère que le public contemporain saura percevoir les liens entre les différentes périodes de sa création et la continuité de son exploration artistique.

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