Publié le 2024-02-29 10:00:00. La possibilité d’une guerre dans l’espace, autrefois reléguée à la science-fiction, devient une préoccupation géopolitique croissante. Des experts mettent en garde contre un scénario où un conflit mondial pourrait rapidement se déplacer vers l’orbite terrestre, avec des conséquences potentiellement catastrophiques pour les infrastructures terrestres et spatiales.
- Un conflit spatial débuterait probablement par des cyberattaques massives visant à aveugler les systèmes adverses.
- Les infrastructures spatiales commerciales, comme celles de SpaceX, seraient considérées comme des cibles militaires essentielles.
- La destruction de satellites pourrait engendrer un effet domino, créant un nuage de débris rendant certaines orbites inutilisables.
L’espace, autrefois considéré comme un domaine de coopération scientifique, est de plus en plus perçu par les puissances militaires comme un enjeu stratégique majeur. Le développement rapide des technologies de lancement de satellites et des capacités de guerre spatiale a conduit à une militarisation croissante de l’orbite terrestre. Selon plusieurs experts interrogés par Gizmodo, une Troisième Guerre mondiale s’étendant à l’espace pourrait se dérouler de manière alarmante.
Scott Shackelford, professeur de droit et d’éthique des affaires à l’Université d’Indiana-Bloomington, spécialiste de la cybersécurité et du droit international, imagine une première semaine de conflit dominée par des attaques numériques.
« Les 48 premières heures ne commenceraient pas par une explosion, mais plutôt par des problèmes cybernétiques. Tout comme sur le web terrestre, la première phase serait presque entièrement cybernétique, visant à désactiver l’adversaire de manière asymétrique. »
Il précise que des attaques par déni de service distribué (DDoS) massives et coordonnées viseraient les stations au sol, tandis que des manipulations sophistiquées des signaux GPS perturberaient les systèmes de navigation. Sur Terre, cela se traduirait par un chaos logistique, l’arrêt du commerce à haute fréquence et des dysfonctionnements généralisés des services numériques.
Au-delà de la cyberattaque initiale, les experts prévoient l’utilisation d’armes à énergie dirigée, comme des lasers, pour perturber ou aveugler les satellites de surveillance et de reconnaissance. Wendy Whitman Cobb, experte en politique spatiale, souligne que la guerre dans l’espace est intrinsèquement liée aux opérations terrestres.
« Rien de ce qui se fait dans l’espace n’a à voir avec l’espace lui-même, mais avec des opérations ou des avantages terrestres. »
Elle anticipe des attaques contre les actifs spatiaux des États-Unis, de la Russie et de la Chine, incluant des attaques antisatellites et des cyberattaques visant les infrastructures spatiales au sol.
La destruction de satellites représente un risque majeur, car chaque satellite détruit génère un nuage de milliers de débris se déplaçant à grande vitesse. Peter W. Singer, stratège et professeur à l’Arizona State University, met en garde contre le risque de syndrome de Kessler, une réaction en chaîne de collisions qui rendrait certaines orbites, comme l’orbite terrestre basse, inutilisables pendant une période prolongée.
« Le vainqueur de la guerre spatiale ne sera pas nécessairement celui qui disposera de satellites plus gros ou plus chers, mais plutôt celui qui parviendra à maintenir ses liaisons terrestres et le taux de réapprovisionnement orbital. »
Il insiste sur l’importance de la capacité à reconstituer rapidement les constellations de satellites détruites.
Les experts soulignent également que les entreprises privées, comme SpaceX, sont devenues des infrastructures militaires essentielles et pourraient donc être des cibles potentielles. La question de savoir quand une attaque contre un satellite privé constituerait un acte de guerre contre une nation reste un défi juridique complexe. Les cadres juridiques internationaux actuels, comme le Traité spatial de 1967, sont jugés obsolètes face à la réalité d’une militarisation croissante de l’espace.