Publié le 18 février 2024 07:50:00. Le chancelier allemand Friedrich Merz a ouvert la porte à une réflexion sur une dissuasion nucléaire européenne plus autonome, tout en réaffirmant l’engagement de son pays envers les traités existants. Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et d’interrogations sur la fiabilité de la protection américaine.
- Friedrich Merz envisage la préparation des avions de guerre allemands à accueillir d’éventuelles armes nucléaires françaises ou britanniques.
- Il a discuté d’une structure de dissuasion européenne commune avec le président français Emmanuel Macron lors de la Conférence de Munich sur la sécurité.
- L’Allemagne maintient son engagement à ne pas acquérir ses propres armes nucléaires, conformément aux traités internationaux.
Le chancelier Merz a exprimé son inquiétude face à la perspective d’une Allemagne développant un arsenal nucléaire indépendant.
« Je ne veux pas que l’Allemagne pense à son propre arsenal nucléaire indépendant »,
Friedrich Merz, chancelier allemand
a-t-il déclaré lors d’une participation au podcast politique « Machtwechsel » (« Changement de pouvoir »), dont la diffusion est prévue ce mercredi.
Cette déclaration intervient alors que la dissuasion nucléaire en Europe repose actuellement en grande partie sur les armes américaines, avec environ une centaine d’ogives déployées sur le continent, dont certaines sont stationnées à la base aérienne de Bichel, en Allemagne. Merz a toutefois souligné que l’Allemagne respecte ses engagements internationaux, notamment le traité 2+4 qui a permis la réunification allemande en 1990 et le traité de non-prolifération nucléaire.
Néanmoins, le chancelier a laissé entendre que des infrastructures pourraient être préparées pour accueillir des armes nucléaires appartenant à d’autres puissances européennes.
« En théorie, cela pourrait également s’appliquer aux armes nucléaires britanniques et françaises »
Friedrich Merz, chancelier allemand
, a-t-il précisé, faisant référence aux chasseurs Tornado allemands déjà stationnés à Bichel, initialement prévus pour le déploiement d’armes américaines.
La discussion sur une dissuasion nucléaire européenne plus autonome n’est pas nouvelle. Le président français Emmanuel Macron avait déjà proposé d’ouvrir ce débat en 2020, à l’époque du premier mandat de Donald Trump, afin de renforcer l’autonomie stratégique de l’Union européenne. Cette proposition avait cependant rencontré une résistance de la part de l’ancienne chancelière Angela Merkel et de son successeur, Olaf Scholz, avant d’être finalement prise en considération par Friedrich Merz.
Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité la semaine dernière, Merz a abordé la question d’une structure de dissuasion européenne commune avec Emmanuel Macron. Les détails de cette discussion n’ont pas été divulgués, mais ils témoignent d’un changement d’attitude en Allemagne face à la nécessité d’une plus grande autonomie stratégique en matière de défense.