Publié le 19 février 2024 à 10h30. Aena a dévoilé son plan d’investissement pour la période 2027-2031, qui prévoit 12,888 milliards d’euros d’investissements, mais suscite l’inquiétude des compagnies aériennes en raison d’une augmentation prévue des tarifs de 0,43 euro par passager.
- Aena prévoit d’investir 12,888 milliards d’euros dans les aéroports et héliports espagnols entre 2027 et 2031.
- Le plan inclut une augmentation de 0,43 euro par passager des tarifs facturés aux compagnies aériennes.
- Ryanair a immédiatement dénoncé cette proposition, la qualifiant d’augmentation de 21 % qui pénaliserait le tourisme et la connectivité.
Après cinq mois de préparation, de consultations et de révisions, Aena a présenté les lignes directrices de son troisième Document de Réglementation Aéroportuaire (DORA), couvrant les années 2027 à 2031. Si le montant global des investissements – 12,888 milliards d’euros – est conséquent, c’est l’augmentation des tarifs qui a immédiatement focalisé l’attention.
Aena justifie cette hausse de 0,43 euro par passager en expliquant qu’elle permettra de maintenir la compétitivité des tarifs tout en assurant l’efficacité de l’entreprise. L’augmentation sera modulée en fonction de la taille de l’aéroport, avec des montants inférieurs pour les infrastructures de taille moyenne ou petite. Selon Aena, cette flexibilité tient compte des différences de tarifs existantes selon la capacité des aéroports.
La réaction de Ryanair n’a pas tardé. Dans un communiqué publié peu après l’annonce d’Aena, la compagnie aérienne dénonce une tentative de monopole visant à augmenter les tarifs de 21 %, au détriment du tourisme, de l’emploi et de la connectivité en Espagne. Ryanair estime que cette politique est préjudiciable à l’ensemble du secteur.
L’Association des Compagnies Aériennes (ALA) doit également faire part de ses observations dans la journée du 19 février, soit environ 24 heures après la publication du plan DORA par Aena. ALA avait déjà publié une note préalable soulignant que, selon plusieurs études, la croissance du nombre de passagers permettrait à Aena de financer ses investissements tout en réduisant les tarifs. Il est donc probable que Javier Gándara, président de l’association, exprimera une position similaire au nom de ses membres. Plus d’informations sur la position de l’ALA.
Aena met en avant la nécessité de ces investissements pour adapter les infrastructures aéroportuaires à la demande croissante, après des décennies d’investissements massifs qui ont permis de répondre aux besoins des voyageurs. L’entreprise souligne que les aéroports doivent désormais augmenter leur capacité pour ne pas entraver la mobilité et la croissance économique.
Ryanair conteste cette justification, arguant que la proposition tarifaire d’Aena repose sur des hypothèses irréalistes, notamment des prévisions de trafic trop optimistes et des dépenses excessives en infrastructures. La compagnie cite en exemple un plan d’investissement de 375 millions d’euros pour Tenerife Sud, sans augmentation de capacité prévue, ou encore un projet de 68 millions d’euros à Jerez, alors que l’aéroport est utilisé à seulement 65 % de sa capacité. Déclaration complète de Ryanair.
Ryanair dénonce également un processus de consultation qualifié de « fictif », soulignant qu’Aena a maintenu sa proposition initiale malgré les commentaires reçus des compagnies aériennes au cours des 18 dernières semaines. La compagnie critique notamment l’augmentation prévue des coûts d’exploitation de plus de 50 % et le faible taux de croissance du trafic prévu à Madrid, malgré l’extension des terminaux.
Aena se défend en affirmant que le scénario de trafic proposé dans le DORA 2027-2031 est conforme aux prévisions d’organisations internationales telles que l’ACI ou Eurocontrol, et qu’il tient compte des conditions de capacité. L’entreprise prévoit un trafic de 1,690 milliard de passagers sur la période, marquant un certain ralentissement après la forte reprise post-pandémique.
Maurici Lucena, président d’Aena, a déclaré que l’entreprise dispose des meilleures équipes au monde pour développer et gérer les infrastructures aéroportuaires, et que la proposition d’investissement est basée sur des critères techniques rigoureux. Il a souligné que le déblocage des investissements est essentiel pour assurer un progrès durable des aéroports et des territoires.
L’approbation du DORA III par le conseil d’administration d’Aena n’est cependant pas la dernière étape. Le document doit maintenant être soumis à la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) et à la Commission Nationale des Marchés et de la Concurrence (CNMC). Le Conseil des ministres devra ensuite approuver le document final au plus tard en septembre. Il est possible que des modifications soient apportées, comme ce fut le cas lors du précédent DORA, où la CNMC avait gelé les tarifs.