Les résultats du quatrième trimestre 2025 d’UBS, bien que supérieurs aux attentes en termes de revenus et de bénéfices ajustés, n’ont pas convaincu les investisseurs, entraînant une chute de plus de 6 % du cours de l’action. Cette contre-performance soulève des questions sur la qualité des bénéfices et la pérennité de la croissance de la banque, notamment en raison de la dépendance à des éléments non récurrents liés à l’intégration de Credit Suisse.
Au-delà des chiffres affichés, le bénéfice avant impôts d’UBS s’est élevé à 2,871 milliards de dollars (environ 2,65 milliards d’euros) en excluant les frais d’intégration. La direction a également souligné la réalisation de 10,7 milliards de dollars (environ 9,88 milliards d’euros) d’économies de coûts cumulées. Cependant, un revers de 457 millions de dollars (environ 420 millions d’euros) lié au rachat de la dette de Credit Suisse assombrit ce tableau.
L’augmentation de 56 % du bénéfice net annoncé repose largement sur la normalisation des coûts et, surtout, sur la gestion des provisions héritées de Credit Suisse. Une part significative de cette croissance provient de la libération de réserves pour litiges, une source de revenus qui ne garantit pas une dynamique positive à long terme. En 2025, UBS a bénéficié de reprises nettes importantes de provisions pour litiges, questions réglementaires et autres contentieux, ce qui a eu un impact favorable sur ses résultats financiers.
Au quatrième trimestre, le solde des provisions pour litiges et questions réglementaires est tombé à 2,2 milliards de dollars (environ 1,92 milliard d’euros), contre 3,096 milliards de dollars (environ 2,85 milliards d’euros) trois mois plus tôt. Certains observateurs craignent qu’UBS n’utilise ces libérations de provisions pour masquer des coûts d’intégration élevés et donner une impression trompeuse de prospérité.
L’intégration de Credit Suisse, l’une des plus complexes de l’histoire bancaire, reste un défi majeur. UBS prévoit de consacrer un total de 15 milliards de dollars (environ 13,8 milliards d’euros) à cette intégration d’ici fin 2026. La migration des positions dérivées complexes représente un risque d’exécution important pour les investisseurs.
Par ailleurs, UBS est confrontée à des risques juridiques considérables, hérités en partie de Credit Suisse. La banque est impliquée dans des enquêtes concernant l’affaire Archegos, le scandale des « obligations de thon » au Mozambique, et des investigations sur des comptes liés aux nazis que Credit Suisse aurait entretenus pendant des décennies, selon une publication de Reuters.
UBS pourrait devoir payer des milliards d’amendes pour les fautes de Credit Suisse, un élément que les investisseurs doivent prendre en compte. La conformité sélective de la banque la rend également vulnérable aux chocs de réputation et à une éventuelle perte de clientèle parmi les ultra-fortunés (UHNW).
L’affaire impliquant le milliardaire russo-ouzbek Alisher Usmanov, qui a intenté une action en justice contre la filiale allemande d’UBS après que la banque a déposé des déclarations de transactions suspectes, illustre cette vulnérabilité. Bien que l’enquête ait été abandonnée, elle souligne la perception d’une application de la diligence raisonnable parfois abusive.
Récemment, des informations ont révélé qu’UBS a géré les fonds de Ghislaine Maxwell pendant des années, même après l’arrestation d’Epstein. Cette perception d’une application sélective des normes de risque pourrait rendre les transactions d’UBS moins attractives pour les investisseurs.
Au moment de la publication de ces informations, UBS se négocie à un multiple de plus de 18 fois ses bénéfices, avec une capitalisation boursière de 133,84 milliards de dollars (environ 123,6 milliards d’euros). En comparaison, JP Morgan, l’une des plus grandes banques au monde, se négocie à 14 fois ses bénéfices, avec moins de problèmes fondamentaux et juridiques.
La valorisation d’UBS apparaît de plus en plus précaire, car elle repose sur un environnement réglementaire favorable. Une baisse du cours de l’action à un multiple de 14 fois les bénéfices entraînerait une dépréciation de plus de 22 %.
En conclusion, malgré une présentation de prospérité post-fusion grâce à ses 7 000 milliards de dollars (environ 6,47 billions d’euros) d’actifs investis et une forte augmentation de son bénéfice net, la performance d’UBS est largement soutenue par des éléments non récurrents. Le concept « One Bank » de la direction est un outil marketing puissant, mais la réalité opérationnelle est celle d’une banque qui continue de gérer les conséquences de l’intégration de Credit Suisse, tandis que ses concurrents gagnent des parts de marché sur le lucratif marché américain de la gestion de patrimoine.