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La surveillance de l’IA devrait effrayer à la fois les démocrates et les républicains

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L’inquiétude grandit aux États-Unis face à une surveillance généralisée des citoyens, alimentée par l’essor de l’intelligence artificielle. Des préoccupations transversales, allant de la défense des libertés individuelles à la crainte d’un État trop puissant, convergent vers une question centrale : jusqu’où le gouvernement fédéral est-il prêt à aller pour surveiller sa population ?

L’agence américaine de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) voit son budget pour 2025 tripler, atteignant près de 30 milliards de dollars (environ 27,5 milliards d’euros). Ce financement colossal placerait l’ICE au 14e rang mondial des armées les mieux financées. Une part importante de ces fonds est allouée aux technologies de surveillance, incluant des outils de piratage de téléphones, de surveillance des réseaux sociaux et de suivi des déplacements, touchant aussi bien les citoyens américains que les non-citoyens.

Le ministère de la Sécurité intérieure et ses agences affiliées testent et déploient actuellement plus de 100 systèmes d’IA, dont certains sont directement utilisés dans le cadre des activités d’application de la loi. L’année dernière, ces agences ont publiquement recensé plus de 1 700 cas d’utilisation de l’IA, touchant des domaines aussi variés que la santé et les anciens combattants.

Cette situation rappelle les pratiques de surveillance de la Chine, où l’IA est combinée à la surveillance des médias sociaux, à la reconnaissance faciale et à un réseau de caméras pour traquer les critiques, réelles ou supposées, du Parti communiste chinois. La question se pose désormais de savoir si un tel scénario pourrait se reproduire aux États-Unis.

Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) a recours à des entreprises spécialisées dans l’IA pour analyser des millions de publications sur les réseaux sociaux, résumant les résultats grâce à ces nouvelles technologies. L’Agence de protection de l’environnement (EPA) utilise également l’IA pour surveiller les communications de ses employés. Le gouvernement fédéral, invoquant systématiquement la « sécurité nationale », a accordé des contrats importants à Palantir, dont les ventes et le cours de l’action ont augmenté ces dernières années, notamment grâce à l’intégration des données collectées par Palantir dans les opérations du ministère de la Santé et des Services sociaux (HHS) et de l’Internal Revenue Service (IRS).

Des technologies plus avancées suscitent également des inquiétudes, comme la modélisation du « profil de vie » qui identifie les écarts par rapport aux routines habituelles, ou le développement de la « police prédictive », évoquant le film « Minority Report ».

Alex Karp, PDG de Palantir, défend le programme de surveillance en affirmant que les Américains ont besoin d’une surveillance accrue pour préserver leur liberté à long terme. Il a récemment déclaré : « L’absence de surveillance gouvernementale injustifiée… nécessite la construction d’un système technique conçu pour permettre la surveillance de sa propre utilisation et limiter, et non étendre, le matériel et les informations soumis à l’accès. »

La surveillance ne se limite pas au niveau fédéral. Au niveau des États, les services de police et autres entités utilisent de plus en plus les outils d’IA pour étudier les citoyens et partager des données à travers le pays. En Floride, au Massachusetts, au Texas et dans d’autres États, des milliers de services de police utilisent les caméras de lecture de plaques d’immatriculation alimentées par l’IA de Flock pour suivre les véhicules.

Dans le Massachusetts, l’État a dépensé des millions de dollars pour surveiller les déplacements des conducteurs et partager ces informations avec un réseau de plus de 7 000 agences et organisations à travers les États-Unis. Le Maine expérimente également l’IA pour scanner les plaques d’immatriculation, créer des profils numériques et tester la reconnaissance faciale, ces informations pouvant être intégrées dans une base de données nationale accessible aux autorités fédérales.

Alors que les médias rapportent régulièrement sur la « surveillance autoritaire de l’IA » en Chine, les Américains n’ont pas besoin de chercher des exemples à l’étranger. Des réseaux sociaux aux trajets quotidiens, les excès de surveillance sont déjà bien présents sur le territoire américain. Cet État de surveillance de l’IA est le fruit d’une vaste collaboration entre les gouvernements fédéral, étatiques et locaux, et les entreprises de la Silicon Valley spécialisées dans les technologies de surveillance.

Il ne s’agit pas seulement d’une question de politique à Washington ou dans les capitales des États, mais d’un problème qui concerne tous les niveaux de gouvernement et les entreprises technologiques. La lutte pour la protection des libertés civiles passe aujourd’hui par la confrontation avec cet État de surveillance. L’IA a repoussé les limites du possible, rendant la surveillance post-Patriot Act presque anecdotique.

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