Publié le 20 février 2026 à 23h35. José María Balcázar, nouveau président par intérim du Pérou, est confronté dès son premier jour de mandat à une demande de grâce présidentielle de son prédécesseur, Pedro Castillo, emprisonné pour tentative de coup d’État.
- Pedro Castillo, ancien président péruvien, a sollicité une grâce présidentielle par le biais d’une lettre adressée à José María Balcázar.
- Balcázar, issu du même parti politique que Castillo (Perú Libre), devra gérer cette demande sensible dans un contexte de fortes tensions sociales et politiques.
- La possibilité d’une grâce est juridiquement complexe et pourrait entraîner une nouvelle vague de protestations au Pérou.
L’arrivée de José María Balcázar à la présidence du Pérou, pour une période de cinq mois, est immédiatement marquée par une demande de clémence en provenance d’un homme qu’il côtoie politiquement depuis longtemps : Pedro Castillo. L’ancien chef de l’État, destitué en décembre 2022 après une tentative avortée de prise de pouvoir, a adressé une lettre au nouveau président, sollicitant une grâce présidentielle.
Dans ce document, Castillo se présente comme une victime de persécutions politiques.
« Je suis victime d’un processus judiciaire qui, à mon avis et à celui de vastes secteurs de la population, constitue une persécution politique sous couvert d’un procès pénal »,
Pedro Castillo, ancien président du Pérou a-t-il écrit. Il rappelle qu’il a été condamné en première instance à onze ans et demi de prison pour complot en vue de se rebeller, une accusation qu’il conteste fermement, arguant que son message à la nation du 7 décembre 2022 était une simple proclamation et qu’aucun soulèvement armé n’a eu lieu.
Cette demande de grâce constitue le premier défi majeur pour José María Balcázar, qui a pris ses fonctions le 19 février 2026. Le nouveau président a tenté de minimiser l’importance de la question, déclarant peu après avoir reçu les insignes présidentiels que « ce n’est pas à l’ordre du jour car il faut toujours travailler sur des faits concrets, matériels et objectifs ». Cependant, des informations suggèrent qu’il aurait promis son soutien à Castillo avant son élection par le Congrès.
Castillo insinue dans sa lettre que Balcázar lui est redevable :
« Monsieur le Président, je demande que cette demande de grâce soit considérée comme présentée, que je l’évalue selon le principe d’humanité et, enfin, j’accorde la grâce et la liberté qui en résulte au soussigné, honorant ainsi la parole promise et écrivant une page de réconciliation dans l’histoire du Pérou. »
La destitution de Castillo, jugée par certains comme une « vacance du poste » due à une incapacité morale permanente, a déclenché une crise sociale profonde au Pérou, marquée par des manifestations réprimées dans la violence. Durant la période de transition sous la présidence de Dina Boluarte, les forces de l’ordre ont été accusées d’avoir tué cinquante manifestants, principalement issus des communautés andines du sud du pays.
L’affaire Castillo a également eu des répercussions diplomatiques. En 2023, le Pérou a rappelé ses ambassadeurs au Mexique, en Colombie et au Honduras après des désaccords avec leurs dirigeants. La rupture des relations diplomatiques avec le Mexique a été particulièrement notable, consécutive à une demande d’asile politique de l’ancienne Première ministre de Castillo, Betssy Chávez, toujours détenue dans l’ambassade mexicaine à Lima.
Sur le plan juridique, l’octroi d’une grâce présidentielle à Castillo n’est pas simple. La nouvelle réglementation exige que la personne graciée ait été reconnue coupable d’une peine « consensuelle ou exécutoire », c’est-à-dire que la procédure judiciaire doit être définitivement close. Castillo n’ayant pour l’instant été condamné qu’en première instance et ayant fait appel, une grâce ne pourra être envisagée qu’après une décision définitive de la justice. Une grâce humanitaire, basée sur des motifs de santé, pourrait être une exception, mais elle nécessiterait la preuve d’une maladie grave.
Quoi qu’il en soit, une grâce présidentielle serait politiquement risquée, susceptible d’exacerber les divisions au sein de la société péruvienne, de relancer les protestations et de créer des tensions avec le pouvoir judiciaire. Pour José María Balcázar, la demande de Pedro Castillo représente donc bien plus qu’une simple question juridique : c’est un test politique majeur qui pourrait définir le cours de son bref mandat.