L’intelligence artificielle ne révolutionne pas encore les rédactions, mais elle les pousse à repenser leurs méthodes de travail. Des médias latino-américains explorent déjà des pistes concrètes pour intégrer ces technologies, non pas comme une fin en soi, mais pour répondre à des besoins spécifiques et optimiser le travail des journalistes.
Le véritable enjeu, selon les professionnels du secteur, n’est pas tant la maîtrise technique de l’IA que son intégration harmonieuse au sein des salles de rédaction. Il s’agit de déterminer quelles tâches peuvent être automatisées, comment établir des directives claires et, surtout, comment préserver l’orientation éditoriale et la confiance du public.
Pour accompagner cette transition, l’organisation WAN-IFRA a lancé plusieurs initiatives, dont le programme Catalyseur IA de la salle de presse LATAM, soutenu par OpenAI. L’objectif est d’offrir aux médias de la région un espace d’échange, d’expérimentation et d’apprentissage pratique.
L’approche privilégiée consiste à aider les rédactions à identifier les problèmes les plus urgents et à développer des solutions adaptées, plutôt que de promouvoir des outils spécifiques. L’idée est de favoriser une appropriation progressive de l’IA, en phase avec les réalités du journalisme contemporain.
En Argentine, le média numérique Diario UNO a mis en place un outil nommé Tuki, initialement conçu pour transcrire automatiquement les enregistrements audio de Radio Nihuil en brouillons d’articles. L’équipe a rapidement constaté que ce prototype pouvait être étendu à l’ensemble du groupe de presse.
« Lorsque nous avons commencé à explorer l’IA, nous avons identifié deux défis majeurs : l’utilisation individuelle et non structurée des outils, et le temps considérable consacré à des tâches répétitives comme la transcription ou la reformulation », explique l’équipe de Diario UNO. Tuki a été créé pour répondre à ces besoins et libérer du temps pour un journalisme plus approfondi.
L’implémentation de Tuki a nécessité une coordination étroite entre les équipes éditoriales et techniques. Il ne s’agissait pas seulement d’un changement technologique, mais aussi d’une évolution culturelle au sein de la rédaction.
Aujourd’hui, Tuki permet de générer des brouillons d’articles à partir de sources audio et écrites, en respectant le guide de style et les normes éditoriales du média. L’équipe a adopté dès le départ une approche centrée sur l’humain : l’automatisation est perçue comme un moyen d’améliorer l’efficacité, mais le jugement journalistique et l’édition humaine restent essentiels.
« La systématisation a été la clé », soulignent les responsables du projet. L’IA est passée d’une pratique individuelle dispersée à un processus partagé, avec des règles et des objectifs clairs.
Diario UNO prévoit désormais de développer Tuki en une plateforme de support éditorial plus complète, afin de renforcer une méthode de travail plus efficace et structurée.