Publié le 21 février 2026 à 03h19. La mission Starliner CFT de Boeing, initialement conçue pour une courte durée sur l’ISS, s’est transformée en un vol de près de neuf mois, révélant une série de problèmes techniques et de gestion qui remettent en question l’avenir du programme. Un rapport accablant de la NASA pointe du doigt des choix compromettant la sécurité.
- La mission Starliner CFT a été prolongée de manière inattendue, passant de quelques semaines à 286 jours dans l’espace.
- Des défaillances répétées des propulseurs, des fuites d’hélium et des problèmes de contrôle ont marqué le vol.
- Un rapport de la NASA critique la gestion de Boeing et le manque de supervision de l’agence spatiale américaine.
La mission CFT (Crew Flight Test, ou Test en vol en équipage), qui devait marquer le premier vol habité du vaisseau spatial Starliner de Boeing, a viré au cauchemar technique. Lancée le 5 juin 2024, elle a pris fin le 7 septembre 2024 avec le retour sans équipage du vaisseau à la Terre. Les astronautes Butch Wilmore et Sunita Williams sont finalement rentrés le 18 mars 2025 à bord du vaisseau SpaceX Crew-9.
Le rapport de la NASA, publié le 19 février 2026, qualifie les incidents survenus de « type A », la catégorie la plus grave, réservée aux événements potentiellement catastrophiques. Cette classification, qui rappelle les tragédies des navettes spatiales Challenger et Columbia, souligne la gravité des problèmes rencontrés. Dès l’amarrage à la Station spatiale internationale (ISS), des anomalies concernant les propulseurs ont été détectées.
L’histoire des déboires du Starliner remonte à 2019. La première mission sans pilote, OFT-1 (Orbital Flight Test 1, ou Test en vol orbital 1), avait échoué à s’amarrer à l’ISS en raison d’une erreur d’horloge interne. Dix des 24 propulseurs de manœuvre (RCS) du module de service (SM) étaient également hors service. Bien que la capsule ait pu atterrir en toute sécurité, les causes profondes de ces défaillances n’ont pas été pleinement investiguées.

Une deuxième mission sans pilote, OFT-2, a été imposée par la NASA après les problèmes d’OFT-1. Cependant, en août 2021, des anomalies ont été détectées sur 13 des 24 vannes alimentant le système de propulsion, nécessitant le remplacement du module de service. Lors du lancement réussi en mai 2022, trois des propulseurs arrière du SM ont à nouveau connu des dysfonctionnements, bien qu’ils aient été rétablis par la suite.
La mission CFT a été marquée par des fuites d’hélium, un gaz essentiel à la pressurisation du système de propulsion. Une fois dans l’espace, cinq des 28 propulseurs RCS ont cessé de fonctionner en raison d’une surchauffe, endommageant les joints en téflon et empêchant l’alimentation en carburant. Cette panne a entraîné une perte temporaire de contrôle du vaisseau, une situation critique lors d’une manœuvre d’amarrage. L’expertise du commandant Wilmore, ancien pilote de navette spatiale, a permis de maîtriser la situation, mais le protocole aurait dû exiger l’annulation de l’amarrage selon les règles de la NASA.
Le rapport de la NASA critique vivement Boeing pour avoir autorisé le fonctionnement de certains systèmes en dehors des limites de sécurité prévues. Pire encore, l’administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a révélé que la viabilité du programme Starliner avait été privilégiée par rapport à la sécurité des astronautes, justifiant ainsi le maintien de la mission malgré les problèmes rencontrés.
« Boeing a permis à plusieurs systèmes du navire de fonctionner en dehors des limites pour lesquelles ils avaient été conçus, ce qui est incompatible avec les marges de sécurité de l’équipage. »
Jared Isaacman, Administrateur de la NASA
La situation rappelle, selon le rapport, les problèmes rencontrés avec le 737 Max de Boeing et la réaction de la FAA. La NASA est également pointée du doigt pour son manque de supervision et son indulgence envers Boeing.
La prochaine étape prévue est une mission cargo vers l’ISS, Starliner 1, cette année. Cependant, le vaisseau doit encore prouver sa fiabilité avant de pouvoir transporter à nouveau des astronautes. L’avenir du programme Starliner est incertain, et il est fort probable qu’il soit abandonné après cette mission, Boeing devant assumer l’intégralité des coûts de ses améliorations.

Références :