Publié le 21 février 2026. La chorégraphe Salomé Schneebeli propose une adaptation audacieuse du seul roman d’Ilse Aichinger, « Le Grand Espoir », explorant la survie d’un enfant juif pendant la Seconde Guerre mondiale à travers une fusion de danse et de théâtre.
Nuremberg accueille une création scénique singulière, une relecture du roman « Le Grand Espoir » (Die größere Hoffnung) d’Ilse Aichinger, figure majeure de la littérature autrichienne d’après-guerre. La chorégraphe suisse Salomé Schneebeli, en collaboration avec le dramaturge Paul Berg, a imaginé une soirée où la danse et le texte dialoguent pour donner corps à l’histoire poignante d’enfants confrontés à l’horreur nazie.
La mise en scène, présentée au Théâtre national de Nuremberg, s’articule autour de structures drapées de tissus jaune orangé évoquant une église déconstruite. Sur scène, cinq interprètes évoluent dans un espace à la fois réel et onirique. L’histoire d’Ellen, une jeune fille rêvant d’atteindre l’Amérique, se mêle à des fragments de dialogues et à des séquences de danse, créant une atmosphère troublante et immersive.
Le roman d’Ilse Aichinger, écrit en 1948, est profondément autobiographique, témoignant de l’expérience de l’auteure, fille d’un juif, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il relate le destin d’enfants victimes du régime nazi, marqués par la perte et la recherche d’une identité. L’œuvre se distingue par son style énigmatique, son symbolisme et sa réflexion sur la difficulté de témoigner.
La production de Salomé Schneebeli respecte la complexité du texte original. Les paroles d’Aichinger, diffusées par une bande son, se mêlent aux mouvements des danseurs et à la musique électronique d’Alexandra Holtsch, oscillant entre sonorités sinistres et rythmes technoïdes. Les costumes pâles, évoquant des pyjamas, renforcent l’impression de vulnérabilité et de déracinement.
Sur scène, les personnages d’Ellen et d’autres enfants partagent leurs espoirs et leurs rêves. Ils attendent un enfant qui se noie, espérant le sauver pour effacer le passé. Leur quête d’une vie normale, d’un retour à l’école ou à la pratique du sport, contraste avec la réalité brutale de leur situation. Dans ces moments, l’absurdité et l’humour noir se mêlent à la tragédie.
La mise en scène évite les clichés et les références directes à l’iconographie nazie. L’absence de croix gammées ou de couleurs symboliques permet de créer une atmosphère plus subtile et universelle. L’attention se porte sur les émotions des personnages et sur la manière dont ils tentent de donner un sens à leur expérience.
Un moment particulièrement poignant survient lorsque la grand-mère d’Ellen demande à sa petite-fille le poison contenu dans un flacon. Ellen exige en échange une histoire, un conte rassurant sur une mère en Amérique et le Petit Chaperon Rouge. Ce monologue, interprété avec force par Marie Dziomber, révèle toute l’horreur et la peur dissimulées derrière les jeux d’enfants.
La pièce culmine dans un duo de danse interprété par Marie Dziomber et Alban Mondschein, symbolisant la chute et la renaissance. Le tissu orange est progressivement retiré, révélant la réalité cachée. La guerre a transformé un monde de conspirations en un monde d’étrangers hostiles.
Salomé Schneebeli a réussi à créer une œuvre théâtrale originale et puissante, qui ne trahit pas l’esprit du roman d’Ilse Aichinger, mais l’enrichit de nouvelles images et de nouvelles émotions. Une expérience durablement impressionnante.
Le Grand Espoir
d’Ilse Aichinger
Adaptation de Salomé Schneebeli et Paul Berg
Mise en scène et chorégraphie : Salome Schneebeli, mise en scène : Damian Wohler, costumes : Una Jankov, Annina Gull, dramaturgie : Paul Berg, direction musicale : Hubert Wild, composition : Alexandra Holtsch, éclairage : Jan Hördemann, son : Vasileios Makris.
Avec : Marie Dziomber, Marion Bordat, Alban Mondschein, Amadeus Köhli, David Gavrila.
Première allemande le 20 février 2026
Durée : 1h30 sans pause
www.staatstheater-nuernberg.de