Environ 3 200 personnes ont manifesté samedi à Lyon pour rendre hommage à Quentin Deranque, un jeune militant d’extrême droite décédé après une rixe. La marche, qui a rassemblé des figures de la droite identitaire et nationaliste, a été marquée par des incidents et des tensions avec des contre-manifestants.
Le cortège a débuté en centre-ville, encadré par un important dispositif de sécurité comprenant des renforts de CRS, des gendarmes mobiles et des drones. Malgré le calme initial, des insultes homophobes et racistes ont été rapportées par la préfecture, qui a annoncé saisir la justice suite à l’observation de quelques saluts nazis. Des pancartes proclamant « l’extrême gauche tue » côtoyaient des drapeaux tricolores, tandis que des manifestants scandaient « Jeune Garde en prison, libérez la ville de Lyon ».
En tête de marche, des jeunes femmes du collectif identitaire Némésis portaient des roses blanches. Des riverains ont manifesté leur opposition à la marche en affichant des banderoles « Lyon est antifa » ou en jetant des œufs sur les manifestants. Les forces de l’ordre sont intervenues pour séparer les participants de la marche et les quelques contre-manifestants qui se sont approchés trop près.
La marche a pris fin près de la rue où Quentin Deranque a été agressé lors d’une altercation entre militants d’ultradroite et d’ultragauche. Une banderole noire portant l’inscription « Adieu Camarade », accompagnée d’un symbole chrétien, a été déployée. Une seule personne a été interpellée en fin de cortège pour port d’armes – un couteau et un marteau – selon la préfecture.
Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, avait en vain plaidé pour l’interdiction de la marche, déclarant : « Je ne veux pas que Lyon soit la capitale de l’ultradroite, à aucun moment ». Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a justifié la décision de ne pas interdire la marche par la nécessité de garantir la liberté d’expression tout en évitant les troubles à l’ordre public.
Le président Emmanuel Macron a appelé « tout le monde au calme » et annoncé une réunion du gouvernement la semaine prochaine pour discuter des « groupes d’action violente ». Cette réunion est prévue mardi, selon l’Élysée.
Jordan Bardella, président du Rassemblement national, a demandé aux membres de son parti de ne pas participer à la marche, affirmant qu’il n’y avait « aucun lien de près ou de loin avec des organisations d’ultradroite ». Cependant, un assistant d’une députée RN a été aperçu dans le cortège par l’AFP.
Le sénateur LR du Rhône, Etienne Blanc, a également assisté à la marche « à titre personnel », soulignant que Quentin Deranque était « catholique, pratiquant, sans doute conservateur, nationaliste. Il aimait son pays et ça lui coûte la vie […] Ça fait plus qu’interroger ». Un hommage a également été rendu à la victime dans l’église traditionaliste Saint-Georges, que fréquentait le jeune homme.
Des rassemblements similaires, bien que de moindre ampleur, ont eu lieu à Rennes, Brest et Saint-Brieuc, rassemblant environ 500 personnes au total. À Rennes, une centaine de personnes ont rendu hommage à Quentin Deranque, face à près de 300 contre-manifestants qui brandissaient une banderole « on ne pleure pas les nazis ». Des gaz lacrymogènes ont été utilisés par les forces de l’ordre pour disperser les contre-manifestants qui tentaient de sortir du périmètre autorisé.
L’appel à la manifestation avait été initialement lancé par Aliette Espieux, une ancienne porte-parole du mouvement anti-avortement, se présentant comme une « amie » du défunt. Il a ensuite été largement relayé sur les réseaux sociaux par divers groupuscules d’ultradroite, notamment les « nationaux-révolutionnaires » Allobroges Bourgoin, le groupuscule néofasciste auquel appartenait Quentin Deranque, les nationalistes et identitaires d’Héritage Lyon, du collectif Némésis, d’Audace Lyon, et les monarchistes antirépublicains de l’Action française.