Home Accueil Des reçus effacés aux enregistrements numériques : pourquoi le Bangladesh doit numériser les œuvres caritatives

Des reçus effacés aux enregistrements numériques : pourquoi le Bangladesh doit numériser les œuvres caritatives

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Publié le 23 février 2026 à 17h35. Au Bangladesh, la culture du don, profondément ancrée dans les traditions, se heurte à un manque de transparence qui met en péril à la fois les donateurs et les bénéficiaires. L’adoption de systèmes numériques pourrait concilier générosité et responsabilité.

Un homme âgé sollicite des dons dans un bus de Dhaka, brandissant des reçus usés au nom d’un orphelinat dont l’existence même est incertaine. La plupart des passagers acquiescent sans poser de questions. Ce geste, répété des millions de fois chaque jour au Bangladesh, représente un flux colossal de fonds vers un système opaque, sans contrôle ni garantie que l’argent parvienne réellement à ceux qui en ont le plus besoin.

Dans un pays où près de 90 % de la population est musulmane, le don est une pratique quotidienne, un réflexe plus qu’un acte ponctuel. « Je n’ai jamais remis en question l’acte de donner lui-même, mais plutôt son opacité », explique Md Mahmudul Hasan, stratège en banque numérique et en technologie financière. « Même d’un point de vue religieux, donner n’est pas seulement une question de générosité, mais aussi de responsabilité. La charité est un acte de dévotion, mais une dévotion qui ne saurait être dissociée de la redevabilité. Il est essentiel de savoir où va votre don, qui en bénéficie, comment il est utilisé et s’il répond à l’objectif social exigé par l’Islam. »

L’histoire islamique offre un modèle de transparence. L’économie islamique primitive privilégiait l’échange de biens plutôt que l’utilisation de la monnaie – de la viande contre du tissu, des services contre des céréales – créant des systèmes fondés sur la confiance, la transparence et l’équité. Le prophète Muhammad (s) a mis en place des mécanismes clairs et documentés pour la collecte et la distribution de la zakat (aumône obligatoire). Le calife Umar ibn al-Khattab enquêtait personnellement sur les allocations caritatives pour s’assurer de leur bonne utilisation. Il ne s’agissait pas de bureaucratie, mais d’intégrité.

Chaque fois qu’il observe des collecteurs de fonds non vérifiés dans les transports en commun, Md Mahmudul Hasan déplore l’éloignement par rapport à cette éthique. « Ce n’est pas nécessairement une question d’honnêteté individuelle, mais plutôt un problème systémique », souligne-t-il. « Lorsque vous remettez de l’argent liquide, vous ignorez totalement sa destination et si son utilisation correspond à l’intention initiale. »

Les conséquences de ce manque de transparence sont déjà visibles. Le scandale du groupe Destiny, qui a escroqué des milliers de personnes en invoquant des justifications religieuses, en est un exemple frappant. La faillite du système a entraîné la perte des économies de citoyens ordinaires, une trahison qui a exploité leur foi. Des histoires similaires continuent de circuler concernant des collecteurs détournant des dons destinés aux orphelinats. Les organisations légitimes en souffrent, car les donateurs deviennent méfiants et ne savent plus à qui se fier.

« La charité est une adoration, mais une adoration sans responsabilité est une générosité gaspillée. »

Le Bangladesh compte aujourd’hui plus de 250 millions d’utilisateurs actifs de services financiers mobiles. L’infrastructure numérique est donc en place. Le succès de bKash, qui a rencontré un scepticisme initial quant à la confiance des Bangladais envers l’argent numérique, en témoigne. Une transformation similaire est possible dans le domaine des dons caritatifs.

Le lancement récent de Digital Daanbox par la Banque Islamique et Al-Arafah représente un changement philosophique visant à préserver la valeur du don tout en éliminant les risques de détournement. Un système de dons numérique garantit une traçabilité de chaque contribution, une vérification de l’identité de chaque bénéficiaire et un examen minutieux de chaque transaction.

Des exemples internationaux confirment l’efficacité de cette approche. Pusat Pungutan Zakat en Malaisie collecte plus d’un milliard de RM par an grâce à un suivi numérique complet. Le BAZNAS indonésien gère la zakat à l’échelle nationale avec des rapports en temps réel. M-Pesa au Kenya permet des dons caritatifs mobiles en toute transparence. Au Bangladesh, des organisations comme Ashaania Mission et Sunna Foundation démontrent déjà cette approche, avec des rapports détaillés, une comptabilité transparente et un impact mesurable.

En connaissant précisément les montants reçus par les orphelinats, il est possible de garantir que les enfants bénéficient d’une alimentation adéquate, de soins de santé, d’une éducation et de conditions de vie décentes. Si les collectes des mosquées sont transparentes, on peut s’assurer que les fonds soutiennent le développement communautaire et le bien-être social. La transparence ne limite pas les dons, elle amplifie leur impact.

Pour réussir, une action coordonnée est nécessaire. La Banque du Bangladesh et la Fondation islamique devraient établir des normes pour les plateformes de dons numériques conformes à la charia dans un délai de 90 jours. La BFIU et le Bureau anti-corruption devraient surveiller les anomalies sans entraver le fonctionnement des institutions légitimes. Les fournisseurs de services financiers mobiles comme bKash et Nagad doivent intégrer des fonctionnalités caritatives vérifiées directement dans leurs applications. Les mosquées, les orphelinats et les madrasas devraient adopter volontairement des systèmes numériques. Les autorités religieuses doivent promouvoir ces technologies et sensibiliser les communautés. Les citoyens doivent exiger de la transparence, poser des questions, vérifier les organisations et utiliser les plateformes numériques.

Imaginez des donateurs recevant des attestations fiscales annuelles, les encourageant à effectuer des dons formels plutôt que des transactions en espèces. Imaginez chaque institution caritative intégrée numériquement avec des tableaux de bord eKYC et de reporting appropriés. La Malaisie et l’Indonésie ont déjà numérisé une grande partie de leurs écosystèmes de zakat – le Bangladesh peut montrer la voie.

« J’aime donner et je continuerai à le faire », conclut Md Mahmudul Hasan. « Mais je veux que ma sadaqah (aumône volontaire) élève les gens, et non qu’elle remplisse les coffres personnels de quelqu’un. Je veux donner avec un cœur pur et une conscience tranquille. Des millions de Bangladais ressentent la même chose. »

La transparence numérique n’est plus une option, mais une nécessité – économique, morale et spirituelle. Si le Bangladesh parvient à mettre en place un système où chaque taka a un but, chaque don une destination et chaque donateur une clarté d’esprit, le pays ne sera pas seulement un pays de donateurs, mais un pays de gardiens, bâtissant un avenir plus transparent et plus équitable.

C’est l’essence même de l’économie islamique. C’est aussi l’avenir du Bangladesh.


Md Mahmudul Hasan est un stratège en banque numérique et en technologie financière axé sur l’inclusion financière, l’innovation des plateformes et les marchés émergents.

Avertissement : les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions et points de vue de The Business Standard.

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