Publié le 23 février 2026. Face à une crise économique persistante, le Liban étudie la possibilité de recourir à ses importantes réserves d’or pour renflouer ses banques, une mesure controversée qui suscite des inquiétudes quant à l’utilisation des fonds.
Selon un rapport du Financial Times, des responsables politiques et bancaires libanais envisagent de vendre ou de louer une partie des réserves d’or de la Banque centrale afin de faire face aux conséquences de la crise économique et financière qui frappe le pays. La valeur de ces réserves a triplé depuis le début de la crise, atteignant environ 45 milliards de dollars (soit plus de la moitié des pertes financières des banques libanaises) début 2026, en raison de la hausse des prix de l’or sur les marchés mondiaux.
Cette solution, bien que potentiellement lucrative, est loin de faire l’unanimité. De nombreux Libanais craignent que la vente de l’or ne profite à une minorité au détriment de la majorité de la population. Ahmed Zidan, propriétaire d’un magasin de bouteilles de gaz de cuisine à Beyrouth, a déclaré au Financial Times :
« Nos dirigeants ont volé le pays. Ne vendez pas l’or, mais rendez l’argent que vous avez volé. »
Le Liban possède 280 tonnes d’or, constituant la deuxième plus grande réserve de la région après celle de l’Arabie saoudite. Le pays a commencé à accumuler ces réserves dans les années 1940 et 1950 dans le but de soutenir la valeur de la livre libanaise.
La vente ou la location de ces réserves est actuellement interdite par la loi libanaise, ce qui nécessiterait l’adoption d’une nouvelle législation par le Parlement. Cette question est cruciale pour obtenir un accord avec le Fonds monétaire international (FMI), indispensable pour débloquer les prêts et les facilités de crédit nécessaires à la mise en œuvre de réformes économiques.
Le Conseil des ministres libanais a récemment approuvé un projet de loi sur le recouvrement des dépôts, visant à sortir le pays de la crise financière qui le paralyse depuis 2019. Bien que ce projet de loi n’inclue pas explicitement la vente de l’or, certains analystes estiment qu’elle pourrait finir par faire partie de la solution, compte tenu du manque de liquidités de la Banque centrale pour honorer ses obligations.
L’expert financier libanais Mike Azar a critiqué le manque de transparence autour de cette question, estimant qu’il faudrait être clair sur l’utilisation potentielle de l’or. Il a déclaré :
« S’ils envisagent d’utiliser l’or, qu’ils le disent, mais n’adoptez pas une loi qui ne peut être appliquée qu’en vendant de l’or. »
Selon le Financial Times, certains banquiers libanais favorables à la vente d’une partie de l’or hésitent à le faire publiquement par crainte de provoquer davantage de mécontentement populaire.

L’une des causes de la crise financière actuelle est l’octroi par la Banque centrale de taux d’intérêt élevés sur les dépôts en dollars, dans le but de maintenir ces dépôts. Les dettes des déposants envers les banques libanaises s’élèvent à environ 70 milliards de dollars, une somme que les banques sont incapables de rembourser et que l’État n’a pas les moyens de soutenir.