Bangkok, Thaïlande – Après dix mois consécutifs de baisse des prix, la Thaïlande est officiellement entrée en période de déflation technique, une situation qui suscite des inquiétudes quant à la santé de son économie. Si les autorités se montrent pour l’instant rassurantes, le risque d’une spirale déflationniste, similaire à celle vécue par le Japon dans les années 1990, n’est pas totalement écarté.
Selon le professeur Thanavath Phonvichai, président de l’Université de la Chambre de Commerce thaïlandaise et directeur du Centre de Prévisions Économiques et Commerciales, les statistiques du royaume montrent une inflation inférieure aux prévisions depuis maintenant dix mois. En moyenne, l’inflation a été négative en 2025, atteignant un taux de -0,13 % sur l’année.
La déflation technique se définit comme une baisse soutenue des prix sur une période de plus de six mois. Ce phénomène, bien que rare depuis la crise du Covid et les tensions géopolitiques mondiales qui ont plutôt entraîné une hausse des coûts des matières premières, est souvent révélateur d’un affaiblissement de la demande et de l’activité économique. Les ménages ont tendance à consommer moins, les entreprises réduisent leurs investissements et leurs marges se contractent.
La croissance thaïlandaise a ralenti à 2,4 % en 2025, ce qui renforce les craintes d’une spirale déflationniste. Une telle situation pourrait inciter les consommateurs et les entreprises à reporter leurs dépenses et leurs investissements, aggravant ainsi les pressions récessionnistes.
Cependant, le tableau n’est pas entièrement sombre. Les autorités thaïlandaises soulignent que la consommation des ménages reste positive, bien que faible. De plus, la Banque de Thaïlande insiste sur le fait que l’inflation sous-jacente, qui exclut les coûts de l’énergie, reste positive, qualifiant la situation d’« inflation négative » plutôt que de déflation totale.
Les autorités misent sur une reprise grâce au rebond du tourisme et à une augmentation de la consommation des ménages. L’indice des prix à la consommation (IPC) a chuté de -0,66 % début 2026 par rapport au même mois de l’année précédente, en partie grâce aux mesures gouvernementales visant à réduire le coût de la vie.
Néanmoins, Thanavath Phonvichai met en garde contre un risque persistant de retour à la déflation, notamment si les politiques monétaires et budgétaires mises en œuvre pour relancer la croissance ne portent pas leurs fruits. Un tel scénario inquiète également la Chine, qui observe depuis 2023 un ralentissement de son secteur immobilier et de la consommation intérieure.
« La déflation pousse les consommateurs et tous les acteurs économiques à attendre », explique Thanavath Phonvichai. « Ils reportent leurs investissements en prévision d’une baisse des prix, la demande s’effondre, les entreprises subissent des pertes de revenus, suppriment des emplois, créant une boucle dans laquelle l’économie s’enfonce dans une récession plus profonde. »