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Souveraineté numérique et monétaire en Europe

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Publié le 26 février 2026 22h18. L’Union européenne doit impérativement renforcer ses capacités technologiques pour ne pas dépendre des États-Unis et de la Chine dans le domaine numérique, selon une nouvelle étude. En jeu, sa souveraineté économique, financière et la pérennité de son modèle social.

  • L’UE doit passer d’une approche principalement réglementaire à une puissance technologique capable de maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur numérique, des puces à l’intelligence artificielle.
  • Le développement d’une économie de données à grande échelle est crucial pour soutenir les entreprises européennes et rivaliser avec les géants américains et chinois.
  • Renforcer l’architecture monétaire et financière européenne est essentiel pour accroître le poids de l’euro et garantir l’autonomie stratégique de l’UE.

Une étude publiée par le Centre pour la gouvernance du changement (CGC) de l’Université IE, intitulée La géopolitique de la révolution numérique : le test déterminant pour l’Europe, met en lumière l’évolution de la révolution numérique d’un simple phénomène économique à un enjeu géopolitique majeur. Réalisée par Miguel Otero Iglesias et Gonzalo Rodríguez Gordo, cette analyse souligne que des technologies clés telles que l’intelligence artificielle, les semi-conducteurs, le cloud computing, les données et les systèmes de paiement numérique sont désormais des infrastructures stratégiques permettant d’exercer un pouvoir, de créer des dépendances et de projeter une influence.

L’étude met en garde contre le risque d’une subordination structurelle de l’Europe si elle ne parvient pas à combiner réglementation, investissements, coordination public-privé et partenariats internationaux. Sans une stratégie globale, l’UE pourrait se retrouver dans une situation d’autorégulation, tout en restant dépendante d’écosystèmes numériques et financiers externes, vulnérables aux pressions des États-Unis et aux blocages technologiques imposés par la Chine.

L’UE a déjà pris des mesures importantes en matière de gouvernance numérique, avec l’adoption de réglementations phares telles que le Règlement général sur la protection des données (RGPD), la loi sur les services numériques (DSA), la loi sur les marchés numériques (DMA) et la loi sur l’intelligence artificielle (AI Act). Cependant, le rapport souligne que cette autorité réglementaire ne suffit pas. Il est impératif de la compléter par des capacités technologiques locales dans les domaines critiques de la pile technologique : puces, cloud, données, IA et paiements.

La transition vers l’intelligence artificielle générative et le « capital de connaissances machine » renforce les avantages structurels des États-Unis et de la Chine. Pour éviter de prendre du retard, l’Europe doit favoriser la croissance des entreprises et soutenir la consolidation des champions européens. De même, l’interconnexion croissante entre la finance et les technologies numériques exige un renforcement de l’architecture monétaire et financière européenne, notamment par l’approfondissement et l’intégration des marchés financiers, le développement d’actifs européens sûrs et la création de systèmes de paiement résilients et interopérables.

Selon les auteurs du rapport, la souveraineté numérique ne doit pas être interprétée comme une volonté d’autarcie technologique, mais plutôt comme la capacité de prendre des décisions autonomes, en accord avec les valeurs européennes.

« L’aptitude de l’Europe à maintenir un nouveau contrat social à l’ère numérique dépendra de sa capacité à assurer la souveraineté, la résilience et l’autonomie stratégique nécessaires pour gouverner sa transformation technologique selon ses propres termes. »

Miguel Otero Iglesias et Gonzalo Rodríguez Gordo, auteurs du rapport

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