Le maquillage prothétique permet des transformations physiques radicales, offrant un réalisme tactile que l’imagerie générée par ordinateur (CGI — Computer Generated Imagery) ou le doublage de personnages animés ne peuvent égaler. Cette discipline, essentielle pour rendre crédibles des métamorphoses complexes, repose sur un travail artisanal rigoureux pour modifier l’apparence d’un acteur.
Également connu sous le nom d’effets spéciaux (SFX) ou de prothèses FX, le maquillage prothétique consiste à utiliser des techniques de sculpture, de moulage et de coulage pour créer des effets cosmétiques avancés. Ces procédés sont employés pour concevoir des créatures fantastiques, simuler des blessures ou recréer le visage d’une personne réelle, comme on a pu le voir dans des sagas telles que Star Wars ou Le Seigneur des anneaux.
La création d’une prothèse suit un processus technique précis en plusieurs étapes :
- Conception et design : L’artiste définit le look final à partir du scénario et de croquis.
- Sculpture : La prothèse est sculptée sur une réplique du visage ou du corps de l’acteur, en utilisant de l’argile ou la modélisation 3D.
- Moulage et coulage : Un moule est créé, puis rempli de matériaux tels que le silicone, le latex ou la gélatine, selon la flexibilité souhaitée.
- Application et fusion : La pièce est fixée à la peau avec un adhésif spécial, puis les bords sont fondus pour une intégration naturelle.
- Peinture et détails : L’utilisation de maquillage traditionnel et d’aérographes permet d’ajouter de la texture et de la profondeur.
L’histoire du cinéma a vu l’évolution de ces techniques, depuis le court-métrage français Le Voyage dans la Lune (1902) de Georges Méliès jusqu’aux standards d’Hollywood. Dans les années 1930, le pionnier Jack Pierce a marqué l’industrie en créant les maquillages emblématiques de Dracula et du monstre de Frankenstein (porté par Boris Karloff), ainsi que celui de Lon Chaney Jr. dans The Wolfman. À l’époque, ses outils étaient rudimentaires : cire de thanatopraxie, mastic, gomme spiritueuse et fard gras.
Aujourd’hui, la précision des prothèses permet des transformations quasi invisibles. Pour le film Bombshell, le designer Kazu Hiro a transformé Charlize Theron en Megyn Kelly. Ce travail a nécessité l’utilisation de huit prothèses, dont des paupières plus lourdes et un bouchon inséré dans la narine de l’actrice pour l’élargir. Chaque jour, l’application de ce maquillage demandait deux heures et demie de travail.
D’autres transformations misent sur l’aspect organique et troublant, à l’image du travail de Mike Marino pour le film Black Swan. L’artiste a créé une métamorphose aviaire pour Natalie Portman, incluant des plumes saillantes, un étirement de la tête et des jambes se pliant vers l’arrière.