Publié le 14 février 2026 17:24:00. Face à une inquiétude croissante concernant l’impact des réseaux sociaux sur le développement des jeunes, de nombreux pays envisagent ou mettent en œuvre des restrictions d’âge, suivant l’exemple de l’Australie. Cette tendance soulève des questions sur l’équilibre entre protection de l’enfance et liberté d’accès à l’information.
- L’Australie a interdit l’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, sous peine d’amendes pouvant atteindre 680,5 millions de couronnes tchèques (environ 25 millions d’euros).
- La France a adopté une loi exigeant le consentement parental pour les moins de 15 ans, et débat d’une interdiction pure et simple, tandis que l’Espagne et d’autres pays européens explorent des mesures similaires.
- Des experts, comme le psychanalyste Serge Tisseron, mettent en garde contre une interdiction trop stricte, préférant une approche éducative basée sur le dialogue et la négociation.
L’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs, initiée par l’Australie, a déclenché un mouvement international. Plusieurs pays européens, ainsi que d’autres régions du monde, se penchent désormais sur des réglementations visant à protéger les jeunes des effets potentiellement néfastes de ces plateformes. Le président français Emmanuel Macron a déclaré :
« Les cerveaux de nos enfants et mineurs ne sont pas à vendre. »
Emmanuel Macron, président français
La chambre basse du parlement français a approuvé une proposition d’interdiction pour les moins de 15 ans, tandis que le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a promis de protéger les jeunes du « Far West numérique ». Même le Premier ministre tchèque Andrej Babiš a exprimé des préoccupations similaires.
Cette vague de restrictions s’explique par une prise de conscience croissante des mécanismes de captation de l’attention mis en œuvre par les réseaux sociaux. Ces plateformes, initialement conçues comme des espaces de rencontre, évoluent vers des systèmes de divertissement et d’information dont le principal objectif est la collecte de données personnelles. Ce phénomène, appelé « captologie », consiste à concevoir des algorithmes et des stratégies qui incitent les utilisateurs à rester connectés le plus longtemps possible, et à partager un maximum d’informations.
Cependant, toutes les approches ne sont pas unanimes. Le psychanalyste et psychiatre français Serge Tisseron, figure de proue dans l’étude des relations homme-robot, critique l’idée d’une interdiction générale. Il estime qu’une telle mesure transformerait les parents en « policiers » chargés de surveiller le respect de la loi, au lieu de les encourager à adopter une approche éducative.
« La proposition d’une interdiction totale transformerait les parents en ‘policiers’ qui n’auraient d’autre choix que de vérifier si leur enfant respecte la loi. Or, être éducateur, c’est avoir la capacité d’interdire et de permettre à la fois. C’est la meilleure façon de mener un dialogue constructif et pédagogique avec les enfants. Ne pas tout permettre, ni tout interdire, mais négocier au cas par cas. »
Serge Tisseron, psychanalyste et psychiatre
Il préconise une approche plus nuancée, basée sur la négociation et l’apprentissage.
Plusieurs pays ont déjà pris des mesures concrètes. En Albanie, le réseau social TikTok a été interdit pour un an suite à un incident violent impliquant des adolescents. Le Danemark envisage d’interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, avec possibilité d’accès conditionnel avec le consentement parental. La Malaisie a également annoncé son intention d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 16 ans, en raison des risques de cyberintimidation et d’exploitation. Le Portugal examine un projet de loi interdisant l’accès aux plateformes comme Facebook, Instagram et TikTok aux moins de 13 ans, et exigeant le consentement parental pour les 13-16 ans. La Slovénie prépare une loi similaire, et la Turquie envisage également une interdiction pour les moins de 15 ans. Au Royaume-Uni, une consultation publique est en cours pour interdire l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans, et envisager de rendre les écoles « sans téléphone par défaut ».
L’Inde, par l’intermédiaire de son conseiller économique en chef, a recommandé des restrictions d’âge pour l’utilisation des médias sociaux, une mesure envisagée par les États d’Andhra Pradesh et de Goa. La Norvège souhaite relever l’âge limite à 15 ans.
L’efficacité de ces mesures reste à évaluer. L’Australie, pionnière en la matière, prévoit une étude nationale pour mesurer l’impact de sa loi. Une étude du Journal of Public Health suggère que le lien entre l’utilisation de la technologie et les problèmes de santé mentale chez les adolescents n’est pas aussi direct qu’on le pense. Il est crucial, selon les experts, de développer des alternatives aux réseaux sociaux, des espaces de rencontre et de discussion permettant aux adolescents de s’épanouir socialement.