Publié le 8 novembre 2025. La Jaguar Type D, héritière de la légendaire C-Type, a marqué l’histoire de l’automobile sportive par ses succès en compétition et son design avant-gardiste. Un exemplaire de 1956, ayant connu une double vie entre piste et route, a récemment atteint un prix significatif lors d’une vente aux enchères.
La présentation de la Type D en 1954 fut une réponse de Jaguar au besoin de succéder à sa C-Type, une voiture de course à l’immense succès. Si la C-Type fut acclamée, l’histoire prouvera qu’elle n’était que l’introduction à une nouvelle ère de domination britannique sur les circuits.
Dès ses débuts sur le circuit de la Sarthe, la Type D s’est distinguée. Bien que les victoires de 1954 aient été remportées par une Ferrari, les Type D pilotées par Tony Rolt et Duncan Hamilton ont démontré l’extraordinaire potentiel de ces nouvelles Jaguar, qui alliaient performance et esthétique remarquable. Le magazine Motor Sport décrivait à l’époque :
« Les Jaguar étaient effectivement d’une grande beauté. Leurs dimensions générales étaient réduites au minimum absolu pour une voiture de 3,5 litres, et leur forme visait à réduire la traînée aérodynamique. La structure du châssis, composée de petits tubes carrés et de panneaux en aluminium, assurait une légèreté remarquable. L’ensemble de la conception de la nouvelle Jaguar relevait de la science pure, optimisant chaque détail pour la vitesse et l’endurance. L’ajout d’un aileron arrière sur le carénage derrière le cockpit, bien que sa seule justification évidente semblait être de fournir une surface plane pour le numéro de course, contribuait à l’apparence de « projectile » de la voiture, démoralisant ainsi l’opposition. »
Ce statut de « projectile » s’est confirmé tout au long du milieu des années 1950. Les Type D ont cumulé les victoires aux 24 Heures du Mans en 1955, 1956 et 1957, que ce soit pour l’écurie d’usine ou pour la prestigieuse Ecurie Ecosse. D’autres succès majeurs ont ponctué leur carrière sur les circuits des deux côtés de l’Atlantique.

Au total, Jaguar a produit 87 exemplaires de la Type D. Toutes étaient animées par un moteur XK six cylindres en ligne, d’abord de 3,4 litres, puis de 3,8 litres. Ce groupe motopropulseur réputé pour sa souplesse délivrait environ 270 chevaux, permettant d’atteindre les 270 km/h sur la longue ligne droite des Hunaudières. Sa fiabilité et sa relative simplicité permettaient également une utilisation sur route, Jaguar proposant d’ailleurs ces voitures à sa clientèle privée.
Après le retrait officiel de l’usine des compétitions en 1956, plusieurs exemplaires invendus ont été transformés. Ces voitures ont ainsi donné naissance aux modèles XKSS, des versions routières équipées de pare-brise complets, d’une porte passager, de pare-chocs, d’échappements latéraux, et dépouillées de certains éléments de course comme l’appui-tête côté conducteur et l’aileron arrière.

L’exemplaire présenté, châssis XKD 551, a connu une trajectoire singulière depuis sa sortie d’usine en juin 1956. Il a été vendu le 1er novembre à Zurich, lors d’une vente aux enchères organisée par Broad Arrow, pour la somme de 5 181 250 francs suisses (environ 6 426 594 dollars), dans une fourchette d’estimation située entre 5 250 000 et 6 250 000 francs suisses (6,5 à 7,8 millions de dollars).
Produite dans sa configuration à « nez court » (environ 19 cm plus courte que les versions à « long nez ») et finie en British Racing Green, le XKD 551 est resté invendu pendant près d’un an. Il fut ensuite acquis par un certain Giuseppe Sportoletti Baduel, un Londonien qui demanda sa conversion en une spécification semi-XKSS. Plutôt que de supprimer l’appui-tête et le carénage du conducteur, il opta pour l’ajout d’un appui-tête côté passager. Une transformation audacieuse pour un véhicule destiné à une utilisation routière.


La voiture a ensuite changé de mains plusieurs fois au cours des années 1960, avant d’être acquise par Rupert Glydon, dentiste et pilote amateur. Ce dernier a supprimé les éléments XKSS pour la reconvertir en une configuration plus proche de la compétition, notamment avec le retour d’un aileron arrière. La voiture a participé à diverses courses historiques et rallyes vintage durant les deux décennies suivantes, dont la Mille Miglia Storica, avant d’être achetée par l’actuel propriétaire en 1995.
Depuis son acquisition, le XKD 551 a bénéficié d’un entretien méticuleux, conservant son caractère d’origine. Le catalogue de vente précise : « Les traces de ses modifications d’époque pour un usage routier durant le mandat de Baduel restent visibles, mais ont été sensiblement inversées pour se rapprocher de la configuration usine, avec un impact minimal sur l’originalité de la voiture. » L’historique de ce modèle indique qu’il n’a jamais subi d’accident majeur et qu’il conserve sa carrosserie, son châssis, son moteur et sa boîte de vitesses d’origine. Son compteur affiche 19 570 miles (environ 31 500 km), une donnée jugée cohérente.





Il est à noter que lors de son acquisition par le dernier propriétaire, le moteur d’origine de 3,4 litres fut retiré pour être conservé, et remplacé par un bloc de 3,8 litres. En 2005, le moteur de 3,4 litres a été entièrement révisé par un spécialiste avant d’être stocké. Ce n’est qu’à l’approche de la vente aux enchères qu’il a été réinstallé. Le moteur de 3,8 litres a été inclus dans la transaction. Cette voiture était visiblement très appréciée.
La compétition est exigeante pour toute machine, même les plus fiables. Que le XKD 551 ait traversé le temps sans subir de dommages majeurs est une véritable chance. Si les victoires de pilotes célèbres contribuent à la provenance et à la valeur d’une voiture de course – à l’image du vainqueur du Mans 1956, le XKD 501, vendu 21,8 millions de dollars en 2016 –, il y a aussi une beauté particulière dans les véhicules rares qui ont mené une vie plus discrète et qui émergent aujourd’hui comme des témoignages honnêtes du passé. C’est l’histoire de ce D-Type, et le montant payé pour son acquisition témoigne de cette valeur.
